Séoul, 23/10/2000 (Agence Europe) - Le troisième sommet Asem réunissant à Séoul les chefs d'Etat des 15 pays européens, de 10 pays asiatiques et le président de la Commission européenne, s'achevait ce samedi par l'adoption d'une déclaration finale d'une vingtaine de pages et d'un « cadre d'action » pour les dix années à venir, après l'adoption d'une déclaration de soutien au processus de rapprochement des deux Corées (voir EUROPE du 21 octobre, pp.3/4). Qualifié d'« étape historique » dans les déclarations, le Sommet de Séoul a marqué le retour de « l'optimisme » et de la reprise économique parmi ses membres. « Après le Sommet de Londres, tombé en pleine crise asiatique, le Sommet de Séoul s'est présenté d'une manière entièrement nouvelle », a affirmé le président français et président du Conseil européen, Jacques Chirac, devant la presse. « La volonté formelle de se connaître s'est transformée en volonté d'agir », a-t-il précisé.
Lors du débat politique, pour la première fois, la question des droits de l'homme a été abordée de manière non « dramatique », a relevé le porte-parole de Romano Prodi, Jonathan Faull. « Même si le texte de la déclaration finale sur les droits de l'homme n'est pas ce que nous aurons souhaité, ce sujet normalement difficile a pu être abordé », a indiqué un diplomate. La dimension politique et de sécurité a également été développée. La participation de la société civile au dialogue a été évoquée jeudi, lorsque les ONG ont rencontré les hauts fonctionnaires chargés de préparer les travaux, mais "il n'y a pas de consensus actuellement pour accueillir formellement les ONG », a remarqué le vice-ministre coréen des Affaires étrangères, Choi Young-Jin.
Dominé par la question coréenne, le débat politique a également permis de faire le point sur la situation au Timor, en Yougoslavie au Moyen-Orient, le Sommet Asem appelant notamment Israéliens et Palestiniens à respecter le nouvel accord de Charm El-Cheikh.
Sur le plan économique, les deux parties se sont prononcées pour le lancement d'un nouveau round de négociation à l'OMC, le plus rapidement possible, tout en prenant date pour agir afin de compenser les effets de la globalisation, notamment en luttant contre le crime organisé. La question sociale n'est en revanche qu'évoquée dans les conclusions, malgré les 10.000 manifestants anti-mondialisation, qui ont tenté vendredi d'approcher le gigantesque centre de conférence de verre et de fer, isolé par quelque 30.000 forces de l'ordre.
En matière de coopération culturelle, deux projets phares ont été adoptés, l'un pour l'octroi de bourse d'études, l'autre pour la création d'une « autoroute de l'information » entre les chercheurs européens et asiatiques. Les deux parties ont appelé à un renforcement des liens culturels à travers la Fondation Europe-Asie, unique « institution » du dialogue Asem.
La déclaration finale, adoptée sous forme de « Déclaration du Président », comporte à la grande satisfaction des Européens un paragraphe sur le respect des droits de l'homme et un long paragraphe affirmant l'engagement des parties à travailler à la prévention des conflits et à préserver l'intégrité des traités sur le désarmement, chapitres obtenus grâce aux concessions chinoises.
Les chefs d'Etat ont pris de nouveaux engagements en matière de gestion des flux migratoires, de lutte contre la criminalité organisée, mais aussi sur la gestion des ressources énergétiques ou la protection de l'environnement, dans le respect des engagements de Kyoto.
Dans la ligne des conclusions du G 8 d'Okinawa, les chefs d'Etat européens et asiatiques annoncent leur intention de s'attaquer à la « fracture numérique » entre pays pauvre et riches. « Le phénomène de la fracture numérique est un nouvel obstacle au développement équilibré du village global. C'est devenu un problème que l'Asie et l'Europe doivent résoudre ensemble », a lancé le président coréen et président du Sommet, Kim Dae-jung, en ouvrant les débats. Enfin, dans le domaine « culturel et social », l'accent est mis sur l'intensification des échanges universitaires.
Ces priorités sont reflétées dans la liste des 16 projets adoptés par les chefs d'Etat selon trois chapitres: 1) globalisation et technologie de l'information, 2) actions de lutte contre les périls transnationaux, 3) développement des ressources humaines, environnement et santé. Le sommet a également pris note de sept autres projets qui devront être précisés.
