Les négociateurs de l'accord de commerce UE/Mercosur se retrouveront les 5 et 6 septembre pour une nouvelle série de discussions. L'ambassadeur du Brésil auprès de l'Union européenne, Pedro Miguel da Costa e Silva, qui a déjà été impliqué dans les négociations entre l'UE et le Mercosur, considère que les chances de trouver un accord avant la fin de l'année sont bonnes. D'après lui, cela nécessite d'avoir une approche moins punitive sur la question du développement durable et du respect de l'Accord de Paris. Agence Europe s'est entretenue avec lui à ce sujet, ainsi que sur les relations bilatérales UE/Brésil. (Propos recueillis par Léa Marchal)
Agence Europe : Est-ce que vous pensez qu’une conclusion prochaine des discussions sur l'accord de commerce UE/Mercosur est envisageable ?
Pedro Miguel Costa e Silva : Oui, je pense que c'est possible. Évidemment, cela dépend de plusieurs éléments, mais c'est faisable. Je l'espère, d’ici la fin de l'année. Je pense que les deux côtés ont beaucoup travaillé et avancé ces dernières années. Après, on doit voir les conditions politiques pour la suite.
Pourtant, plusieurs développements récents dans l'UE ont compliqué les discussions : la loi sur la déforestation importée, l’instrument additionnel que l'Union européenne réclame sur le respect du développement durable, sans compter la réticence de certains pays, comme la France.
Évidemment, la loi pour éviter l'importation des produits issus de la déforestation n'aide pas. L'autre problème, c'est le CBAM (mécanisme d’ajustement carbone aux frontières, NDLR). On en parle moins, parce qu'il y a un délai de mise en œuvre plus long, mais c'est un élément d’inquiétude pour nous aussi, surtout pour le Brésil.
Je pense que le secret pour arriver à une solution convenable des deux côtés est d'avoir des résultats équilibrés à la fois sur l'accord, sur l'instrument additionnel et sur la mise en œuvre des mesures autonomes de l'Union européenne. Mais je suis un optimiste. Je pense que c'est un accord très important. Il y a une volonté forte des deux côtés. Je pense que la majorité des pays membres veulent aussi l'accord. Évidemment, il y a toujours des voix contraires. C'est la réalité de cet accord comme d'autres. Ça fait partie du jeu, mais je ne pense pas que ce soit quelque chose d'insurmontable.
Un autre sujet de tension, qui a souvent été soulevé par le Brésil, est l'accès limité dans l'UE des produits agricoles. Votre pays est-il enclin à passer outre à cet accès restreint ?
La négociation sur l'accès aux marchés agricoles est compliquée dans toutes les négociations. Ce n'est pas seulement avec l'Union européenne. Dans un monde idéal, on aurait le libre échange et l'ouverture complète des marchés agricoles. Ceci étant dit, on n'est pas en train de travailler ou de rediscuter de ce sujet en ce moment.
La partie sur laquelle on est en train de travailler, où on essaie de trouver le meilleur équilibre, c'est la question du développement durable. Parce que nos objectifs sont les mêmes, mais on y arrive par des voies différentes. Donc on essaie maintenant de finaliser cet instrument additionnel à l'accord.
Dans ce document, la Commission européenne veut clarifier les obligations qui découlent de l'Accord de Paris. De votre côté, que voulez-vous voir figurer ?
L'instrument additionnel ne peut pas refléter uniquement les préoccupations de l'Union européenne au sujet de l'environnement et du développement durable. Il doit être aussi représentatif de notre vision.
Il y a différentes lectures de l'Accord de Paris et il ne faut pas oublier certaines parties. Je parle de toute la question de la coopération, du financement, des responsabilités partagées, mais qui sont différentes entre les pays en développement et les pays développés. Il faut aussi parler du transfert de technologies, de la reconnaissance des connaissances traditionnelles ou encore de la richesse de la biodiversité dans nos pays.
Ce n’est pas convenable d'utiliser les sanctions et les punitions pour arriver au but de protéger la planète, de lutter contre le changement climatique, de protéger les forêts. Il faut de la coopération, du financement, de l'aide, du travail ensemble.
Cela rejoint les problématiques que le Brésil a soulevées quant au règlement interdisant l'importation de produits issus de la déforestation. Vous avez demandé à la Commission européenne de reporter le début de la mise en œuvre du texte, actuellement prévu pour janvier 2025. Quelles réponses avez-vous reçues ?
Je dois reconnaître qu'il y a eu dernièrement une plus grande ouverture et une reconnaissance du fait qu'il y a des choses à changer, qu'il y a des choses qui ne sont pas en place de la part de l'UE. Mais, malheureusement, ce n'est pas suffisant ; notre demande est toujours là, de ne pas appliquer le règlement en janvier, parce que l'UE n'est pas suffisamment préparée à l'appliquer et nous ne savons pas exactement ce qu'on doit appliquer. Il y a encore des détails, des définitions qui ne sont pas là. Nous sommes presque au début de septembre. C'est trop peu de temps pour être prêt à respecter la législation en janvier. L'application du règlement va créer des complications qui vont affecter non seulement les producteurs exportateurs de nos pays, mais aussi les importateurs européens.
Il faut plus de dialogue, plus de coopération, respecter notre législation existante, utiliser nos données également. En prenant tout cela en compte, peut-être que l'on peut diminuer la possibilité d'un impact très négatif de cette législation.
Dans l'hypothèse où la Commission refuserait ce report, est-ce que le Brésil envisage un recours à l'Organisation mondiale du commerce ?
Évidemment, c'est une possibilité. Mais je pense qu'il faut insister d'abord sur le potentiel que le texte a de créer des problèmes graves pour les producteurs, mais aussi une situation de tension et de crise commerciale entre le Brésil et l'UE et entre l'UE et le Mercosur, plus largement.
De plus, si nous arrivons à la conclusion de l'accord et que l'on doit amener celui-ci devant nos congrès ou nos parlements, avoir une situation de crise commerciale avec l'UE n’aidera pas.
Concernant les relations bilatérales UE-Brésil, le dernier sommet ayant eu lieu en 2014, est-ce qu’il ne serait pas temps d'en avoir un nouveau ?
Oui, c'est notre grand objectif d’avoir un nouveau sommet l'année prochaine. Et ça, je pense que c'est le but des deux parties.
On a, à part ça, un Partenariat stratégique depuis 2007, qui est une construction diplomatique très utile, parce qu'on peut y mettre des thèmes différents, des dialogues sur l'énergie, les droits humains et bien d'autres sujets, mais on pense qu'on peut faire beaucoup mieux.
Par exemple, sur le développement durable, on pourrait augmenter le niveau des rapports et de dialogue et avoir un dialogue au niveau des ministres.
Je pense que le Partenariat stratégique n’a pas encore accompli tout son potentiel. Et une réunion en sommet présidentiel peut donner un souffle, une impulsion à la relation.