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Bulletin Quotidien Europe N° 13905
SÉCURITÉ - DÉFENSE / Otan

Les dirigeants des pays alliés mettent en avant leur unité, malgré les menaces de Donald Trump

Le secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte, a estimé, mercredi 8 juillet, que le Sommet d’Ankara avait montré un « immense sentiment d'unité » des Alliés, qu’il n’avait « pas vu depuis des années », malgré les critiques et menaces publiques du président américain, Donald Trump, qui s’est dit, dans la matinée, « très mécontent » de l’OTAN.

Donald Trump a une nouvelle fois attaqué le Danemark sur le Groenland (EUROPE 13905/3) et l’Espagne qu’il a qualifiée de « sans espoir », car le pays ne dépense pas assez en défense, et a refusé que les États-Unis utilisent ses bases dans sa guerre contre l’Iran. « L'Espagne, c'est peine perdue. Nous ne voulons plus faire de commerce avec elle », a-t-il prévenu, réitérant d’anciennes menaces (EUROPE 13905/5). Une déclaration prise avec « calme » par Madrid. La Moncloa a rappelé que la relation bilatérale entre les États-Unis et l'Espagne était bénéfique aux deux pays, tant sur le plan commercial que sur celui de la défense, et que les États-Unis dégageaient un excédent commercial avec son pays.

Cependant, à l’issue du sommet, le président américain s’est montré bien plus positif, expliquant que l’unité des dirigeants avait été « incroyable » et répétant à plusieurs reprises, devant la presse, qu’il y avait eu « du respect » et « de l’amour dans la salle » de réunion. « Un mot d’aujourd’hui est 'unification', (les Alliés) nous aiment et s’aiment entre eux ». Et d'insister : ce sont « des personnes très intelligentes, animées de bonnes intentions, qui font un excellent travail pour leurs pays ».

Selon le président français, Emmanuel Macron, Donald Trump n’a pas fait de critiques envers l’Alliance ou les Alliés pendant la séance plénière.

Engagement indéfectible pour la défense collective. Dans leur déclaration commune d’une page, les dirigeants ont réitéré leur « engagement indéfectible en faveur de la défense collective, consacré par l’article 5 du traité de Washington, et notre attachement au lien transatlantique ». « Notre unité, notre solidarité et notre force collective restent le socle sur lequel reposent la paix, la sécurité et la prospérité dont bénéficient le milliard de citoyens que compte notre alliance de pays libres et démocratiques. Nous restons résolus à suivre notre approche à 360 degrés de la dissuasion et de la défense », ajoutent-ils.

Sous la pression du président américain, qui juge que les Américains dépensent trop pour la sécurité des Européens, et de la menace russe, les Alliés européens et canadiens ont augmenté de plus de 139 milliards de dollars en 2025 leurs dépenses consacrées à la défense proprement dite. « Face à la menace que la Russie fait peser pour le long terme sur la sécurité et la stabilité euro-atlantiques et face à la menace persistante que constitue le terrorisme, les Alliés honorent les engagements en matière de défense pris à La Haye », précise la déclaration. En un an seulement, les Alliés ont atteint des dépenses de défense et d’investissements liés à la défense et la sécurité représentant 4% de leur PIB, a rappelé M. Rutte. L’objectif est de 5% à l’horizon 2035.

Des investissements qui se transforment en équipements. Selon Donald Trump, une grande partie des hausses de dépenses européennes et canadiennes « est consacrée à l'achat d'équipements fabriqués aux États-Unis. Ils veulent tous des équipements américains ». Il a souhaité que la production américaine s'accélère, estimant que son pays pourrait vendre autant qu'il produit. 

Ainsi, les Alliés ont annoncé à Ankara de nouveaux achats d’un montant total de plus de 50 milliards de dollars. « Nous nous engageons à doper notre capacité de production collective ainsi qu’à collaborer avec le secteur privé pour accélérer l’innovation », ont-ils promis.

Au-delà de ces annonces, le Secrétaire général a relevé que les Alliés allaient investir 27 milliards de dollars pour améliorer la chaîne d'approvisionnement en carburant de l'OTAN afin de garantir aux forces armées l'énergie nécessaire à leur capacité opérationnelle. Cet investissement « modernisera nos infrastructures existantes de stockage et de distribution de carburant et soutiendra de nouvelles installations, notamment des pipelines vers la partie orientale de l'Alliance », a précisé M. Rutte.

Le Premier ministre britannique, Keir Starmer, a annoncé pour sa part que son pays allait piloter une initiative européenne visant à renforcer le financement des capacités de frappe de précision en profondeur à travers l'Europe. L’initiative, qui réunira le Danemark, l'Estonie, la Finlande, la France, l'Allemagne, les Pays-Bas, la Norvège, la Roumanie, l'Espagne, la Suède, la Turquie et le Royaume-Uni, sera dotée de 50 milliards de dollars par les Alliés au cours des dix prochaines années pour développer ces capacités. « Cet investissement des Alliés européens dans des armes de précision à longue portée permettra à l'OTAN de disposer des armes les plus avancées à l'avenir, capables de frapper des cibles situées à au moins 300 km, et dans certains cas au-delà de 2 000 km, avec une précision extrême », a précisé le 10 Downing Street dans un communiqué (voir la déclaration commune : https://aeur.eu/f/ms3 ).

Les Alliés ont aussi promis qu’ils continueraient de travailler pour éliminer les obstacles qui freinent les échanges commerciaux entre Alliés et de recourir aux partenariats de l’OTAN pour maximiser la coopération industrielle et l’épaisseur du tissu industriel de défense.

Des investissements dans la défense qui permettent aussi à l’Europe et au Canada d’assurer davantage leur propre sécurité, alors que les États-Unis repositionnent leurs efforts.

Une OTAN dite 3.0. « Nous construisons l’avenir et œuvrons en faveur d’une Europe plus forte dans une OTAN plus forte, pour une alliance modernisée. Les Alliés européens et le Canada, en collaboration avec les États-Unis, prennent une part de plus en plus grande dans la défense de l’Alliance », souligne la déclaration. 

Enfin, les dirigeants se sont réjouis à la perspective de se retrouver à leur prochaine réunion. Le secrétaire général de l’OTAN a confirmé que celle-ci se tiendrait en Albanie, sans en préciser la date.

Voir la déclaration du sommet : https://aeur.eu/f/ms4  (Camille-Cerise Gessant)

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