Sintra (Portugal), 28/02/2000 (Agence Europe) - Les ministres de la Défense des Etats membres de l'Union européenne, réunis informellement ce lundi à Penha Longa (Sintra) sous la présidence du ministre portugais Julio Castro Caldas et avec la participation du Haut Représentant pour la Pesc Javier Solana, sont convenus que, à partir du 1er mars, les structures intérimaires qui prépareront la mise en place des futurs Comité militaire européen et Etat-major militaire européen, ainsi que le Comité politique et de sécurité, "doivent commencer à travailler dans le bâtiment du Conseil Justus Lipsius" à Bruxelles. C'est ce qu'affirme une note de la Présidence portugaise, qui indique aussi que les ministres se sont engagés à nommer dans de brefs délais les représentants nationaux dans les structures militaires intérimaires, afin que leur travail puisse effectivement commencer dès le mois de mars. La note de la présidence annonce en outre (et c'est le principal résultat concret de la réunion) que les ministres ont approuvé un programme devant aboutir à la convocation, d'ici la fin de l'année, d'une "Conférence de génération de forces", afin de concrétiser l'engagement pris à Helsinki de "collaborer volontairement pour la formation d'une force de 50 000 à 60 000 hommes" d'ici 2003 ("headline goal" convenu au Conseil européen de décembre 1999).
Lors de sa conférence de presse commune avec M.Solana, M.Castro Caldas a indiqué que les ministres avaient "généralement accepté" la teneur de deux "très utiles" documents qui étaient sur leur table, concernant le "headline goal" et les organes militaires permanents (voir plus loin). La réunion de Sintra, étant informelle n'était pas destinée à prendre des décisions; elles seront prises dans les prochaines semaines et mois par le Conseil de l'UE.
De son côté, M. Solana a indiqué que, à Sintra, avait été convenu un calendrier devant aboutir, justement, à la tenue de la Conférence de génération des forces sous présidence française, "probablement en décembre" de cette année. Ce calendrier, a-t-il précisé, comporte en particulier: a) une réunion conjointe, des ministres des Affaires étrangères et de la Défense qui, le 20 mars, à l'occasion du prochain Conseil Affaires Générales, prendra de premières décisions "sur la base des débats d'aujourd'hui"; b) des réunions des chefs d'état-major des Quinze; c) le Conseil européen extraordinaire de Lisbonne des 23 et 24 mars (auquel la Présidence portugaise présentera un premier rapport sur la Pesd) ; d) une nouvelle réunion conjointe des ministres des Affaires étrangères et de la Défense à l'occasion du Conseil Affaires Générales du 22 mai, qui devra "passer en revue le matériel sur les scénarios et les forces disponibles"; e) le Conseil européen de Porto en juin (avec un nouveau rapport de la Présidence portugaise) ; f) ensuite, sous Présidence française, une nouvelle réunion informelle des ministres de la Défense, deux nouvelles réunions conjointes des ministres des Affaires étrangères et de la Défense, et la Conférence sur la génération de forces. Ce programme montre la volonté des Quinze de maintenir l'élan qu'a acquis le développement de la politique européenne de sécurité et de défense depuis Helsinki, a dit M.Solana, en félicitant la Présidence portugaise pour avoir obtenu un tel résultat seulement "deux courts mois" après le Conseil européen de décembre dernier.
Quant à l'effort budgétaire que les Quinze devront faire pour mettre en place des capacités militaires crédibles, le ministre français Alain Richard a proposé que chaque Etat membre a consacré 0,7% de son PIB aux dépenses pour des investissements militaires. Interrogé à ce sujet, M. Castro Caldas a dit sans sa conférence de presse finale que, si l'Europe veut répondre au défi que représente la concrétisation du "headline goal" d'Helsinki, il est "clair qu'il faudra convaincre les opinions publiques "et les Parlements" de la nécessité d'augmenter les budgets de la défense. "Tout le monde a reconnu cette nécessité, mais aujourd'hui nous n'avons pas encore pu atteindre un consensus sur le montant qu'il faudra atteindre", a-t-il ajouté . Nous devons maintenant travailler à la définition de critères de convergence afin d'augmenter notre effort "ensemble et harmonieusement". M. Solana (en notant que, n'ayant pas de responsabilités nationales, sa tâche était peut-être plus facile) s'est dit certain que tous les Etats membres seront prêts à faire des efforts "correspondant à leur ambition".
MM. Castro Caldas et Solana ont aussi affirmé que l'UE pourra tirer des enseignements extrêmement utiles de l'exercice militaire Crisex 2000, le premier exercice conjoint de l'UEO et de l'Otan, qui vient de s'achever (avec des observateurs de l'UE). Les experts militaires doivent maintenant développer des conclusions sur cet exercice, qui nous apporte des leçons notamment en ce qui concerne la coordination de l'utilisation des moyens de l'Otan et des capacités européennes, a indiqué M. Castro Caldas. Quant à la contribution que le Portugal pourra donner à la future Force d'intervention rapide, M.Castro Caldas a souligné qu'elle sera conditionnée par les "énormes efforts" que son pays fait actuellement pour contribuer à la stabilisation de la situation au Timor oriental.
La discussion pendant le déjeuner de travail a été essentiellement consacrée aux développements au Kosovo (où, à partir d'avril, l'Eurocorps fournira l'état-major de la Kfor).
M. Solana souligne la nécessité d'impliquer les ministres de la Défense (outre ceux des Affaires étrangères,
et aussi des Finances) dans le développement concret de la Pesd et identifie cinq étapes
Dans son intervention devant les Ministres, M. Solana a affirmé en particulier que le travail en vue de la mise en place du "headline goal" doit être "conduit" par les ministres de la Défense bénéficiant de l'appui non seulement du Conseil Affaires générales et du Conseil européen, mais aussi des ministres des Finances, car, sans ressources, on n'aurait que "des promesses sur le papier et pas d'amélioration réelle". La mise en oeuvre du "headline goal" doit se faire en sorte que le processus soit "pleinement sous le contrôle politique de l'UE, mais en évitant les duplications, ce qui signifie qu'il faudra "un usage substantiel" du travail et de l'expertise existants dans les capitales, à l'UEO et à l'Otan.
Quant aux pas ou étapes à envisager, M. Solana en a indiqué cinq: 1. élaborer le "headline goal" de manière "utile pour les planificateurs de la défense", en évitant les duplications par l'utilisation des capacités existantes; 2. identifier ce que les Etats membres peuvent déjà faire; 3) s'entendre, sur les besoins supplémentaires (au-delà des plans de défense existants des Etats membres) ; 4) amender les plans nationaux de défense afin de satisfaire ces besoins supplémentaires ; 5) passer régulièrement en revue les progrès afin de maintenir le processus sur le rail, ce processus devant être conduit sous la direction des ministres.
Le ministre belge de la Défense André Flahaut, a lu en ouverture des travaux une déclaration exprimant son "malaise" pour la présence du ministre autrichien Herbert Scheibner, appartenant au parti FPÖ.
EUROPE reviendra demain aussi bien sur la déclaration belge que sur les documents qui ont servi de base aux travaux ministériels, en particulier un document britannique décrivant en détail la démarche à suivre pour atteindre les objectifs définis à Helsinki et un document sur les organes militaires permanents futurs de l'UE.