Bruxelles, 31/10/2000 (Agence Europe) - Le Commissaire européen aux relations extérieures, Chris Patten, se rendra la semaine prochaine au Brésil, en Argentine et au Chili à l'occasion du troisième round des négociations pour des accords d'association entre l'UE et le Mercosur (Argentine, Brésil, Paraguay, Uruguay) et le Chili, round qui se tiendra du 7 au 10 novembre à Brasilia et du 13 au 16 novembre à Santiago du Chili. L'objectif de cette visite sera de donner une "nouvelle impulsion politique" et de souligner la "priorité" accordée par l'UE aux négociations, après les déclarations des dirigeants latino-américains, notamment en Argentine, qui dénonçaient un prétendu manque d'intérêt de l'UE pour ces négociations, indique-t-on à la Commission.
Les négociations entamées il y a un an se concentrent pour le moment sur les aspects non-tarifaires de la libéralisation commerciale et préparent les négociations sur les tarifs douaniers qui ne commenceront qu'en juillet 2001. La délégation européenne dirigée par le directeur général pour les relations extérieures, Guy Legras, sera composée d'une quarantaine de membres pour couvrir l'ensemble des questions en discussion: normes, mesures phytosanitaires, instrument de défense commerciale, règles d'origine, douanes, marchés publics, propriété intellectuelle, concurrence et règlement des différends. L'équipe de négociations comprendra également des experts dans le domaine douanier et dans celui des services afin de préparer le terrain pour les futures négociations sur les questions tarifaires et de services.
Durant les rounds précédents, les négociateurs avaient mis en place trois groupes de travail, défini des objectifs et entamé l'échange de textes de négociations ainsi que l'identification des obstacles non-tarifaires au commerce. Les négociateurs préparent parallèlement le contenu politique et en matière de coopération des futurs accords. L'objectif du troisième round est d'obtenir des "progrès tangibles".
"Des travaux considérables doivent encore être accomplis pour progresser avant d'arriver aux questions difficiles", a remarqué le commissaire Patten devant la presse ce mardi. "L'objectif est de déblayer les questions techniques afin de préparer le terrain pour aborder les questions douanières en 2001", a-t-il précisé. Reconnaissant que l'agriculture, premier objectif de libéralisation pour les pays du Mercosur, sera effectivement un problème durant les négociations, le commissaire Patten a souligné que le Mercosur a également des difficultés à négocier certains secteurs, comme les marchés publics (qui ne font pas encore partie des compétences du marché commun sud-américain).
Alors que les Latino-américains stigmatisent le peu d'empressement des Européens à aborder les questions tarifaires et agricoles, les négociateurs européens leur renvoient la balle en mettant en avant le manque de coordination entre les membres du Mercosur. "Aucun progrès ne peu être obtenu au niveau politique sans préparations techniques sérieuses", remarque un négociateur européen.
Selon le commissaire Patten, les négociations avec le Chili - pays pour lequel le problème agricole ne se pose pas avec la même acuité - pourraient progresser plus rapidement. "Je ne vois pas pourquoi les négociations devraient être freinées artificiellement", a-t-il remarqué. En principe un accord pourrait être conclu dès 2002, estime une source européenne. Le Chili a conclu un accord d'association avec le Mercosur en 1996 et des négociations ont été entamées pour son adhésion au marché commun du cône sud-américain à l'horizon 2010. L'objectif initial des Européens était de poursuivre parallèlement les deux négociations pour arriver éventuellement à fusionner les accords en cas d'adhésion du Chili au Mercosur.
L'intérêt de l'UE est de reprendre du terrain face au projet de zone de libre-échange sur le continent américain (l'Alena), dont les négociations devraient en principe aboutir en 2005. Dans ce contexte, "j'espère que la pression des investisseurs et des industriels européens contribuera à faire progresser les négociations", a souhaité le commissaire Patten.
L'Union européenne est actuellement le premier partenaire commercial du Mercosur et du Chili, avec un volume d'échanges de 49 milliards d'euros en 1998. Le Brésil est à lui seul le 9ème partenaire commercial de l'UE. Les secteurs de l'automobile (qui ne sera libéralisé au sein du Mercosur qu'en 2006), de la chimie et des services (notamment télécommunications) sont parmi les principaux secteurs d'intérêts de l'UE dans la région.