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Bulletin Quotidien Europe N° 13615
ACTION EXTÉRIEURE / Asie centrale

Les Européens prônent un partenariat mutuellement bénéfique avec les pays d'Asie centrale

Les dirigeants de l’Union européenne et des cinq pays d’Asie centrale (le Kazakhstan, le Kirghizistan, l'Ouzbékistan, le Tadjikistan et le Turkménistan) se sont engagés à renforcer leur partenariat, qu'ils qualifient désormais de 'stratégique', vendredi 4 avril, lors d'un premier sommet bilatéral à Samarcande.

« Ce sommet marque le début d'une nouvelle dimension dans nos relations, et ce ne sera pas un événement unique », a promis le président du Conseil européen, António Costa, lors de son intervention inaugurale. Plus tard, devant la presse, il a salué une « vision commune » des partenaires en faveur d'« un ordre multilatéral basé sur des règles » et des principes onusiens fondamentaux, comme le respect de l'intégrité territoriale des États.

« L'alternative, c'est le chaos », a prévenu M. Costa.

Dans une déclaration commune adoptée à l'issue du sommet, les participants annoncent le lancement d'un dialogue sur la lutte contre le terrorisme, l'extrémisme violent et la résilience de la société face à la désinformation. Ils soulignent l'importance d'une stabilisation politique et économique de l'Afghanistan, pays voisin en Asie centrale. Et ils réaffirment que le respect de l'État de droit et des libertés fondamentales (liberté d'expression, indépendance des médias, respect des droits des femmes et des enfants...) constitue une valeur commune.

Les dirigeants de l'UE et de l'Asie centrale plaident également pour « une paix juste et durable en Ukraine », en conformité avec les principes de la Charte des Nations Unies. Ils se disent d'accord pour poursuivre la coopération visant à limiter le contournement des sanctions européennes visant la Russie en raison de l'agression militaire russe de l'Ukraine, « spécialement pour éviter les réexportations de biens communs prioritaires ».

Les Européens sont convaincus que l'Union européenne peut faire la différence sur le terrain, dans la mesure où, selon M. Costa, elle est un partenaire « fiable ». « La Russie a prouvé depuis longtemps qu'elle ne peut plus être un partenaire fiable. Et l'UE a prouvé qu'elle était prévisible, fiable et pour une coopération soutenable », a considéré la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen.

Les Européens mettent également en avant le modèle 'gagnant gagnant' de coopération qu'ils proposent à leurs partenaires d'Asie centrale.

Matières premières. Mme von der Leyen a pris l'exemple des matières premières, alors que les pays d'Asie centrale concentrent 40% des réserves mondiales de manganèse. Des entreprises européennes ont aussi investi 1,6 milliard d'euros dans l'extraction de cuivre dans la mine d'Almalyk, en Ouzbékistan.

Contrairement à ce que font « la Chine et la Russie », l'UE préconise « une approche différente », qui permette d'extraire ces matières premières et de les valoriser localement « de façon à ce que cette démarche crée des emplois dans le pays d'origine », a considéré Mme von der Leyen. Et d'ajouter : « Ensemble, nous pourrions construire des industries locales tout au long de la chaîne de valeur des matières premières. De l'exploitation minière au raffinage. De l'ouverture de nouveaux laboratoires de recherche à la formation de travailleurs locaux ».

Les participants au sommet ont ainsi endossé une déclaration commune qui vise à approfondir la coopération dans le domaine des matières premières dans un but de « prospérité partagée » à travers la mise en place de chaînes d'approvisionnement sécurisées et durables.

L'UE a déjà signé un Protocole d'entente (MoU) sur les matières premières avec le Kazakhstan et l'Ouzbékistan.

