Bruxelles, 24/01/2001 (Agence Europe) - Le Commissaire aux affaires économiques et financières Pedro Solbes a annoncé mercredi à la presse que la Commission européenne, en se prononçant mercredi sur le programme de stabilité de l'Irlande, avait, pour la première fois, décidé de proposer au Conseil d'adopter une recommandation à l'égard de ce pays, afin qu'il adopte les mesures nécessaires pour mettre fin aux incohérences entre les aspects expansionnistes de sa planification budgétaire et les Grandes orientations de politique économique. Le Conseil Ecofin du 12 février pourra donc adopter une recommandation au titre de l'Article 99 par.4 du Traité, qui prévoit que, lorsqu'il est constaté que la politique d'un Etat membre n'est pas conforme à ces orientations ou qu'elle risque de compromettre le bon fonctionnement de l'UEM, le Conseil peut, statuant à la majorité qualifiée, "adresser les recommandations nécessaires" à l'Etat concerné. Quelles seront ces recommandations? Il incombe au Conseil de décider de les rendre publiques ou non, a rappelé M. Solbes en répondant à cette question, tout en notant que, face au risque d'une surchauffe ultérieure de l'économie irlandaise, Dublin devrait suivre une politique budgétaire plus stricte. Le taux d'inflation en Irlande en 2000 était en moyenne de 5,6% par rapport à une prévision de 3,1%, même si le taux de décembre dernier était légèrement inférieur à la "pointe" de novembre, alors que les plans budgétaires pour 2001 est expansionniste et risque d'encourager la demande et donc d'accentuer la surchauffe, a souligné Pedro Solbes. Interrogé sur la participation du Commissaire irlandais à la discussion du Collège, M. Solbes a affirmé que David Byrne avait joué le rôle qui lui incombe, en exprimant la "sensibilité particulière" du pays qu'il connaît particulièrement bien. Pour le reste, M. Solbes a souligné que le programme de stabilité actualisé de l'Irlande était conforme au Pacte de stabilité, que l'économie irlandaise "va très bien", avec la plus forte croissance de toute l'UE, un "excellent excédent" budgétaire (4,7%% en 2000) et une bonne situation sur le plan de l'emploi.
Sur un plan général, M. Solbes a constaté que les autres programmes de stabilité et les programmes de convergence actualisés examinés par la Commission étaient conformes aux exigences du Pacte de stabilité et de croissance, et a noté avec satisfaction que le problème de la viabilité des finances publiques face au problème du vieillissement de la population commence à figurer dans ces programmes - car, a-t-il souligné, après le chômage, ce sera là pour l'Union européenne le plus grand défi d'avenir. Par ailleurs, M. Solbes a précisé:
(1) en ce qui concerne les programmes de stabilité de quatre autres pays membres de l'UEM:
Grèce: son premier programme de stabilité depuis son entrée dans la zone euro fait ressortir une croissance économique vigoureuse et des progrès dans la consolidation budgétaire (un excédent budgétaire de 0,5% du PIB est prévu pour 2001, alors que le ratio de la dette publique devrait reculer de 20%, pour tomber en 2004 à 84% du PIB: NDR), mais les perspectives concernant l'inflation semblent sous-estimer les risques de surchauffe, et la politique budgétaire pourrait s'avérer insuffisamment rigoureuse pour les contrecarrer.
France: selon la Commission, la France aurait pu obtenir en 2000 de meilleurs résultats budgétaires, étant donné l'évolution favorable de l'économie et des finances publiques (le déficit est tombé à 1,4% du PIB). "Je ne suis pas excessivement indulgent" à l'égard de la France, a répondu M. Solbes à une question, en admettant que, dans ce programme il y a "des éléments que nous n'aimons pas". En particulier, l'augmentation des recettes budgétaires aurait dû être davantage utilisée pour réduire le déficit public et la dette. En outre, la France envisage d'atteindre l'équilibre budgétaire seulement en 2004, alors que la Commission aurait plutôt souhaité "accélérer le processus".
Italie: la Commission reproche surtout à l'Italie sa dette publique, "encore élevée" (112,1% du PIB en 2000, avec la perspective d'une baisse à 94,9% en 2004), a dit M. Solbes, pour qui le gouvernement doit donc accélérer son processus d'assainissement et poursuivre, en particulier, ses efforts de réforme des systèmes de retraites. Certains éléments de la loi budgétaire pour 2001 ne semblent pas suffisants pour atteindre les objectifs fixés, a estimé M. Solbes, tout en reconnaissant qu'une série de mesures prises par le gouvernement a eu des effets positifs cette année. A la question de savoir si l'Italie peut ou non réduire les impôts, il a répliqué que la Commission est en principe favorable à une telle mesure, mais seulement si certains critères sont pris en compte, dont celui, fondamental, que le pays en question respecte son obligation de ramener sa dette publique, "de manière relativement rapide", à 60% du PIB.
Autriche: le programme prévoit en particulier un "changement majeur" dans la politique budgétaire de l'Autriche, avec une réduction de la dette publique "beaucoup plus rapide" que prévu (55,3% du PIB en 2004). Cependant, M. Solbes a souligné que l'Autriche doit mettre en oeuvre une politique budgétaire stricte en 2001 et en 2002 si elle veut atteindre les objectifs fixés en matière de déficit.
(2) en ce qui concerne les programmes de convergence de deux pays qui ne font pas partie de la zone euro (rappelons que celui du troisième de ces pays, la Suède, a déjà reçu le feu vert du Conseil Ecofin: voir EUROPE du 20 janvier, p.8):
Royaume-Uni: M. Solbes a relevé en particulier les "sains excédents" attendus jusqu'en 2001/2002, qui seront cependant suivis de déficits (d'environ 1% du PIB) dans les trois années suivantes. L'adhésion britannique au "mécanisme européen de change 2" pourrait avoir des effets positifs, a-t-il estimé, tout en notant qu'une telle adhésion est "volontaire" et pas "juridiquement contraignante".
Danemark: M. Solbes a reconnu à ce pays le mérite d'avoir fait en particulier des efforts pour tenir compte des conséquences du vieillissement de la population, et l'exhorte à poursuivre sur cette voie à l'avenir. Le Danemark continue de satisfaire amplement aux exigences du Pacte de stabilité, note la Commission, en constatant que son endettement devrait tomber à environ 34% du PIB en 2005.