Après la présidente de la Commission européenne et la Haute Représentante de l’UE pour les Affaires étrangères lundi (EUROPE 13824/19), le président du Conseil européen, António Costa, a, à son tour, dévoilé sa vision de la politique étrangère européenne, une politique qu’il veut « multidimensionnelle », avec une Union qui parle d’une seule voix.
« Nous devons mener une politique étrangère multidimensionnelle, en nous engageant activement auprès de la communauté internationale pour défendre les principes consacrés par la Charte des Nations Unies et le droit international », a-t-il expliqué devant les ambassadeurs de l’UE.
Selon M. Costa, il est de l’intérêt des Européens de veiller à ce que les relations internationales restent fondées sur des règles et la coopération, et d’éviter une fragmentation mondiale accrue. « Le système international est en pleine mutation. Un monde où les rapports de force sont de nouveau au cœur des débats. L'Union européenne s'adapte à ces changements en gagnant en autonomie et en résilience », a-t-il estimé.
D'après le président du Conseil européen, le monde multipolaire actuel exige des solutions multilatérales, « et non des sphères d'influence où la politique de puissance se substitue au droit international ». Ainsi, l’UE doit défendre l'ordre international fondé sur des règles et renforcer la coopération multilatérale.
« L’ONU doit être réformée, mais elle ne peut être remplacée. Elle doit demeurer la pierre angulaire du système multilatéral, la seule instance jouissant d’une légitimité universelle et du pouvoir nécessaire pour garantir une coopération multilatérale efficace », a rappelé M. Costa, alors que le président américain, Donald Trump, a créé un 'Conseil de la paix' chargé de rétablir la paix à Gaza (EUROPE 13816/3).
M. Costa a aussi plaidé pour la poursuite du développement du réseau des partenaires de l’UE. « L'Union européenne privilégie les partenariats aux droits de douane. Elle construit des sphères de prospérité partagée plutôt que des zones d'influence », a-t-il souligné dans une critique à peine voilée à Donald Trump. Et d’ajouter : « Seul un réseau solide de partenaires renforce notre influence mondiale et contribue à stabiliser l'ordre international fondé sur des règles ».
Le socialiste portugais a rappelé que l’UE avait mis en place le réseau d’accords commerciaux « le plus vaste au monde », couvrant 80 partenaires, et que des négociations ou des ratifications d’accord étaient en cours avec 27 autres pays.
M. Costa a en outre appelé à préparer le prochain élargissement de l'UE, « le meilleur investissement géostratégique que nous puissions faire pour notre avenir ».
La Russie, seule gagnante de la guerre au Moyen-Orient. Revenant sur la situation en Iran, M. Costa a expliqué que la liberté et les droits humains ne pouvaient être garantis que par le droit international, et non pas obtenus par les armes.
Il a aussi estimé qu’à ce jour, la guerre au Moyen-Orient n’avait qu’un seul gagnant : la Russie. « La hausse des prix de l’énergie lui permet de financer sa guerre contre l’Ukraine. [la Russie] profite du détournement de moyens militaires qui auraient pu être déployés pour soutenir l’Ukraine. Et elle bénéficie du désintérêt croissant pour le front ukrainien », a-t-il mis en garde. (Camille-Cerise Gessant)