La directrice générale adjointe de la Direction générale de la stabilité financière, des services financiers et de l'union des marchés des capitaux de la Commission européenne (DG FISMA), Alexandra Jour-Schroeder, a souligné, lundi 2 septembre, l’importance d’assurer la qualité des réformes visant à renforcer la compétitivité de l’UE au travers d’une intégration des marchés de capitaux.
« Nous ne devons certainement pas compromettre les solutions dans ces dossiers plutôt ouverts et complexes pour le plaisir du compromis », a-t-elle déclaré lors d’une conférence organisée par le centre italo-allemand Villa Vigoni, lundi soir à Bruxelles.
La haute fonctionnaire allemande a notamment mentionné les avancées relatives à la directive visant à harmoniser certains aspects du droit de l'insolvabilité (EUROPE 13432/10), s’estimant préoccupée que les négociations en cours se dirigent « dans la mauvaise direction », pour un résultat « qui est probablement pire et non meilleur ».
Concernant la stratégie pour les investisseurs de détails (EUROPE 13397/3), Mme Jour-Schroeder a insisté sur l’importance de simplifier les règles pour encourager la participation des détenteurs de capitaux.
« Si nous voulons vraiment opérer un changement et attirer davantage d’investisseurs particuliers en Europe, nous ne devons pas finir avec un ensemble de règles encore plus complexe que celui d’aujourd’hui », a-t-elle affirmé.
Du plan d'action 2020 à aujourd'hui. L’experte est revenue sur les aboutissements du plan d’action lancé en 2020 par la Commission européenne pour mettre en œuvre une Union des marchés de capitaux (UMC). Celui-ci comprenait 3 objectifs clés : - soutenir une reprise économique verte, numérique, inclusive et résiliente en rendant le financement plus accessible aux entreprises européennes ; - faire de l'UE un lieu encore plus sûr pour l'épargne et l'investissement à long terme des particuliers ; - intégrer les marchés de capitaux nationaux dans un véritable marché unique.
« Nous n'avons pas réellement réussi à relever des défis plus structurels en matière de compétitivité et ceux-ci sont liés à la fragmentation du marché, mais aussi à des divergences dans le domaine des titres de sociétés et des lois sur l'insolvabilité », a déclaré Mme Jour-Schroeder.
Par ailleurs, la haute fonctionnaire a rappelé que la Commission européenne resterait vigilante quant à la mise en œuvre des initiatives déjà lancées, soulignant que « l'horloge tourne ».
« Nous avons une bonne dynamique politique (‘political momentum’), mais elle ne se concrétise pas », a-t-elle relevé, mentionnant la déclaration de l’Eurogroupe de mars dernier (EUROPE 13410/7). Et d’ajouter : « Vous pouvez vous attendre à ce que la Commission européenne joue un rôle actif dans le débat et les mesures qui seront prises au cours du prochain mandat ».
Défis de l'UMC. Mme Jour-Schroeder a mis en lumière plusieurs réflexions inhérentes à l'avenir d'une véritable UMC. Elle a parlé de la complexité de l'intégration des investissements transfrontaliers et du besoin d'une forte volonté politique au sein de l'UE pour adopter des solutions véritablement européennes, même si cela nécessite des ajustements dans les systèmes financiers nationaux.
La haute fonctionnaire a également parlé de l'importance de trouver un équilibre entre financement bancaire et marchés de capitaux et s’est interrogée sur la nécessité de créer de nouvelles institutions européennes ou de renforcer celles existantes pour améliorer la gouvernance.
Mme Jour-Schroeder a abordé l'impact potentiel sur les générations futures, notamment en matière de retraites, et a présenté des réflexions sur la manière de rendre le cadre juridique européen plus efficace et accessible, tout en préservant les objectifs politiques essentiels.
Les start-up et bourses européennes tirent la sonnette d'alarme. Dans une lettre ouverte adressée mardi 3 septembre aux ministres européens des Finances et à la Commission européenne, les associations européennes de start-up et les bourses européennes ont appelé les décideurs politiques à renforcer le marché européen des introductions en bourse (IPO).
« La situation est alarmante : rien qu'en 2021, les États-Unis ont connu plus d'introductions en bourse d'entreprises technologiques que l'Europe sur l'ensemble de la période allant de 2015 à 2023, et 50 entreprises fondées en Europe ont déposé une demande d'introduction en bourse aux États-Unis depuis 2018, y compris des entreprises basées au Royaume-Uni », déplorent les associations, dont le Réseau européen des start-up ('European Startup Network').
Elles soulignent que cette tendance entraîne des pertes économiques significatives pour l'Europe et plaident pour un renforcement de l'UMC afin d'améliorer l'accès au financement, d'encourager les investissements européens et de réduire les coûts de transactions transfrontaliers. Elles appellent également au développement d’une culture financière pour encourager les investissements dans les technologies de pointe en Europe.
Voir la lettre ouverte : https://aeur.eu/f/daw (Bernard Denuit)