Une réunion informelle qui ressemblera fort à une réunion formelle... Les ministres des Affaires étrangères des États membres de l'Union européenne se réuniront à Bruxelles, jeudi 29 août, pour une rencontre informelle qui devait initialement se tenir à Budapest (EUROPE 13458/1).
« La réunion informelle a pour objectif de permettre aux ministres de discuter de manière peut-être plus approfondie et plus large des questions pour lesquelles ils n'auraient peut-être pas le temps pendant les Conseils formels », a rappelé le porte-parole du Service européen pour l’action extérieure, Peter Stano, mardi 27 août. Pourtant, les sujets abordés seront ceux qui sont à l’agenda des rencontres formelles depuis des mois : la situation en Ukraine et les développements au Proche-Orient.
Ainsi, les ministres discuteront tout d’abord avec leur homologue ukrainien, Dmytro Kuleba, du conflit en Ukraine, alors que le pays fait face à des attaques aériennes massives de la Russie, y compris contre ses infrastructures énergétiques, tout en poursuivant son incursion dans la région russe de Koursk.
Le Haut Représentant de l’UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Josep Borrell, a appelé à plusieurs reprises à intensifier la fourniture de défense aérienne à Kiev.
Le Conseil informel se penchera aussi sur le processus de paix et la préparation de l'Ukraine à l'hiver.
Les ministres s’entretiendront en outre de la situation au Proche-Orient dans le contexte de la dernière escalade des tensions dans la région et des efforts de négociation en cours pour parvenir à un cessez-le-feu à Gaza.
Dimanche 25 août, le Hezbollah a lancé plusieurs centaines de roquettes sur Israël, qui a répliqué en frappant le Liban (EUROPE 13468/13). À Gaza, la situation ne cesse d’empirer. Plus de 40 000 personnes seraient mortes depuis le 7 octobre et les tensions sont également importantes en Cisjordanie et à Jérusalem. Mercredi 28 août, M. Borrell a fait part de ses inquiétudes concernant les « violations répétées » du statu quo des lieux saints « sous la menace constante notamment du ministre (israélien de la Sécurité nationale, Itamar) Ben-Gvir », qui s'est dit favorable à l’établissement d’une synagogue sur le mont du Temple/esplanade des Mosquées, partageant ainsi les inquiétudes du ministre jordanien, Ayman Hsafadi, dont le pays est le gardien des lieux saints. « Ces inquiétudes sont tout à fait légitimes et doivent être traitées par la communauté internationale. La stabilité régionale est en jeu », a estimé le Haut Représentant sur X.
La coordinatrice principale des Nations Unies pour l’aide humanitaire et la reconstruction à Gaza, Sigrid Kaag, se joindra à la discussion des ministres pour informer les Européens de la situation humanitaire sur le terrain.
Le déjeuner sera consacré à un échange de vues avec le ministre turc des Affaires étrangères, Hakan Fidan, sur l’état des relations entre l’UE et la Turquie et sur les questions régionales et mondiales d’intérêt commun, notamment le Proche-Orient ou l’Ukraine. La question chypriote devrait être abordée. En avril, le Conseil européen avait souligné l'intérêt stratégique de l'UE dans le développement d'une relation de coopération et mutuellement bénéfique avec Ankara (EUROPE 13393/5).
Les ministres aborderont également la situation politique au Venezuela, où la Cour suprême vénézuélienne a récemment entériné la réélection du président Nicolás Maduro (EUROPE 13468/4). L'UE demande toujours que l'ensemble des actes électoraux soient publiés et vérifiés avant de se prononcer officiellement sur l'issue des élections présidentielles.
Au printemps, afin de promouvoir l'organisation d'élections libres, l'UE avait retiré le président du Conseil national électoral de la liste des dignitaires vénézuéliens faisant l'objet de sanctions européennes (EUROPE 13409/39).
Mercredi 28 août, soit un mois après la tenue des élections présidentielles, l'opposition politique était appelée à nouveau à descendre dans la rue. Les premières manifestations contestant la victoire de M. Maduro ont entraîné la mort de 27 personnes.
Réunion informelle de la Défense
Vendredi 30, ce sera au tour des ministres européens de la Défense de se réunir de manière informelle à Bruxelles pour discuter de l'Ukraine et du Proche-Orient.
Ils se pencheront sur le soutien militaire européen à Kiev - y compris la mission EUMAM - et seront informés par la partie ukrainienne sur la situation sur le terrain.
Les ministres aborderont les progrès dans la mobilisation des « bénéfices exceptionnels » provenant des revenus des actifs russes immobilisés pour la fourniture d’équipements militaires à l’Ukraine, les initiatives menées par les États membres, la poursuite de la coopération avec l’OTAN et la mise en place du prêt de 50 milliards de dollars décidé par le G7.
Les ministres discuteront ensuite des missions de politique de sécurité et de défense commune (PSDC) et de l’état de préparation de la défense. Ils devraient, entre autres choses, se pencher sur la situation au Moyen-Orient, en particulier l’escalade entre Israël et le Hezbollah, et sur les défis en mer Rouge et dans le Golfe, y compris l’opération navale Eunavfor Aspides. Celle-ci a secouru, le 21 août, l'équipage d'un pétrolier battant pavillon grec après une attaque au large du Yémen (EUROPE 13467/18).
À la lumière des conclusions du Conseil européen de juin sur la sécurité et la défense et de l’agenda stratégique 2024-2029 (EUROPE 13441/4), les ministres discuteront de « la manière dont l’UE peut contribuer à accroître l’état de préparation global des États membres en matière de défense, notamment en ce qui concerne le financement de la défense et les efforts visant à combler les lacunes critiques en matière de capacités », selon un communiqué du Service européen pour l’action extérieure.
Le secrétaire général adjoint des Nations Unies, Jean-Pierre Lacroix, le secrétaire général adjoint de l'OTAN, Angus Lapsley, et la présidente de la sous-commission ‘Sécurité et Défense’ du Parlement européen, Marie-Agnes Strack-Zimmermann, assisteront à cette session.
Enfin, le déjeuner sera consacré aux travaux réalisés par le Centre satellitaire de l'UE (SatCen) au cours des dernières années et sur la manière dont le Centre peut soutenir au mieux les travaux de l'UE en matière de sécurité et de défense à l'avenir. (Camille-Cerise Gessant et Mathieu Bion)