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Bulletin Quotidien Europe N° 7880
JOURNEE POLITIQUE / (eu) ppe/congres de berlin

Les participants au 14ème Congrès affirment leur volonté de donner une vision à la politique européenne et l'importance du processus de l'après-Nice - Résolution du groupe du PPE au Parlement européen qui souligne que le jugement sur le Traité de Nice sera étroitement lié aux engagements pris par les gouvernements pour l'après-Nice

Berlin, 12/01/2001 (Agence Europe) - La volonté de « reconquête du pouvoir » (selon l'expression utilisée par le président du PPE Wilfried Martens) par des partis qui, aujourd'hui, sont dans l'opposition dans la majorité des Etats membres de l'UE, un jugement critique mais, somme toute, assez nuancé sur les conclusions du Conseil européen de Nice et l'exhortation à faire un succès de l'après-Nice afin de se racheter de ce résultat médiocre ont été les thèmes dominants des discours d'ouverture du quatorzième congrès du Parti Populaire Européen, jeudi après-midi à Berlin. Cette première journée d'un congrès qui doit s'achever samedi par le vote d'une long document sur « Une Union de valeurs » et d'autres résolutions (voir EUROPE d'hier, pages 5 et 6), y compris une du groupe du PPE du Parlement européen (voir plus loin) a été marquée aussi par une intervention de l'ancien chancelier Kohl, qui a réaffirmé qu'il n'y a « aucune alternative à la politique d'unification de l'Europe », et qui a insisté sur la nécessité d'une « vision ». « Allons de l'avant », s'est exclamé l'ancien président de la CDU, qui a critiqué le Traité de Nice, tout en notant que « nous aussi, nous avons fait des erreurs » dans la négociation des traités européens précédents. Helmut Kohl a surtout déploré « l'idée qui semble s'insinuer » dans les esprits, et qui serait « fatale » pour l'intégration européenne, d'une opposition entre « grands » et « petits », alors que, a-t-il dit, il faut rester fermement accrochés au principe selon lequel c'est la « qualité », et pas la « quantité » qui compte.

Dans les discours d'ouverture du congrès, auquel participent plusieurs chefs de gouvernement de pays candidats à l'élargissement, des nuances importantes étaient visibles aussi entre ceux qui ont mis l'accent sur le changement de nature du PPE, au fil de ces élargissements successifs, et ceux qui ont insisté sur les valeurs démocrates chrétiennes. La nostalgie du passé est une erreur, a affirmé le premier ministre espagnol José Maria Aznar (qui a été cité à plusieurs reprises comme un exemple à suivre par le président de Forza Italia Silvio Berlusconi qui, dans son premier discours à un congrès du PPE, a surtout insisté sur ses chances de « revanche » sur une gauche qu'il a amplement fustigée), alors que le premier ministre luxembourgeois Jean-Claude Juncker s'est exclamé: « je suis un homme démodé ». Quant au secrétaire général du PPE, l'Espagnol Alejandro Agag, il a mis en exergue les succès du PPE au cours des deux dernières années, et surtout le fait qu'il est maintenant la première force politique du Parlement européen (avec les conservateurs britanniques, qui sont membres du groupe au Parlement, mais pas du Parti: NDR) et qu'il a accueilli onze nouveaux partis, dont plusieurs dans les Etats candidats (M.Agag a dit aussi que l'une des « plus importantes décisions stratégiques de notre histoire » a été celle d'accueillir Forza Italia au sein du PPE).

Le congrès a été ouvert par la présidente de la CDU Angela Merkel, qui a affirmé qu'à Nice on a « senti » que les gouvernements socialistes de l'Union n'ont pas de « vision » européenne, et qui a insisté sur l'après-Nice, qui devra faire de la « clarté » sur la répartition des compétences aux différents niveaux. Ce qu'a fait aussi le président de la CSU Edmund Stoiber, qui a réclamé un « nouvel équilibre dans le cadre de la nouvelle démocratie en Europe »: si nous ne ratifions pas le Traité de Nice, nous ratons la chance que nous offre la perspective de l'après-Nice, a-t-il affirmé. La subsidiarité telle que la voit le ministre-président de la Bavière concerne non seulement l'Europe et les Etats membres, mais aussi les régions -et une des difficultés qui s'annoncent déjà dans l'après-Nice est apparue dans le contraste entre ses propos et ceux de M. Aznar, qui a souligné (comme il l'avait déjà fait devant le Congreso espagnol, lors du débat sur le sommet de Nice) que la discussion sur la délimitation des compétences se fera « dans le respect de la répartition de ces compétences prévue par la Constitution de chaque Etat membre.

