Bruxelles, 23/10/2000 (Agence Europe) - La Commission européenne et le gouvernement russe ont décidé de créer un groupe conjoint d'experts pour identifier par quels moyens concrets l'UE et la Russie pourraient renforcer leur coopération énergétique et comment l'UE pourrait aider la Russie à augmenter ses livraisons de gaz et de pétrole à l'Europe. Le 12 octobre dernier, à l'occasion d'une réunion du Comité de coopération (organe technique chargé de la gestion de l'Accord de Partenariat et de Coopération UE/Russie), des hauts fonctionnaires de l'UE et du gouvernement russes sont convenus que le groupe d'experts se réunira bientôt à Bruxelles (la date reste à préciser), a annoncé un porte-parole de la Commission. Le porte-parole n'était pas encore en mesure de dire si le groupe allait se réunir avant le sommet UE/Russie qui se tiendra le 30 octobre à Paris, ni si le "Plan Prodi" (projet visant justement à développer la coopération énergétique: gaz et pétrole russes en échange de matériel, infrastructure et technologie européennes) prendra une place importante dans l'ordre du jour du sommet.
Lors du Comité de coopération, l'UE a, semble-t-il, beaucoup insisté sur la nécessité d'améliorer la sécurité juridique et commerciale en Russie, afin d'attirer davantage d'investissements privés de l'UE dans le secteur énergétique russe. Ces investissements seront nécessaires pour créer les infrastructures de transport et de distribution nécessaires pour augmenter ensuite les livraisons russes vers les marchés de consommation en Europe. Dans ce contexte, la délégation russe aurait annoncé que la Douma, le Parlement russe, pourrait ratifier en décembre prochain le Traité de la Charte de l'Energie (TCE, Energy Charter Treaty), ce qui contribuerait évidemment à cette sécurité souhaitée de la part des investisseurs étrangers potentiels.
Entre-temps, un consortium de différentes compagnies énergétiques (Gazprom de Russie, Gaz de France, Ruhrgas et Wintershall d'Allemagne et ENI d'Italie) a signé un accord prévoyant le lancement d'une étude de faisabilité pour la construction d'un nouveau gazoduc qui lierait la Russie à l'Europe, en passant par la Biélorussie, la Pologne et la Slovaquie, et en évitant donc l'Ukraine. On sait que la Russie cherche à diversifier ses moyens de transit vers l'Europe grâce à un gazoduc supplémentaire ne passant pas par l'Ukraine, que Moscou accuse de dévier -sans les payer- des quantités considérables de gaz et de pétrole russes pour sa propre consommation.
Cependant, outre les incertitudes relatives à sa faisabilité technique et sa viabilité économique, le projet doit faire face à des problèmes politiques considérables. Ainsi, la Pologne vient de réitérer la semaine dernière, qu'elle s'oppose au projet de gazoduc qui éviterait l'Ukraine, son pays voisin avec lequel Varsovie entretient d'excellentes relations politiques et économiques. "La Pologne continue à s'opposer au projet, pour des raisons économiques, écologiques et politiques", a déclaré le ministère polonais des affaires économiques. La Pologne est favorable à la construction de nouveaux pipelines, à condition cependant qu'ils impliquent aussi la participation de l'Ukraine, a-t-il été dit à Varsovie. Le vice-Premier ministre russe Khristenko, lors d'une récente visite à Bruxelles, a demandé au président de la Commission Prodi de faire pression sur la Pologne, un futur pays membre de l'UE, pour qu'elle cesse de s'opposer à un projet d'une importance capitale pour l'UE. Selon des sources russes, M.Prodi aurait indiqué qu'il devrait être possible d'obtenir l'aval du gouvernement polonais au cas où le projet d'accord à long terme pour des livraisons énergétiques devait se concrétiser.