Les eurodéputés ont appelé la Commission européenne, mardi 8 juillet en séance plénière à Strasbourg, à saisir l’occasion du sommet UE-Chine fin juillet, pour recalibrer les relations bilatérales. L'Union européenne doit, en particulier, se défaire des dépendances stratégiques vis-à-vis des exportations chinoises de matières premières critiques, selon les élus.
Au début du débat, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a expliqué qu’elle allait porter le message, lors du sommet, selon lequel il « est temps de faire de réels progrès et de trouver des solutions équitables sur les questions sur lesquelles nous sommes bloqués depuis bien trop longtemps - la prévisibilité et la fiabilité ».
Les relations bilatérales sont tendues depuis plusieurs semaines, ce qui a même poussé les hôtes chinois à écourter le sommet, qui devait initialement avoir lieu sur deux jours (EUROPE 13674/3).
La présidente de la Commission a justifié l’une des dernières mesures prises par l’UE visant à restreindre l’accès des appareils médicaux chinois aux marchés publics européens de plus de 5 millions d’euros (EUROPE 13675/19). « Il s'agit d'une question de réciprocité élémentaire », a-t-elle insisté. « Les biens et services fabriqués en Chine bénéficient automatiquement d'un avantage de 20% dans les appels d'offres publics (chinois, NDLR). C'est tout simplement injuste ».
Dans la même veine, Yannis Maniatis (S&D, grec) a appelé l'UE à réagir face à la distorsion du marché causée par les subventions publiques. « La Commission européenne doit utiliser tous les outils à sa disposition pour s'assurer que nous protégeons l'industrie manufacturière européenne », a-t-il estimé.
Il a également souligné que les restrictions sur les exportations de terres rares, adoptées par la Chine, ont gravement affecté les industries européennes.
Sur ce point, Daniele Polato (CRE, italien) a appelé à mettre à profit le 50e anniversaire des relations UE-Chine, cette année, pour « réfléchir aux erreurs que nous avons commises en Europe » et remettre l’accent sur la souveraineté économique de l’UE.
Engin Eroglu (Renew Europe, allemand) a également regretté que 98% des terres rares dont l’UE a besoin proviennent de Chine. « La seule façon de nous placer dans une meilleure position de négociation est d'exploiter nous-mêmes nos ressources minières. Nous avons donc besoin d'un programme minier européen, d'une 'task force' minière », a-t-il avancé.
Soutien à la Russie. Sur le plan sécuritaire, Nicolás Pascual De la Parte (PPE, espagnol) a considéré, comme d'autres députés, tout bord politique confondu, qu’il n’était pas envisageable que la Chine poursuive son soutien à la guerre d’agression de la Russie en Ukraine.
« Nos relations avec la Chine ne pourront pas être normalisées tant qu'elle continuera à soutenir la politique de Poutine », a-t-il déclaré.
Madame von der Leyen a, elle-même, tenu un langage sans équivoque sur la question. « Le soutien inconditionnel de la Chine à la Russie accroît l'instabilité et l'insécurité en Europe. Nous pouvons dire que la Chine favorise de facto l'économie de guerre de la Russie et nous ne pouvons l'accepter ».
De façon similaire, Engin Eroglu a appelé la présidente de la Commission à réagir aux propos tenus par le ministre chinois des Affaires étrangères, Wang Yi, le 2 juillet, devant la cheffe de la diplomatie européenne, Kaja Kallas, lors du dialogue stratégique UE/Chine à Bruxelles. M. Wang avait notamment expliqué que la Chine n'avait pas intérêt à ce que la Russie perde la guerre en Ukraine, puisque, selon lui, les États-Unis tourneraient ensuite leur attention vers l'Asie (EUROPE 13674/3). (Pauline Denys)