Le sous-secrétaire américain à la Guerre, Elbridge Colby, a estimé, jeudi 12 février, que l’Alliance avait désormais ce qu’il fallait pour travailler en partenariat. De leur côté, les ministres ont reconnu que l’Alliance devait devenir plus européenne.
« En 2025, nous avons constaté un véritable engagement pour que l'Europe prenne la tête de la défense conventionnelle de l'OTAN (…). Il est temps d'avancer ensemble, d'être pragmatiques (...). Nous disposons d'une base solide pour travailler ensemble en partenariat, pour faire une OTAN 3.0, une OTAN fondée sur le partenariat plutôt que sur la dépendance et renouer ainsi avec les valeurs originelles de l'OTAN », a souligné M. Colby à son arrivée à la réunion ministérielle de l’OTAN.
Dans son discours aux ministres, le sous-secrétaire d’État à la Guerre a expliqué que « l’Europe doit déployer la majeure partie des forces nécessaires pour dissuader et, si besoin est, repousser toute agression conventionnelle en Europe », tout en ajoutant que son pays continuera à assurer la dissuasion nucléaire. Selon lui, une stratégie qui prétend que les États-Unis peuvent indéfiniment assurer le rôle de principal défenseur conventionnel de l'Europe tout en assumant la responsabilité décisive partout ailleurs « n'est ni viable ni prudente. C'est une aspiration déconnectée des réalités ».
Le secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte, a confirmé qu’au sein de l’OTAN, l’Europe se renforçait et assumait un rôle de leadership accru. Au-delà de dépenses de défense en progression, les Européens vont aussi diriger les trois commandements de forces interarmées de l’Alliance (EUROPE 13806/14). « Il faut une OTAN forte, mais l'OTAN est plus forte lorsque les Européens s'impliquent davantage et jouent un rôle plus important en son sein. C'est exactement ce qu'ils font. Ainsi, les États-Unis peuvent aussi se concentrer sur d'autres aspects, tout en maintenant un arsenal nucléaire et conventionnel solide en Europe, ce qui renforcera considérablement l’Alliance », a ajouté Mark Rutte.
À leur arrivée à la ministérielle, plusieurs ministres européens ont également souligné l’importance de rendre l’OTAN plus européenne. Rappelant qu’il y a quelques mois, le secrétaire d’État américain à la Guerre, Peter Hegseth, avait prévenu que les Européens devraient être en capacité d’assurer leur sécurité, la Française Catherine Vautrin a promis que les Européens allaient « le faire ». « Nous avons commencé », a-t-elle expliqué, soulignant l’« importance que nous avons à travailler les uns avec les autres et nous engager durablement, avec ce pilier européen ».
« Pour préserver le caractère transatlantique de l'OTAN, il est nécessaire de l'européaniser davantage. Il s'agit d'assumer davantage de responsabilités européennes, tout en instaurant un climat de confiance et de fiabilité et c’est ce que nous faisons concernant la dissuasion nucléaire, qui est fournie depuis des décennies par les États-Unis », a souligné le ministre allemand, Boris Pistorius. « L'histoire des dernières décennies nous montre que les États-Unis ont assumé la part du lion des efforts déployés pour la dissuasion et la défense conventionnelles européennes. Le moment est venu pour les Européens d'en prendre progressivement le relais dans les années à venir. C'est tout à fait normal et naturel », a-t-il ajouté.
De son côté, le ministre roumain, Radu-Dinel Miruta, a estimé que « l’Europe devait être capable de protéger l’Europe ».
Le renforcement du pilier européen de l’OTAN devrait permettre de réduire les tensions avec les Américains, qui reprochent aux Européens de profiter de la protection américaine.
Voir le discours d’Elbridge Colby : https://aeur.eu/f/kpn (Camille-Cerise Gessant)