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Bulletin Quotidien Europe N° 7836
AU-DELÀ DE L'INFORMATION /

La leçon (et l'exemple) du Maroc

L'Espagne doit comprendre. Une leçon de dignité et de défense bien comprise des intérêts de son pays et de son peuple: c'est ainsi que nous avons ressenti le comportement des autorités marocaines dans les relations avec l'UE à propos de la pêche et des échanges agricoles. Certes, la Commission européenne aurait souhaité une plus grande sollicitude dans la définition de la position de Rabat; certes, les autorités espagnoles et portugaises (en particulier, les autorités des régions directement impliquées dans l'activité de pêche dans les eaux marocaines) auraient souhaité une plus grande ouverture et compréhension, et l'Espagne a déjà qualifié d'inacceptable la position marocaine sur la pêche. Mais lorsque des intérêts vitaux sont en jeu, la compréhension doit être réciproque: l'Espagne doit comprendre le Maroc, si elle se prépare à défendre ses producteurs d'agrumes (ce qu'elle devra faire bientôt).

Les faits sont connus. Le Maroc a estimé ne plus être en mesure de conclure avec l'UE un nouvel accord de pêche fondé sur l'octroi de droits de pêche dans ses eaux en échange d'une compensation financière. Deux raisons essentielles rendent cette position impérative pour Rabat. La première est que la situation des ressources halieutiques ne permet plus une exploitation intensive de ces eaux sous peine de franchir un pas supplémentaire vers la transformation de la Méditerranée en une mer morte et polluée, au détriment de la nature et des générations futures. La deuxième raison est qu'aucun pays ayant le sens de la dignité ne peut octroyer à des tiers, en échange d'argent, ce qu'il interdit à ses propres ressortissants. Un nouvel accord de pêche est possible, mais sur des bases radicalement différentes, fondé sur la coopération et sur l'assistance techniques. Si les informations disponibles dans cette phase initiale des négociations sont correctes, les négociateurs marocains sont disposés à admettre une activité limitée et transitoire de bateaux européens dans leurs eaux, le temps que soit réalisée la restructuration de la flotte de pêche dans les quelques régions de l'UE dont l'économie dépend de cette activité.

Comment ne pas comprendre l'amertume et parfois le désespoir des pêcheurs surtout espagnols directement frappés? Ils voient se fermer des eaux dans lesquelles autrefois ils pêchaient librement car elles étaient, il y a quelques années à peine, des eaux internationales; traditions, habitudes ancestrales et sources de revenus qui disparaissent...C'est dur. Mais, sur un plan général, il ne faut pas oublier non plus à quel point les Européens ont détruit eux-mêmes les ressources de leurs eaux, par une exploitation insensée et parfois par des méthodes de pêche inadmissibles (en Italie méridionale du moins). Il y a quelques jours, Franz Fischler soulignait l'exigence et l'urgence de renforcer les contrôles et la surveillance, parce que certains Etats membres ne respectent pas les règles et les quotas en vigueur. On ne peut réclamer la rigueur dans ses propres eaux et un régime de faveur dans les eaux d'autrui.

En agriculture, la libération des échanges n'est que la quatrième priorité. Le comportement de Rabat appelle le même respect à propos de la rénégociation des dispositions agricoles de l'accord d'association. Avant d'envisager l'ouverture progressive du marché marocain notamment des céréales, du lait et du soja, les autorités estiment nécessaire d'en examiner les répercussions sur la production locale, en tenant compte (un ministre l'a explicitement indiqué) de la "multifonctionnalité" de l'agriculture, notion que l'UE elle-même a définie et qu'elle s'efforce d'affirmer dans le cadre de l'OMC.

Notre titre dit que l'attitude marocaine n'est pas seulement une leçon mais aussi un exemple. Pour qui? Pour tous, et d'abord pour l'UE elle-même. Les autorités de Rabat prouvent qu'elles ont compris qu'en agriculture les négociations commerciales ne sont pas seulement une question d'argent et d'ouverture des marchés. Ces deux aspects ont leur importance, c'est évident, mais ils doivent céder le pas devant d'autres priorités: la première est la sauvegarde de la nature et de la biodiversité, déjà si gravement compromise dans notre Europe et dans la Méditerranée. La seconde est l'équilibre territorial, qui impose le maintien d'une activité agricole et d'une population dans l'ensemble du territoire, de manière équilibrée. La troisième est un degré élevé d'autonomie alimentaire, qui n'implique évidemment pas la fermeture des frontières (en ce qui la concerne, l'UE est le principal importateur agricole du monde), mais impose la sauvegarde des productions indispensables à l'alimentation et à l'équilibre naturel. Les intérêts commerciaux, n'en déplaise aux grands commerçants et aux multinationales, viennent après. Merci au Maroc de l'avoir rappelé à qui donne parfois l'impression de l'oublier.

Ferdinando Riccardi

 

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