Au lendemain du vote de la commission des Libertés civiles (LIBE) au Parlement européen sur le règlement relatif aux retours de migrants irréguliers, le Parti populaire européen (PPE) est sous le feu des critiques.
L’adoption du texte alternatif présenté par François-Xavier Bellamy (français) au détriment de celui du rapporteur principal, Malik Azmani (Renew Europe, néerlandais), est d'autant plus décriée qu'elle a reposé essentiellement sur une majorité de droite et d'extrême droite (EUROPE 13824/10). Le basculement laisse un goût amer à Renew Europe comme aux groupes de gauche, qui considèrent qu'il ne s'agit pas d'un simple concours de circonstances, mais bel et bien d'une manœuvre visant à acter une « union des droites » à l'échelle de l'UE.
Renew Europe fulmine, Malik Azmani doit décider s'il se retire de son rapport. À l'occasion d'une conférence de presse, mardi 10 mars, l'eurodéputée française Fabienne Keller (Renew Europe), par ailleurs membre de la commission LIBE, n'a pas caché son indignation. Elle a volontiers accusé M. Bellamy d'avoir mené une « stratégie politique volontaire » et d'avoir cherché le soutien de la droite nationaliste et contestataire en co-signant des compromis avec les Conservateurs et réformistes européens (CRE), les Patriotes pour l'Europe (PfE) et l'Europe des nations souveraines (ESN). L'élue s'est particulièrement révoltée que le 'rapport Bellamy' ait reçu les voix du parti Alternative für Deutschland (affilié au groupe ESN), coup de grâce à la « majorité centrale pro-européenne » qui, selon elle, fonctionnait jusque-là.
À sa suite, Valérie Hayer, présidente du groupe Renew Europe au Parlement européen, a fustigé une alliance « contre-nature » et « irresponsable » avec les forces les plus radicales de l'hémicycle, estimant que le PPE « se tourne vers l’extrême droite chaque fois qu'il en a l'occasion ou qu'il y a une difficulté dans les négociations ». Elle s'en est aussi prise aux Socialistes et démocrates (S&D), avec lesquels une alliance était initialement envisagée, mais qui, d'après elle, n'ont pas eu « la lucidité de prendre leurs responsabilités » en acceptant des mesures qui auraient abouti à un texte « équilibré et fondamentalement efficace ».
Outre ce jeu de 'la faute à qui', la question est surtout de savoir quelle sera la prochaine action de Malik Azmani, qui sort désavoué de ce vote : se retirer de son propre rapport, quitte à sceller la victoire symbolique du PPE, ou rester pour défendre sa position lors des prochaines négociations interinstitutionnelles ? Mme Hayer ne s'est pas avancée, déclarant que le rapporteur avait « besoin de temps » pour se prononcer sur le sujet.
Les partis de gauche en riposte. À gauche, si l'enthousiasme de l'extrême droite sur le 'rapport Bellamy' a moins surpris, la contestation s'organise déjà. Manon Aubry (La Gauche, française) a fustigé sur le réseau X la tentative du PPE de « faire passer le texte en négociation sans le vote de l'ensemble du Parlement européen, comme s'il s'agissait d'une simple formalité technique ». La veille, devant quelques journalistes en sortie d'hémicycle, M. Bellamy se réjouissait en effet d'avoir « un mandat pour entamer des négociations interinstitutionnelles », ajoutant qu'il ne s'attendait pas à des 'trilogues' « longs ou compliqués ».
Mme Aubry a également interprété le texte voté comme un appel à créer « un équivalent européen de l'ICE » (Immigration and Customs Enforcement, services de l'immigration américains). Une analyse partagée par Silvia Carta, chargée de plaidoyer pour la 'Plateforme pour la coopération internationale sur les sans-papiers' (PICUM) : dans un communiqué, elle a regretté que ces mesures exposent « des centaines de milliers de personnes » à des « fouilles abusives » et au partage de leurs données personnelles avec des pays tiers « sans garanties ».
Les groupes S&D, Verts/ALE et La Gauche prévoient tous de déposer une contestation formelle du mandat de négociation à la session plénière de jeudi 12 mars, lors de laquelle la date du vote du PE sur le rapport doit être annoncée, selon nos informations. (Justine Manaud)