Le ministre des Affaires étrangères ukrainien, Dmytro Kuleba, a souligné, lundi 11 décembre, en amont d’une rencontre avec ses homologues des Vingt-sept États membres de l’UE, les conséquences « dévastatrices » d’une non-décision de l’UE concernant l’ouverture des négociations d’adhésion de son pays à l’UE.
« Je ne veux même pas parler des conséquences dévastatrices qui se produiront si le Conseil ne prend pas cette décision, non seulement en ce qui concerne l'Ukraine, mais dans un sens plus large sur la question de l'élargissement dans son ensemble. Nous avons fait nos devoirs. Nous attendons de l'Union européenne qu'elle fasse les siens », a-t-il expliqué à son arrivée au Conseil des Affaires étrangères. Selon lui, c’est l’unité et la crédibilité de l’UE qui sont en jeu.
Le ministre a prévenu qu’en cas d’échec, ce serait une « énorme démotivation » pour les Ukrainiens, mais que cela n’aurait pas d’impact sur leur volonté de défendre leur pays. Il a qualifié de « mauvais calcul » le fait de penser qu’une non-décision pourrait mener vers des concessions de l’Ukraine.
M. Kuleba a rappelé que son pays avait adopté des législations sur les minorités nationales, comme demandé par Budapest. « L'Ukraine a modifié sa législation sur l'éducation et l'utilisation de la langue des minorités nationales dans le sens souhaité par la Hongrie. Ce fait doit être respecté », a-t-il prévenu.
Le ministre hongrois des Affaires étrangères, Peter Szijjártó, est resté ferme sur les positions de son pays, prévenant qu’il n’accepterait « aucune pression » et résisterait « à toute forme de chantage ou de tentation ».
Selon lui, l’Ukraine n’est pas assez préparée concernant son intégration dans l'UE. En outre, il a exprimé ses inquiétudes quant au manque de comptabilité détaillée du soutien financier de l'UE à l'Ukraine et à la situation incertaine de la minorité hongroise en Transcarpatie en vertu de la nouvelle loi ukrainienne sur les minorités.
Une position critiquée publiquement par plusieurs ministres. À leur arrivée au Conseil, la Finlandaise Elina Valtonen a qualifié la position hongroise de « vraiment déplorable ». « La seule façon dont je peux interpréter la position hongroise, non seulement sur l'Ukraine, mais sur beaucoup d'autres questions, est qu'ils sont contre l'Europe et tout ce que l'Europe représente. Je pense qu'il s'agit d'un conflit d'idéologies entre ceux qui veulent que l'Europe soit forte et ceux qui ne veulent pas du tout de l’UE », a ajouté le lituanien Gabrielius Landsbergis.
Au-delà de la question de l’élargissement qui, pour M. Kuleba, est « la plus importante », la 'Facilité pour l’Ukraine', le volet ‘Ukraine’ de la 'Facilité européenne pour la Paix', et l’adoption du 12e paquet de sanctions à l’encontre de la Russie sont toujours en négociation.
Réaffirmation du soutien européen à l'Ukraine
Devant les médias, le Haut Représentant de l'UE, Josep Borrell, a expliqué que la grande majorité des ministres des Affaires étrangères estimaient que ce n'était pas le moment d'affaiblir le soutien à l'Ukraine, mais au contraire de l'augmenter et de l'accélérer. « C'est le moment d'accroître notre soutien à l'Ukraine. L'Ukraine a besoin de notre soutien économique, politique et militaire », a ajouté le Letton Krišjānis Kariņš.
Un soutien qui devrait être réaffirmé lors du Conseil européen. Selon un projet de conclusions daté du 7 décembre et obtenu par EUROPE, les dirigeants européens devraient confirmer que l’UE est « fermement résolue à continuer d'apporter un soutien politique, financier, économique, humanitaire, militaire et diplomatique vigoureux à l'Ukraine et à son peuple aussi longtemps qu'il le faudra ».
Le Haut Représentant, tout comme le projet de conclusions, met en avant le soutien militaire. M. Borrell a appelé à un accord sur la 8e tranche de soutien pour l'Ukraine de 500 millions d'euros, à destination de l'Ukraine, mais aussi sur le relèvement du plafonnement de la 'Facilité européenne pour la Paix' de 5 milliards d'euros.
Selon le projet de conclusions, le Conseil européen pourrait inviter le Conseil « à intensifier les travaux sur le 'Fonds d'assistance à l'Ukraine' dans le cadre de la Facilité européenne de soutien à la paix, y compris sur une nouvelle augmentation du plafond de financement global [de 5 milliards d'euros] en vue de parvenir à un accord au plus tard en mars 2024 ».
Le Conseil européen devrait également promettre que l’UE et les États membres vont continuer à répondre aux besoins pressants de l'Ukraine en matière militaire et de défense et souligner l’urgence d'accélérer la livraison de missiles et de munitions et de fournir à l'Ukraine davantage de systèmes de défense aérienne.
Le Conseil européen devrait également inviter le Conseil à avancer sur les travaux sur les engagements de sécurité.
Alors que M. Borrell a rappelé que, pour la première fois depuis plus de deux mois, la Russie avait mené une attaque balistique sur Kiev, le Conseil européen devrait annoncer que, « face à la poursuite des attaques russes contre les infrastructures civiles et critiques de l'Ukraine, l'Union européenne et ses États membres intensifieront la fourniture d'une nouvelle aide humanitaire et de protection civile à l'Ukraine, ainsi que d'une aide visant à assurer la résilience de son secteur énergétique pendant l'hiver ».
Le Conseil européen devrait aussi de nouveau demander des progrès décisifs sur la manière dont les recettes extraordinaires détenues par des entités privées et provenant directement des actifs immobilisés de la Russie pourraient être affectées au soutien de l'Ukraine. La Commission européenne devrait faire une proposition ce mardi.
Le Conseil européen devrait en outre souligner que l’UE reste déterminée à affaiblir encore la capacité de la Russie à mener sa guerre d'agression, notamment en renforçant encore ses sanctions, en les appliquant pleinement et effectivement et en empêchant qu'elles soient contournées. Le 12e paquet de sanctions est toujours en cours de discussions.
Voir le projet de conclusions du Conseil européen : https://aeur.eu/f/A35 (Camille-Cerise Gessant)