Le président du Conseil européen, Charles Michel, a appelé, samedi 14 octobre, à la tenue d’un sommet virtuel des chefs d’État ou de gouvernement, ce mardi, pour discuter de la situation au Proche-Orient.
Celui-ci devrait permettre aux dirigeants d'avoir des discussions stratégiques pour des actions à court et moyen terme et concernant les prochaines étapes, a expliqué une source européenne.
Dimanche 15, dans une déclaration « définissant la position commune » de l’UE, les dirigeants européens ont rappelé le « droit d'Israël à se défendre, conformément au droit humanitaire et au droit international, face à des attaques aussi violentes et aveugles » que celles menées le 7 octobre par le Hamas.
Protéger les civils et leur fournir l'aide humanitaire nécessaire
« Nous rappelons qu'il est important d'assurer la protection de tous les civils à tout moment, conformément au droit international humanitaire », ont ajouté les Vingt-sept, alors qu’Israël prépare une offensive terrestre sur la bande de Gaza et continue de bombarder l’enclave densément peuplée de plus de 2 millions d’habitants.
Cette déclaration intervient deux jours après la visite, décriée, de la présidente de la Commission européenne en Israël, qui, si elle avait souligné le droit d’Israël à se défendre, avait omis de mentionner la nécessité de respecter le droit international pour le faire (EUROPE 13271/2).
Selon une source européenne, tous les États membres auraient critiqué la présidente pour s’être rendue en Israël sans consultation préalable. Une source élyséenne a rappelé que Mme von der Leyen était allée en Israël en tant que présidente de la Commission européenne et s’est exprimée en tant que telle. « La position des États membres de l'UE a été exprimée notamment par la voix du Conseil, donc, en l'occurrence, de M. Borrell, après le débat entre les États membres », a-t-elle ajouté (EUROPE 13268/2).
Triplement de l’aide humanitaire
Dans leur déclaration, les États membres ont réaffirmé l'importance de la fourniture d'une aide humanitaire d'urgence et se sont dits prêts à continuer de soutenir les civils qui en ont le plus besoin à Gaza, en coordination avec leurs partenaires, « en veillant à ce que cette aide ne soit pas détournée par des organisations terroristes ». La situation humanitaire sera un des sujets de discussion de leur réunion informelle.
« Les scènes tragiques qui se déroulent dans la bande de Gaza en raison du siège et de l'absence de besoins de base, combinées à la destruction causée par les bombardements importants, tirent la sonnette d'alarme au sein de la communauté internationale », a souligné M. Michel dans sa lettre d’invitation aux dirigeants européens.
« La situation humanitaire catastrophique à Gaza est sur le point d’atteindre son point de rupture. Le carburant, l’eau, la nourriture et les médicaments, dont on a désespérément besoin, doivent parvenir immédiatement aux personnes coincées à Gaza. Le poste-frontière de Rafah doit être ouvert sans plus attendre », a souligné le commissaire européen chargé de l'Aide humanitaire, Janez Lenarčič, alors que le Haut Représentant de l’UE, Josep Borrell, a estimé qu’un accès sans entrave devait être accordé aux Nations Unies vers et dans tout Gaza pour acheminer l'aide humanitaire. « La souffrance humaine ne peut pas être une monnaie d’échange », a-t-il prévenu.
Samedi, la Commission européenne a annoncé le triplement de son aide humanitaire à Gaza. « La Commission va immédiatement augmenter de 50 millions d'euros l'enveloppe actuelle d'aide humanitaire prévue pour Gaza. Cela portera le total à plus de 75 millions d'euros », a annoncé Mme von der Leyen après un entretien téléphonique avec le secrétaire général des Nations Unies, Antonio Guterres. Elle a précisé que l’UE poursuivrait son étroite coopération avec l'ONU et ses agences pour veiller à ce que cette aide parvienne à ceux qui en ont besoin dans la bande de Gaza.
