Le président du Conseil de l'UE Hubert Védrine a prononcé, le 17 octobre à Versailles, un discours à propos de l'élargissement de l'Union, devant des parlementaires des Etats membres et des pays candidats. Nous reproduisons l'essentiel de ce discours ainsi que de sa réponse aux parlementaires des pays candidats intervenus dans le débat, d'après le "compte rendu analytique de la séance de la Cosac" (Conférence des organes spécialisés dans les affaires communautaires").
M. Hubert Védrine. "L'heure n'est plus à se prononcer pour ou contre l'élargissement. C'est désormais chose faite: tout le monde est pour. Il faut maintenant réussir l'élargissement, pour les pays candidats et pour l'Union européenne.
Le déroulement des négociations ne dépend pas de telle ou telle sympathie ou affinité politique, mais de la capacité de chaque pays candidat à appliquer l'acquis communautaire. On ne peut laisser de côté des problèmes par amitié ou par facilité. Il faut aller au fond des choses, sinon toutes les questions non traitées seront autant de bombes à retardement, qui se retourneraient tragiquement contre les pays concernés et contre l'Union. Le sérieux et la rigueur sont, dans cette phase de négociations, la meilleure réponse à l'impatience souvent légitime des pays candidats et aux préoccupations non moins légitimes des pays membres de l'Union. Il faut donc reprendre certaines négociations sérieusement et le plus vite possible; je ne dis pas cela pour ralentir la négociation.
La Présidence française compte donner une nouvelle impulsion aux négociations. Cela commence déjà à se sentir. Nous allons aussi aborder ce problème de fond que constituent les demandes de périodes transitoires. Certaines qui sont réalistes pourront être traitées au plan technique. D'autres, pour leur ampleur, pourraient porter atteinte au principe de base de l'adhésion, qui est la reprise de l'acquis communautaire.
L'Union européenne ne fixera pas une date pour l'adhésion, même si certains pays le souhaitent estimant que ce serait un facteur de mobilisation interne. Il serait pour le moins arbitraire de fixer la date à laquelle devrait prendre fin la négociation. Au demeurant, comment pourrait-on fixer la même date pour tous? Personne ne le souhaite. Il faudrait en réalité fixer une date par pays: on imagine les polémiques sans fin, les comparaisons déplaisantes que cela susciterait.
En fait, il existe déjà une date cible, qui peut mobiliser les pays membres comme les pays candidats: celle du 1er janvier 2003, fixée au Conseil européen d'Helsinki, date à laquelle l'Union devra être prête à accueillir les adhérents qui rempliront les conditions. Il s'agit pour l'Union d'une date contraignante. Respecter cette obligation présuppose d'achever à Nice la négociation sur les quatre sujets de la Conférence intergouvernementale. Nous avons besoin que, vous, les pays candidats, nous souteniez dans cette réforme et que vous ne parliez pas comme si c'était un prétexte inventé pour retarder l'élargissement.
Réussir l'élargissement, cela implique une vision de l'Europe commune aux Etats membres et aux futurs adhérents. C'est pourquoi la France a lancé en 1997 l'idée d'une "conférence européenne", afin de discuter de tous les sujets relatifs à l'Europe. Cette année, cette Conférence va se réunir deux fois: la première à Sochaux, le 23 novembre au niveau ministériel, et la seconde à Nice, le 7 décembre, réunissant les chefs d'Etat et de gouvernement. Nous établirons à cette occasion un état des travaux relatifs à la réforme des institutions et pourrons engager une réflexion politique commune sur le fonctionnement de l'Europe élargie."
En répondant ensuite aux interventions des parlementaires des pays candidats, dont certains avaient exprimé clairement leur impatience ou leur insatisfaction ("j'aimerais pouvoir ramener dans mon pays des messages plus optimistes", avait dit Mme Freyberg, Polonaise), le président du Conseil a notamment déclaré:
" L'une des difficultés que pose l'élargissement est qu'il prête à la démagogie. Comment parler de retard? Uniquement par rapport à des promesses démagogiques faites ici ou là. Il faut être plus respectueux des peuples, donc leur dire la vérité. Nous devons être francs. Faire des déclarations sur un calendrier ne sert à rien sauf à compliquer les choses. Du reste, les candidats eux-mêmes ne se mettraient pas d'accord sur une date unique d'adhésion. Désormais, il n'y a plus de groupes. La seule façon de procéder est de traiter chacun selon ses mérites. Il me semble qu'on aborde cette question de façon trop émotionnelle, certains soupçonnant l'Union de ne pas vouloir l'élargissement. L'Union est consciente de la signification historique de l'élargissement et de la nécessité de s'ouvrir à des pays qui sont européens et qui sont redevenus des démocraties. Durant cette phase, ce n'est pas d'avocats que les pays candidats ont besoin, mais de réformateurs et de négociateurs. Ils entreront quand tous les problèmes auront été réglés. C'est simple. Je peux comprendre l'impatience des candidats, mais c'est à leurs responsables politiques de faire un travail approfondi d'explication, pour faire comprendre chez eux ce qu'est l'Union et en quoi tous ont intérêt qu'elle soit forte. Au lieu de protester contre un retard supposé, vous devez soutenir nos efforts pour réussir les réformes institutionnelles. Elles sont indispensables à l'élargissement et ne sont nullement un prétexte pour les retarder."