À l’occasion du sommet d’affaires UE/Ukraine à Bruxelles, jeudi 10 avril, la commissaire européenne à l’Élargissement, Marta Kos, et le Premier ministre ukrainien, Denys Shmyhal, ont lancé un nouveau partenariat d’affaires UE/Ukraine, « une plateforme de haut niveau pour mobiliser le secteur privé et aligner les capitaux, l'innovation et l'expertise de l'UE sur les besoins à long terme de l’Ukraine », selon Mme Kos.
Les deux parties ont décidé d’intensifier leurs efforts dans trois domaines. D’abord, dans la mise en œuvre des réformes de l’environnement des affaires en Ukraine. « Nous sommes également déterminés à accélérer l'intégration sectorielle de l'Ukraine au marché unique de l'UE, notamment grâce aux mécanismes de la zone de libre-échange approfondi et complet (DCFTA) », soulignent l’UE et l’Ukraine dans une déclaration commune.
De plus, Européens et Ukrainiens soulignent l’importance de mobiliser des financements, avec notamment la nécessité d'optimiser le potentiel du 'Cadre d'investissement pour l'Ukraine' (CIU), dans le cadre de la 'Facilité Ukraine', « afin de réduire les risques liés aux investissements privés, de débloquer des capitaux privés et d'encourager les investissements directs étrangers dans le redressement et la reconstruction de l'Ukraine ». Ce CIU, doté de 9,3 milliards d’euros, devrait permettre de débloquer au moins 40 milliards d'euros d'investissements publics et privés au cours des trois prochaines années. « En mobilisant des instruments financiers tels que les garanties et les financements mixtes, nous encouragerons la participation du secteur privé au redressement, à la reconstruction et à la modernisation de l'Ukraine », promettent les deux parties. Selon les derniers chiffres, au moins 500 milliards d’euros seront nécessaires pour la reconstruction de l’Ukraine.
Enfin, Européens et Ukrainiens veulent promouvoir l’Ukraine comme « une destination d'investissement florissante pour les secteurs stratégiques, notamment dans le domaine de la défense », mais aussi l'énergie - l’Ukraine sera pleinement intégrée au marché européen de l'électricité d'ici 2027 - et les infrastructures vertes.
Lors d’une conférence de presse, Mme Kos, tout comme la ministre ukrainienne à l'intégration européenne, Olha Stefanishyna, ont insisté sur l’intégration de l’Ukraine dans l’économie de l'UE. « L'Ukraine s'intègre progressivement dans le marché unique. Énergie, numérique, transports, normes industrielles : la trajectoire est claire », a souligné Mme Kos.
Transport. Le même jour, la Commission européenne a annoncé la prolongation de l’accord sur le transport routier jusqu'au 31 décembre 2025 « afin de faciliter l'accès de l'Ukraine aux marchés mondiaux en permettant un transit plus fluide à travers les pays de l'UE et en renforçant les liens commerciaux avec le marché de l'UE ». Cet accord a été mis en place le 29 juin 2022 et prolongé en juin 2024. Depuis son entrée en vigueur, selon la Commission, les importations routières de l'UE en provenance d'Ukraine ont augmenté de 42% en volume et de 28% en valeur. Les exportations de l'UE vers l'Ukraine ont augmenté de 37% en volume et de 50% en valeur.
Commerce. Mais l’intégration totale de l’Ukraine dans le marché intérieur de l’UE pose encore question. La Commission européenne doit encore publier sa proposition pour décider du sort des exportations ukrainiennes vers l’UE après le 5 juin. Les mesures commerciales autonomes (ATM) qui libéralisent les échanges expirent après cette date. Faute de solution, certains produits agricoles ukrainiens se verront à nouveau appliquer des contingents tarifaires et des droits de douane aux frontières européennes, comme le prévoit le DCFTA.
L’année dernière, la Commission européenne a promis de ne pas prolonger les mesures commerciales autonomes, mais plutôt de proposer une solution dans le cadre du DCFTA pour l’après-juin 2025. L’enjeu est de marquer le soutien à Kiev en ouvrant un peu plus le marché européen, sans froisser les États membres qui craignent l’afflux de produits agricoles ukrainiens.
Alors qu’une telle proposition n’a pas encore été publiée à moins de deux mois de la date butoir, l’Ukraine s’inquiète. « Il est très clair que la libéralisation devrait continuer, car la guerre est toujours là, nos ports sont toujours occupés et l’agression continue. Donc, depuis la décision initialement prise [les ATM en 2022, NDLR], rien n’a changé et, en plus, l’Ukraine va devenir un État membre. Donc, reculer sur la libéralisation n’est pas cohérent avec le processus d’adhésion », a affirmé Olha Stefanishyna.
Comme son Premier ministre la veille, Mme Stefanishyna a voulu se montrer rassurante concernant le futur fonds d'investissement conjoint Ukraine/États-Unis. « Je ne suis pas en mesure de révéler les détails, mais je pense pouvoir confirmer que rien dans l'accord ne peut être négocié d'une manière qui puisse porter atteinte aux obligations existantes de l’Ukraine, y compris les obligations financières au sein de la 'Facilité pour l’Ukraine' et de l’assistance macrofinancière », a-t-elle promis, précisant que des discussions techniques se tiendront ce vendredi à Washington. (Camille-Cerise Gessant et Léa Marchal)