De nouveaux sujets et de nouvelles priorités pour le dialogue et la coopération
Le Cadre de coopération définit "la vision, les principes, les objectifs, les priorités et les mécanismes du processus Asem pour les dix prochaines années". Les chefs d'Etat reconnaissent en particulier dans leur « vision » que les relations entre l'Europe et l'Asie sont fondées sur « des intérêts communs » telles que « le maintien des objectifs et principes de la Charte des Nations Unies, le respect de la démocratie, l'Etat de droits, l'égalité, la justice et les droits de l'homme, le respect de l'environnement et d'autres sujets globaux ». Les chefs d'Etat affirment leur intention de poursuivre l'effort de compréhension mutuelle, sans « exclure aucun sujet » et sur la base du « respect mutuel, de l'égalité, la promotion des droits de l'homme ».
Le cadre reprend les lignes du dialogue suivies jusqu'ici en ajoutant de nouvelles priorités: 1) dans les sujets de préoccupations « globales »: le désarmement et la non-prolifération des armes de destruction massive, la lutte contre la criminalité internationale, la maîtrise des flux migratoires, la lutte contre le trafic de drogue, la lutte contre le racisme, 2) parmi les sujets économiques et financiers: l'engagement d'intensifier le dialogue sur les technologies de l'information, l'agro-technologie, le commerce électronique, les transports, l'énergie, les technologies de l'environnement, mais aussi la poursuite du dialogue sur les « questions de développement soutenable (…) y compris sur les questions socio-économiques importantes », 3) dans le secteur socio-culturel: l'intensification des échanges universitaires, l'examen de possibilité de reconnaissance mutuelle des diplômes, la création de réseaux entre tous les secteurs de la société, notamment entre parlementaires.
Le statut quo actuel sur la méthode pour inclure de nouveaux pays dans le processus Asem d'élargissement est maintenu, malgré les souhaits de l'UE d'y faire entrer l'Inde notamment Asem (voir EUROPE du 20 octobre, pp.6/7). En permettant à des pays non membres de l'Asem de participer à des projets communs, le sommet a toutefois entrebâillé la porte pour permettre au Laos et au Cambodge notamment (nouveaux membres de l'Asean) de ne pas être exclus.
En exprimant leur satisfaction, les chefs de gouvernement ont insisté sur les relations intra-coréennes
(avec des nuances différentes) - Les pays asiatiques veulent garder le contrôle
sur les nouvelles adhésions à l'Asem dans leur région
«Grâce au sommet, l'Union européenne et l'Asie ont pu consolider leur 'partenariat pour la prospérité et la stabilité du nouveau millennium' », a assuré le président sud-coréen Kim Dae-jung, à la presse. Il s'est félicité en particulier de la « déclaration de Séoul sur la paix sur la péninsule coréenne », en saluant la décision de plusieurs pays de l'Asem de reprendre des relations diplomatique avec la Corée du Nord.
Pour le président du Conseil européen, Jacques Chirac, le Sommet a représenté un pas de plus pour combler la faiblesse des relations entre l'Europe et l'Asie, et il a souligné que « l'Union européenne et l'Asie représentent 48 % du PIB mondial et 52% des échanges mondiaux. L'UE est le premier investisseur mondial et l'Asie le premier destinataire de l'investissement. Or nos échanges ne représentent que 7% des échanges mondiaux ». « Le destin du monde est largement conditionné par le triangle Asie/Europe/Etats-Unis; pour le moment, les axes Etats-Unis/Asie et Europe/Etats-Unis sont bien développés alors que l'axe Europe/Asie est encore faible. L'Asem contribue à rééquilibrer le monde de demain ».
