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Bulletin Quotidien Europe N° 13825
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ÉCONOMIE - FINANCES - ENTREPRISES / Économie

Le blocage persiste sur le prêt de l'UE à l'Ukraine pour 2026 et 2027

Aucune autre option que celle d'un règlement du différend entre la Hongrie et l'Ukraine sur la fourniture de pétrole russe via l'oléoduc Druzhba ne se dégage pour débloquer l'adoption du prêt de l'Union européenne à l'Ukraine doté de 90 milliards d'euros pour 2026 et 2027 (EUROPE 13820/15).

« Nous honorerons ce prêt d'une manière ou d'une autre », a pourtant assuré le commissaire européen à l'Économie, Valdis Dombrovskis, mardi 10 mars, à l'issue du Conseil 'Écofin'. S'attendant à ce que « tous les dirigeants politiques honorent leur engagement » pris au Conseil européen fin 2025, il a noté que l'UE avait déjà fait face à un tel blocage et avait toujours trouvé une solution.

Mardi, lors du débat entre ministres européens des Finances, plusieurs pays ont « pointé du doigt » la Hongrie et critiqué son absence de coopération loyale, a indiqué une source européenne, alors que Budapest ne sera pas affectée par le financement du futur prêt à l'Ukraine au même titre que la Slovaquie et la République tchèque.

D'après cette source, la possibilité que les États membres fournissent des garanties budgétaires nationales n'a pas été évoquée. Le ministre lituanien, Kristupas Vaitiekūnas, a préconisé de reprendre les travaux sur la mobilisation des avoirs gelés de la Banque de Russie, alors que les Vingt-sept avaient écarté cette option en décembre dernier (EUROPE 13776/1). Prudente, la France aurait conseillé de ne pas s'engager sur des voies juridiques excessivement 'créatives'.

Dans l'intervalle, la Commission et les autorités ukrainiennes élaborent la stratégie de financement et le Protocole d'entente (MoU), deux documents nécessaires pour la mise en œuvre du futur prêt.

M. Dombrovskis a refusé de dire quelle était la date après laquelle l'Ukraine, faute de soutien financier extérieur, pourrait se retrouver en situation de défaut de paiement. « Il n'y a pas de date limite stricte », a-t-il dit, se félicitant que le FMI ait trouvé un accord avec l'Ukraine sur une nouvelle aide macrofinancière.

Jusqu'à présent, l'objectif affiché était de permettre les premiers versements à Kiev début avril. 

Oléoduc Druzhba. Jouant sa survie politique lors des élections législatives de dimanche 12 avril, le Premier ministre hongrois, Viktor Orbán, fait campagne contre 'Bruxelles' et sa volonté alléguée de prolonger la guerre en aidant l'Ukraine.

Tant que le pétrole russe ne sera pas livré à son pays via l'oléoduc Druzhba, qui traverse l'Ukraine, il bloquera l'adoption, qui nécessite l'unanimité des États membres, de la révision du cadre financier pluriannuel (CFP) actuel afin d'autoriser la Commission européenne à emprunter sur les marchés pour financer le prêt à l'Ukraine.

À l'issue d'une entrevue à Paris avec la présidente de la Commission, le Premier ministre slovaque, Robert Fico, a indiqué avoir montré à Ursula von der Leyen « des images satellites confirmant que l'oléoduc Druzhba sur le territoire ukrainien n'était pas endommagé », dans une déclaration transmise à la presse. Il a accusé le président ukrainien d'avoir décidé de façon « unilatérale » de stopper les flux de pétrole russe vers la Hongrie et la Slovaquie, deux pays ayant négocié une exception à l'embargo de l'UE sur ces hydrocarbures.

« Nous sommes d'accord pour dire que l'oléoduc Druzhba doit être restauré et, s'il est endommagé - nous soutenons qu'il ne l'est pas -, il devra être réparé », a ajouté M. Fico. Il s'est réjoui que Mme von der Leyen ait proposé de financer tout projet de réparation.

Ce bras de fer persistera jusqu'au Conseil européen de jeudi 19 mars et, potentiellement, jusqu'aux élections hongroises.

Retombées budgétaires pour la Russie. Interrogé sur la décision des États-Unis d'alléger temporairement les sanctions visant les pays se procurant du pétrole russe, M. Dombrovskis a indiqué que la stratégie de l'UE était de maintenir la pression pour affaiblir l'économie russe.

Il a reconnu que l'impact sur les marchés énergétiques des attaques israélo-américaines visant l'Iran était de nature à accroître « les retombées budgétaires de la Russie ». D'où l'importance, selon lui, d'appliquer « strictement » le plafond tarifaire des pays du G7 sur les exportations de pétrole russe ainsi que les sanctions de l'UE visant le secteur énergétique russe.

« Le contraire serait contre-productif, puisque cela renforcerait la capacité de la Russie à financer son effort de guerre et affaiblirait l'Ukraine », a estimé le commissaire européen, faisant valoir que la Russie fournit une assistance à l'Iran.

Le ministre des Finances irlandais, Simon Harris, a qualifié de « totalement méprisable » l'idée que la Russie tire un avantage financier de la guerre au Moyen-Orient.

S'exprimant devant les ambassadeurs de l'UE à Bruxelles, le président du Conseil européen, António Costa, a considéré que Moscou était « le seul vainqueur » des attaques israélo-américaines qui bafouent le droit international, fournissent de nouvelles ressources au Kremlin et détournent des capacités militaires de l'Ukraine (voir autre nouvelle). (Mathieu Bion avec Pauline Denys)

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