Les principaux groupes politiques du Parlement européen veulent que la lumière soit faite sur le nouveau scandale 'Russiagate' de corruption alléguée d'eurodéputés - cette fois par la Russie - qui éclabousse l'hémicycle, un peu plus d'un an après les révélations du 'Qatargate'.
Les groupes PPE, S&D et Renew Europe ont officiellement demandé en fin de semaine dernière à la présidente du PE, Roberta Metsola, d'inscrire un débat d'urgence lors d'une prochaine séance plénière, probablement lors de la mini-séance plénière des mercredi 10 et jeudi 11 avril à Bruxelles.
Le PPE souhaite que la désinformation et la propagande orchestrées par le président russe, Vladimir Poutine, et le danger qu'elles représentent pour la démocratie soient dénoncées à tous les niveaux. À la suite de nouvelles allégations d'ingérence russe au Parlement européen et en vue des prochaines élections européennes, le groupe S&D s'est dit déterminé à protéger la démocratie contre ceux qui répandent le mensonge et cherchent à diviser les citoyens européens, a indiqué sa présidente, l'Espagnole Iratxe García Pérez, sur la plateforme X.
Dans une lettre adressée à Mme Metsola vendredi 29 mars, la présidente du groupe Renew Europe, la Française Valérie Hayer, fait part de ses « vives inquiétudes concernant des informations, confirmées par les services de sécurité polonais, tchèques et belges et par les Premiers ministres de Belgique et de la République tchèque, selon lesquelles des membres de cette Assemblée et des candidats aux prochaines élections européennes ont été rémunérés par le gouvernement russe ou ses mandataires pour diffuser de la propagande au sein du Parlement européen et au-delà ». Dénonçant « une attaque manifeste contre notre mode de vie européen », elle réclame, outre un débat en plénière suivi de l'adoption d'une résolution spécifique, « une enquête immédiate et transparente, en coopération avec les autorités nationales, afin de découvrir l'ampleur de l'opération d'influence (...) et les allégations de potentielle corruption ».
Voir la lettre du groupe Renew Europe : https://aeur.eu/f/BKO
Jeudi 28 mars en fin d'après-midi, le Premier ministre belge, Alexander De Croo, avait déclaré devant le Parlement national que la Russie avait approché et payé des députés européens pour servir ses intérêts et diffuser de la propagande russe. Pendant le week-end, il a déclaré à RTL que son pays avait expulsé ces derniers mois « des dizaines de 'soit-disant' diplomates russes ». Mercredi 27 mars, le gouvernement tchèque avait décidé de fermer le site Voice of Europe.
Au nom du groupe Verts/ALE, le Néerlandais Bas Eickhout a également appelé à « une enquête paneuropéenne » pour faire rapidement la lumière sur ce nouveau scandale. Quant à l'Allemande Terry Reintke, elle a attaqué la proximité de l'extrême droite avec le Kremlin. « Ce n'est pas la première fois qu'il a été prouvé que ces politiciens de l'extrême droite, qui se réclament à grands cris être des patriotes, acceptent en secret de l'argent de pays étrangers », a-t-elle fustigé, réclamant des peines exemplaires.
Le service du Parlement européen a indiqué que Mme Metsola était au courant des allégations et que le PE les examine. Lors du dernier Conseil européen, Mme Metsola avait averti les dirigeants européens contre « les acteurs malveillants qui tentent d'influencer le processus décisionnel de l'Union européenne à l'approche des élections de juin », a-t-il ajouté.
En février, le Parlement s'était alarmé des activités potentielles d’espionnage menées par Tatjana Ždanoka (non-inscrite, lettone) pour le compte de Moscou, assurant de sa volonté de coopérer avec les autorités lettones pour déterminer les « sanctions et les poursuites pénales qui s’imposent » (EUROPE 13346/16).
Le comité consultatif interne du PE avait été saisi de cette affaire pour examiner dans quelle mesure le code de conduite de l'institution de l'UE aurait été enfreint, notamment sur la question de la transparence de réunions éventuelles entre l'eurodéputée avec des représentants de pays tiers. Il devrait présenter prochainement ses recommandations à Mme Metsola, à charge pour cette dernière de décider et d'annoncer d'éventuelles mesures lors d'une session plénière.
Voice of Europe. Dans sa lettre, le groupe Renew Europe évoque la décision du gouvernement tchèque de sanctionner le site Voice of Europe, qui aurait participé à une opération d'influence pro-russe. Il demande à la présidente du PE de « prendre les mesures nécessaires pour supprimer tout accès dont dispose Voice of Europe aux locaux du Parlement européen ». Et de préconiser « des sanctions européennes » pour accompagner celles qu'a adoptées le gouvernement tchèque.
En fin de semaine dernière, la vice-présidente de la Commission européenne chargée des Valeurs, Věra Jourová, avait estimé sur CNN que ces révélations n'étaient « que le pic de l'iceberg ». « Cela montre que la Russie utilise tous les canaux possibles pour influencer l'opinion publique dans l'UE. Elle utilise la désinformation en tant qu'élément de sa doctrine militaire et des moyens cachés pour influencer les décideurs politiques, comme la corruption », a-t-elle souligné.
En mars 2022, soit quelques jours après le début de l'agression militaire russe de l'Ukraine, l'UE a décidé d'empêcher les chaînes Russia Today et Sputnik d'émettre sur le territoire des Vingt-sept, les considérant comme des organes de désinformation au service du Kremlin (EUROPE 12902/9).
Le service de presse du PE a rappelé qu'après l'adoption de ces sanctions européennes, le Parlement avait pris des mesures pour suspendre l'accès à ses bâtiments aux deux médias russes. « Des restrictions additionnelles sont envisagées si la liste des sanctions évolue », a-t-il noté. (Mathieu Bion)