Bruxelles, 23/11/2000 (Agence Europe) - Les chefs d'Etat et de gouvernement des Quinze et des Balkans occidentaux et le président de la Commission européenne se réuniront vendredi 24 novembre à Zagreb pour le premier Sommet UE-Balkans. Ce Sommet est destiné à marquer le soutien de l'Europe des Quinze aux Balkans occidentaux, souligne la Présidence française du Conseil de l'UE, qui organise le Sommet. La perspective d'adhésion à l'UE et ce soutien - politique, économique, commercial - seront mis en exergue dans la "Déclaration conjointe" qui sera adoptée à l'issue du Sommet, déclaration qui devrait aussi souligner la nécessité des réformes politiques et économiques dans les pays concernés. Cette déclaration sera accompagnée, en annexe, d'indications sur chacun de ces cinq pays - Albanie, ancienne république yougoslave de Macédoine (Arym), Bosnie-Herzégovine, Croatie, République fédérale de Yougoslavie. La Slovénie, ancienne république yougoslave et candidate à l'adhésion à l'UE, participera aussi au Sommet. Convoqué avant l'accession de Vojislav Kostunica au pouvoir en Serbie, le Sommet sera évidemment placé sous le signe du retour de la démocratie en Serbie.
L'Union européenne présentera au Sommet de Zagreb les différentes politiques et les instruments dont elle s'est dotée pour aider la région. Les Quinze ont adopté lundi le nouveau règlement-cadre pour l'assistance aux Balkans occidentaux (règlement Cards), avec un montant indicatif de 4,65 millions d'euros pour 2000-2006. La Commission européenne avait proposé presque un milliard de plus (5,5 milliards d'euros) et maintient que le montant indiqué par le Conseil n'est pas suffisant. "Nous maintenons notre jugement", a déclaré mardi le porte-parole du commissaire Patten, en rappelant d'une part que ce montant est indicatif et ne préjuge pas du vote du budget communautaire chaque année, et en précisant d'autre part que la Commission reviendrait à la charge quand elle disposera d'évaluations plus précises des besoins en Serbie, avec les prochains rapports de la Banque Mondiale et de la Commission.
Le Sommet permettra aussi de soutenir le processus de "stabilisation et d'association" mené par l'UE en Europe du Sud-Est par la signature d'accords bilatéraux spécifiques, qui complètent les dispositions commerciales très favorables accordées par l'UE à l'ensemble de la région. L'accord de stabilisation et d'association avec l'Arym sera paraphé lors du Sommet, qui marquera aussi le lancement des négociations avec la Croatie, alors que le processus est moins avancé avec les autres pays. Ainsi, la Commission a récemment conclu que l'Albanie ne remplissait pas les critères pour commencer les négociations; toutefois, la Déclaration finale du Sommet devrait appeler la Commission à élaborer un nouveau rapport l'année prochaine afin de préparer la négociation d'un tel accord, soulignaient des sources diplomatiques en marge du Conseil Affaires générales de lundi dernier. La Commission européenne déclare de son côté qu'elle est "déterminée à aider l'Albanie, la Bosnie-Herzégovine et la République fédérale de Yougoslavie à se préparer à remplir les conditions pour les Accords de stabilisation et d'association. La "Commission" reconnaît les progrès accomplis par la Bosnie et l'Albanie et commence à discuter avec la Rfy de la manière dont elle pourrait le mieux bénéficier de ce processus".
La tenue du Sommet UE-Balkans donne aussi lieu à quelques frictions diplomatiques. Comme le Monténégro n'est pas reconnu comme un Etat indépendant, son président a été invité, mais dans la délégation yougoslave, ce qui ne plaît pas à ses dirigeants. "Il est hors de question de nous asseoir derrière Vojislav Kostunica", a indiqué mardi un conseiller du président monténégrin, Milo Djukanovic, à un quotidien croate. Pour le pouvoir monténégrin, Kostunica est président de la Serbie, au même titre que Djukanovic est président du Monténégro, sans hiérarchie, a-t-il indiqué. La Présidence française assure qu'elle "va trouver une solution" qui conviendra à tous.
L'organisation non gouvernementale Human Rights Watch appelle par ailleurs l'UE à faire pression sur la Serbie pour obtenir une amélioration de la protection des droits de l'homme. Human Rights Watch relève en Yougoslavie "des signes encourageants que les autorités souhaitent mettre fin aux violations des droits de l'homme perpétrées par l'ancien gouvernement", mais considère "extrêmement important que la communauté internationale, et l'UE en particulier, fassent pression sur Belgrade pour le poursuite de ses premiers pas positifs".