Mme von der Leyen a annoncé un paquet visant à mobiliser des investissements de l'UE et des États membres d'une valeur de 12 milliards d'euros dans le cadre de l'initiative 'Global Gateway'. Ces investissements couvriront plusieurs secteurs d'activités : le transport (3 milliards d'euros), les matières premières (2,5 milliards), l'eau, l'énergie et la lutte contre le changement climatique (6,4 milliards), la connectivité numérique (100 millions).

Les Européens attachent une grande importance au corridor de transport transcaspien, qui vise à réduire de moitié, soit 15 jours, le temps de trajet terrestre entre l'Europe et l'Asie centrale (EUROPE 13338/13). Ce projet bénéficie déjà d'une enveloppe de 10 milliards d'euros de l'UE.

Commerce. Le sommet bilatéral n'a pas été l'occasion de grandes annonces sur les relations commerciales entre l'UE et l'Asie centrale, mais a permis de réaffirmer certains objectifs bilatéraux.

Ainsi, l'UE et l'Ouzbékistan se sont engagés à signer leur accord de partenariat économique avancé (APEA) dès cette année. Concernant l'APEA entre l'UE et le Tadjikistan, sa signature devrait avoir lieu en 2026. En juin 2024, l’UE et la République kirghize avaient signé un accord de partenariat et de coopération renforcé (EUROPE 13440/11).

Climat. Concernant la lutte contre les changements climatiques, l'UE et les pays d'Asie centrale soulignent la nécessité de protéger la planète à travers la mise en œuvre complète et efficace de l'Accord de Paris sur le climat. Ils s'engagent à coopérer pour améliorer la situation en mer d'Aral, en vue du sommet du SIFAS au Kazakhstan en 2026.

L'UE salue aussi la décision de tous les partenaires d'Asie centrale d'adhérer à l'engagement mondial pour la réduction des émissions de méthane.

Voir la déclaration du sommet UE/Asie centrale : https://aeur.eu/f/ga2

Dans le prolongement du sommet UE/Asie centrale, le premier 'Forum international sur le climat' s'est déroulé à Samarcande. Il a été l'occasion pour l’Union européenne et les cinq pays d’Asie centrale de consolider leur coopération face aux défis climatiques et environnementaux.

« L’approvisionnement en eau de la région est tombé à un quart de ce qu’il était il y a 50 ans. (...) Ce 'Forum' marque notre volonté de répondre ensemble à cette réalité », a déclaré Mme von der Leyen. Cette dernière a rappelé l’engagement de l’UE dans des projets d’adaptation et de transition énergétique, notamment via les barrages de Rogoun (Tadjikistan) et de Kambarata (Kirghizistan), appelés à « produire de l’énergie propre pour la région, électrifier les corridors de transport et générer de l’hydrogène vert ».

Considérant le changement climatique, la perte de biodiversité et la pollution comme des « facteurs d’instabilité » politique et économique, le président du Conseil européen, António Costa, a qualifié la transition énergétique en cours dans la région de « tournant global dont l’UE veut être partenaire et alliée ».

Plusieurs agences onusiennes ont également souligné l’enjeu de coordination régionale. Tatiana Molcean (UNECE) a salué l’adhésion de l’Ouzbékistan à la Convention d’Aarhus et rappelé que « connectivité et croissance ne peuvent se faire sans action climatique ambitieuse ».

La secrétaire générale adjointe des Nations Unies et Directrice exécutive du Programme des Nations Unies pour les établissements humains, Anacláudia Rossbach, a appelé à « intégrer l’adaptation urbaine dès aujourd’hui », dans une région où 50% de la population vit déjà en ville. La présidente de la BERD, Odile Renaud-Basso, a annoncé un soutien au premier site d’hydrogène vert d’Asie centrale, rappelant que « 61% » des investissements de la Banque sont désormais orientés vers le climat.

Le Concept régional de développement vert, qui constitue l'un des enjeux du 'Forum', devrait structurer cette coopération régionale en matière de climat, avec le soutien de l’UE et des Nations unies. (Mathieu Bion, Nithya Paquiry, Léa Marchal)

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