La critique la plus explicite du Traité de Nice est venue de Wilfried Martens, alors que les chefs de gouvernement qui ont négocié le traité ont été moins catégoriques. L'ancien premier ministre belge, comme la plupart des autres orateurs, a salué le fait que Nice ait confirmé la volonté de l'Union de s'élargir, tout en regrettant qu'on n'ait pas « approfondi le débat sur les frontières ultimes de l'Union ». « L'esprit européen n'a pas soufflé à Nice, loin de là », s'est écrié M. Martens, qui a surtout critiqué les résultats concernant le processus décisionnel (« quel échec pour la transparence », a-t-il commenté) et les « revendications et surenchères nationales » qui ont marqué la négociation. Il semble que la question principale ait été non pas de savoir comment prendre une décision, mais comment la bloquer, a dit M. Martens, qui a placé ses espoirs dans la présidence belge, en notant qu'elle présentera en décembre prochain la « Déclaration de Laeken » qui « devra lancer une nouvelle conférence de grande importance pour l'Europe ». Nous devrons élaborer « un texte fondamental que certains d'entre nous appellent déjà la Constitution de l'Europe », définissant les compétences de l'Union, des Etats membres et des régions, a affirmé M. Martens, en souhaitant que ce processus soit réalisé par "une Conférence associant les gouvernements, le Parlement européen et les Parlements nationaux". Pour réussir cette relance, « nos forces politiques doivent retrouver les responsabilités gouvernementales », a estimé M. Martens, en ajoutant: « En 2004, le Conseil européen désignera le président de la Commission (…) il est logique que ce président soit issu de notre famille politique ».

Comme on pouvait s'y attendre, le premier ministre espagnol José Maria Aznar n'était pas si mécontent des résultats du Conseil européen de Nice: après cinq ans d'expérience de sommets européens, je sais qu'on n'en sort pas tous entièrement satisfaits, a-t-il noté. Par ailleurs, le président du Partido Popular s'est attaché à souligner que « le centre est notre espace naturel », mais, pour occuper le pouvoir, il faut aussi « former de vastes majorités ». Et il a été assez indulgent vis-à-vis du socialisme actuel, en affirmant que les leaders socialistes savent bien que les recettes du passé ne sont plus utilisables, mais en mettant en garde contre toute tentation d'y recourir au niveau européen, alors qu'on ne le fait pas au niveau national. Les traités sont rarement parfaits, mais on peut faire « une parfaite politique européenne même avec des traités imparfaits », a déclaré le premier ministre luxembourgeois Jean-Claude Juncker, tout en reconnaissant que, alors que l'Europe, à Nice, aurait eu besoin d'un sérieux « coup de pouce », elle n'a eu qu'un « tout petit coup de pouce ». M. Juncker, qui a cité à plusieurs reprises Konrad Adenauer, a insisté sur les valeurs démocrates-chrétiennes et sur l'économie sociale de marché: ceux qui font tomber le terme "social" trahissent ces valeurs, s'est-il écrié. Quant au chancelier autrichien Wolfgang Schüssel, il a estimé que Nice n'a été qu'"un épisode", et qu'il faut maintenant aller de l'avant et miser sur l'après-Nice: prenons ce processus au sérieux, et pas comme alibi, exigeons des engagements fermes à ce propos de tous nos gouvernements, a-t-il dit.

Pour le président de l'UDF François Bayrou, la « clé du succès », c'est « le courage nécessaire pour devenir des architectes et des visionnaires », alors qu'à Nice, on a eu l'impression que la plupart des participants étaient intéressés, plus qu'"au bateau à construire ensemble, à la place qu'ils auraient sur le pont, à la taille de leur cabine ». Notre famille politique a produit des « générations d'architectes », a-t-il rappelé, en saluant la décision prise le jour même par le Bureau politique du PPE d'"approfondir l'idée du fédéralisme» (samedi, en modifiant les statuts, le PPE devrait aborder cette question). Le président du Fine Gael John Bruton s'est insurgé contre ceux qui, à Nice, ont mis la Commission dans une position marginale, alors que, à l'avenir, il faut au contraire renforcer le pouvoir de la Commission. « Arrêtons de blâmer l'Europe pour tout ce qui ne va pas chez nous », a exhorté l'ancien premier ministre irlandais.

Le groupe du PPE au Parlement européen demande que les Parlements nationaux
soient associés au processus de l'après-Nice

Le président du groupe du PPE/DE au Parlement européen, Hans-Gert Pöttering, a présenté à Berlin une proposition de résolution qui laisse entrevoir quelle pourra être la position du Parlement européen sur le Sommet de Nice (voir à ce sujet aussi EUROPE du 10 janvier, pages 4 et 5). Ce texte affirme en particulier qu'il est d'une importance cruciale que le processus de l'après-Nice préparant la réforme à décider d'ici 2004 offre des perspectives claires permettant de surmonter les manquements de Nice, et que l'évaluation du Traité de Nice devra prendre en considération les progrès concrets qui seront faits dans ce processus « avant la ratification » du traité. Tous les partis du PPE devront insister la-dessus lors du processus de ratification dans leurs Parlements nationaux, affirme la résolution, qui demande au président du groupe PPE/DE au Parlement européen à inviter deux fois par an les chefs de groupe des partis membres du PPE dans les Parlements nationaux à des réunions conjointes, afin de renforcer la voix des représentants élus du peuple dans le processus qui devra s'achever en 2004.

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