Bruxelles, 24/01/2001 (Agence Europe) - Devant la commission de l'agriculture du Parlement européen, le Commissaire David Byrne a insisté, mardi soir, sur la responsabilité des Etats membres dans les derniers développements de la crise de la "vache folle". Il a rappelé qu'il avait envoyé, le 4 janvier dernier, un questionnaire à tous les Etats membres pour permettre à la Commission européenne d'analyser les mesures nationales qui ont été prises pour appliquer la législation communautaire. Les réponses des Etats membres font actuellement l'objet de discussions au sein du Comité vétérinaire permanent et seront aussi soumises à l'examen des hauts-fonctionnaires vétérinaires nationaux en Suède à la fin de cette semaine. M. Byrne a déploré que trois Etats membres (Allemagne, Espagne et Italie: NDR) aient refusé de reconnaître pendant si longtemps l'existence de l'ESB chez eux avant de se rendre à l'évidence. Il a rappelé que les dernières estimations allemandes ne prévoient pas moins de 500 cas cette année. Il a aussi regretté que plusieurs Etats membres n'aient pas pris toutes les mesures nécessaires pour faire respecter l'interdiction des farines carnées pour les ruminants. La découverte de cas d'ESB chez des animaux de moins de 30 mois pose aujourd'hui la question d'un éventuel abaissement de la limite d'âge pour les tests obligatoires.
Evoquant l'avis rendu la semaine dernière par le Comité scientifique directeur (voir EUROPE du 15 janvier, p. 10), M. Byrne a dit que "les mesures supplémentaires pour la viande séparée mécaniquement de l'os sont très importantes" et que d'autres propositions, comme l'extension de la liste des matériels à risque à la colonne vertébrale ou l'exigence d'extraction de tous les matériels à risque pour les animaux de plus de 12 mois doivent être étudiées. La Commission doit faire, la semaine prochaine, une proposition pour un niveau plus élevé de protection. Lors du Conseil Agriculture du 29 janvier, "la Commission continuera à insister pour une pleine application des mesures communautaires", a dit M. Byrne en ajoutant qu'elles "ne sont sans doute pas suffisantes pour éradiquer l'ESB".
Le Commissaire Franz Fischler, qui participait à la même réunion, a surtout abordé les conséquences de la crise pour les éleveurs et la politique agricole. La consommation de viande bovine a chuté de 30% en moyenne dans l'UE, avec de fortes différences entre les Etats membres, mais la baisse devrait se stabiliser autour de 10% en 2001 par rapport à l'an 2000, a-t-il dit. Depuis le début de la crise, les prix ont chuté de 24,3% pour les vaches, 17,3% pour les taurillons, 3,2% pour les taureaux et de 8,9% pour les génisses. 60% des exportations habituelles de l'UE sont actuellement bloquées, a constaté M. Fischler en estimant qu'environ 350 000 tonnes de viande bovine ne pourront pas être exportées en 2001. La Commission a pris des mesures pour faire face à la baisse des prix (restitutions, primes, etc.), a-t-il rappelé tout en insistant sur l'impossibilité de relancer l'intervention et le stockage. Et d'expliquer que: (1) "nous risquons d'atteindre un stock de 1 million de tonnes que nous ne pourrions pas financer en ce moment; (2) "stocker de la viande invendable n'aurait pas de sens". Le Commissaire a aussi utilisé ce deuxième argument à l'égard des critiques qui affirment que la destruction de la viande n'est pas éthique. Il a dit qu'il serait encore moins éthique d'exporter vers des pays tiers de la viande que nous refusons de donner à nos consommateurs. Un budget rectificatif sera nécessaire pour financer le soutien aux tests, les aides au stockage privé ou encore à la destruction, a dit le Commissaire en affirmant qu'en cas d'intervention dans le cadre du "filet de sécurité", le financement ne pourra se faire que par des mesures nationales ou en dégageant des crédits sur d'autres secteurs de la politique agricole commune. En ce qui concerne l'interdiction provisoire des farines animales, M. Fischler a dit: "Nous avons six mois pour étudier les implications d'une interdiction permanente", notamment dans le contexte de nos relations avec les pays tiers. Il a cependant précisé qu'il ne voyait pas de justification à ce que l'on interdise l'utilisation, pour les porcs et les volailles, de farines fabriquées à partir de produits autorisés pour la consommation humaine.
Le Commissaire Fischler est revenu sur sa volonté de faire "un paquet" avec les différentes révisions d'organisations communes de marché qui étaient prévues en 2002 et 2003. Tout en affirmant qu'il ne s'agit pas de remettre en cause la réforme de l'Agenda 2000, il a laissé entendre que cette révision à mi-parcours pourrait être plus ambitieuse que prévu. Il a insisté sur un renforcement de l'élevage extensif. Il s'est aussi interrogé sur le déséquilibre existant entre le soutien aux cultures arables (45% du budget agricole) et d'autres productions (lait, viande, fruits et légumes) qui bénéficient d'une aide moins importante alors qu'elles occupent beaucoup plus de gens. Le Commissaire s'est dit prêt à étudier toutes les possibilités permettant de développer la production de protéagineux (pour remplacer les farines animales), y compris une augmentation de la prime, dans la mesure où le budget le permet. Il estime en revanche que l'utilisation des terres en jachère, comme le souhaitent les organisations professionnelles agricoles, comporterait trop de risques à l'OMC. "Tout notre système d'aide risquerait de sortir de la boîte bleue", a-t-il dit.