Lundi, la Commission a également annoncé le lancement d’une opération de pont aérien humanitaire consistant en plusieurs vols vers l'Égypte afin d'acheminer des fournitures de première nécessité aux organisations humanitaires présentes sur le terrain à Gaza. « Les deux premiers vols auront lieu cette semaine et transporteront du matériel humanitaire de l'UNICEF, notamment des abris, des médicaments et des kits d'hygiène », a-t-elle précisé dans son communiqué, ajoutant que d’autres articles d'urgence provenant des stocks d'urgence de l'UE étaient disponibles et prêts à être déployés auprès des partenaires humanitaires dès qu'ils en feront la demande.
Libérer immédiatement les otages, sans condition
Dans leur déclaration commune, les dirigeants ont en outre appelé le Hamas à libérer immédiatement tous les otages, « sans aucune condition préalable », condamnant les attaques que le groupe terroriste a menées et rappelant que rien ne pouvait justifier la terreur. Selon l’État hébreu, le Hamas aurait 199 otages.
Selon une source européenne, les dirigeants européens pourraient se pencher sur la demande du Premier ministre israélien de sanctionner les pays accueillant des membres du Hamas ou ayant des contacts diplomatiques avec le groupe terroriste. Elle a estimé que sanctionner ceux qui discutent avec le Hamas pourrait compliquer les discussions pour libérer les otages.
Éviter un embrasement régional
Les dirigeants européens ont aussi mis l’accent sur la nécessité de prévenir une escalade régionale. Ce week-end a été le théâtre de tirs à la frontière avec le Liban.
« Nous soulignons la nécessité de s'engager largement avec les autorités palestiniennes légitimes ainsi qu'avec les partenaires régionaux et internationaux qui pourraient avoir un rôle positif à jouer dans la prévention d'une nouvelle escalade », ont-ils expliqué.
Les Européens se sont aussi dits attachés à une paix durable fondée sur la solution des deux États, en redoublant d'efforts dans le cadre du processus de paix au Moyen-Orient.
Les efforts en cours pour éviter une escalade régionale du conflit seront aussi débattus lors du Conseil européen informel. L’appel à un cessez-le-feu pourrait aussi être évoqué par certains dirigeants européens.
Évaluer les conséquences dans l’UE
Au-delà de la situation sur le terrain, le sommet informel devrait permettre aux dirigeants de discuter des conséquences de la crise au sein de l’UE, en termes sécuritaire et migratoire.
« Le conflit pourrait avoir des conséquences majeures sur la sécurité de nos sociétés. Si nous n'y prenons pas garde, il pourrait exacerber les tensions entre les communautés et alimenter l'extrémisme », a prévenu M. Michel dans sa lettre d'invitation.
Les Vingt-sept sont également invités à discuter du « risque majeur de migration et de déplacement d'un grand nombre de personnes vers les pays voisins qui accueillent déjà un nombre important de réfugiés sur leur territoire ». « Si l'on n'y prend pas garde, il existe un risque de vagues migratoires vers l'Europe », a expliqué le président du Conseil européen.
« Les dirigeants doivent prendre conscience de ce facteur », a précisé une source européenne, rappelant la forte pression migratoire que subissent déjà les pays voisins de la Palestine et d’Israël et s’interrogeant sur la capacité de ces pays à faire face à ce risque d’arrivées supplémentaires et sur l'aide que pourrait apporter l'UE.
Le sommet informel pourrait être l’occasion pour les dirigeants de demander à leurs ministres des Affaires intérieures et des Affaires étrangères, qui se réunissent à Luxembourg respectivement les 20 et 23 octobre, de travailler sur différents aspects de la crise afin de faire un point lors du Conseil européen des 26 et 27 octobre.
Voir la lettre d'invitation de M. Michel : https://aeur.eu/f/92f
Voir la déclaration des dirigeants : https://aeur.eu/f/92g (Camille-Cerise Gessant)