Pour le Premier ministre thaïlandais et coordinateur Asem pour les pays Asean, Chuan Leekpai, le troisième sommet Asem est celui d'un processus « encore dans son adolescence », mais qui a néanmoins permis de développer un partenariat pour l'avenir. « Même si nous avons de bonnes relations bilatérales d'Etat à Etat, il manque encore une dimension régionale à nos relations », a-t-il noté Le ministre malaisien des Affaires étrangères, Syed Hamid Albar, s'est félicité du système de « doubles clefs » pour l'adhésion de nouveaux membres au groupe Asem. «Nous avons confirmé que les critères de sélection des nouveaux pays adhérant seront fixés par chaque groupe régional pour sa partie. J'espère que ces critères auront été précisés lors du prochain Sommet Asem et que nous pourrons accueillir de nouveaux membres comme le Laos, le Cambodge et le Myanmar », a déclaré le ministre. Invité à expliquer l'opposition de son pays à l'entrée de l'Australie et Nouvelle-Zélande dans l'Asem (que Kuala Lumpur considère comme non-asiatique), Syed Hamid Albar a remarqué que « aucun groupe ne peut imposer à l'autre un candidat pour sa partie ». « Si l'Europe souhaite l'adhésion de l'Australie et de la Nouvelle-Zélande, elle peut le faire pour le compte de son groupe régional », a-t-il ironisé.
Gerhard Schröder a défendu devant la presse la décision allemande d'ouvrir des relations diplomatique avec la Corée du Nord en soulignant que le président sud-coréen a demandé avec insistance à ses partenaires Asem de le faire, et qu'il est "plus facile de parler de droits de l'homme ou de désarmement avec un pays avec qui l'on a des relations diplomatiques". Selon lui, les divergences entre Etats membres à ce propos ont été dramatisées en fait, six pays européens ont déjà des relations diplomatiques avec la Corée du Nord. En outre, « la décision allemande est une décision souveraine », a-t-il affirmé. Gerhard Schröder a offert au président sud-coréen de partager l'expérience de réunification vécue par l'Allemagne, entre autres en matière de privatisation des entreprises d'Etat. « Il y a trente ans, Willy Brandt recevait le prix Nobel de la paix. Nous vivons aujourd'hui un moment historique similaire ».
Evoquant l'ensemble des résultats du sommet, le chancelier allemand a estimé que « l'Asem doit changer dans le futur en se concentrant davantage sur des sujets spécifiques et concrets ». Il s'est félicité entre autres du soutien accordé aux réformes du Fonds monétaire international et à davantage de transparence de l'architecture financière internationale.
Louis Michel, vice-premier ministre belge, a indiqué que la Belgique comptait rétablir ses relations diplomatiques avec la Corée du Nord, tout en regrettant que le Premier ministre britannique, Tony Blair, ait rompu le front commun en annonçant sa décision sans concertation avec ses partenaires européens.
Riuitchi Yamazaki, porte-parole du ministre Japonais des Affaires étrangères, a reconnu qu'il est important que la Corée du Nord commence à s'ouvrir au monde extérieur et sorte de son isolement, mais il a précisé que le Japon aura besoin de davantage de temps pour reprendre les relations diplomatiques. Les négociations entre Pyongyang et Tokyo sur ce sujet doivent reprendre en novembre, a-t-il indiqué en espérant que ces négociation seront « honnêtes ». Le Premier ministre Yoshiro Mori a insisté lors de ses contacts avec les Européens pour que la reprise des relations avec Pyongyang soit assortie de pressions sur la question des armes nucléaires notamment.
M. Chirac: les Quinze se consulteront en novembre sur la reconnaissance de la Corée du Nord
Le président Chirac a dit lundi à la presse, à Pékin où il était pour le sommet UE/Chine (voir autre nouvelle), que le problème de "la coordination de nos actions" en ce qui concerne les relations diplomatiques avec la Corée du Nord, sera évoqué en novembre "à l'initiative de M.Védrine en sa qualité de président du Conseil Affaires générales", pour qu'"il y ait une concertation". M.Chirac a rappelé que la Troïka de l'UE ira en Corée du Nord en novembre, et que cette visite était prévue avant le sommet Asem (le prochain Conseil Affaires générales est prévu les 20 et 21 novembre: NDR).
Le Haut Représentant pour la Pesc Javier Solana avait dit également à Pékin qu'il regrettait l'absence d'une position commune de l'UE au sujet de la reconnaissance de la Corée du Nord. "De mon point de vue, une plus grande coordination aurait été préférable", a-t-il affirmé lors d'un déjeuner de presse, tout en soulignant que la question de la reconnaissance de Pyongyang n'est pas couverte par la Pesc (à l'égard de la Corée du Nord, l'UE se limite jusqu'ici à participer au programme du Kedo pour la construction de réacteurs nucléaires).