Les ministres de la Défense européens se sont réunis, mercredi 30 août à Tolède, dans une ancienne usine d’armement reconvertie en université pour discuter du soutien supplémentaire à apporter à l’Ukraine, que ce soit à travers la Facilité européenne pour la Paix, la livraison de munitions et l’entraînement des militaires ukrainiens.
« L’Ukraine a besoin d'un soutien militaire prévisible et à long terme », a rappelé le Haut Représentant de l'UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Josep Borrell, à l’issue de la réunion informelle des ministres, lors de laquelle ces derniers ont reçu un message vidéo de leur homologue ukrainien, Oleksii Reznikov.
Les ministres ont ainsi discuté de la proposition d’un fond d’assistance de 5 milliards d’euros maximum par an sur la période 2024-2027. M. Borrell a espéré qu’un accord puisse être trouvé « le plus rapidement possible », « j’espère d’ici la fin de l’année ».
À son arrivée à la réunion, la présidente de la sous-commission du Parlement européen, Nathalie Loiseau, a plaidé pour ce fonds, soulignant la nécessité d’avoir « plus de visibilité dans les mois et années qui viennent » dans le soutien à l’Ukraine. « Si on doit former les pilotes de F-16, si on doit monter en gamme dans les équipements militaires que l’on doit envoyer en Ukraine, il faut cette visibilité, cette stabilité », a-t-elle estimé.
Alors que plusieurs ministres, tels que les ministres bulgare, estonien ou lettone, ont publiquement exprimé leur soutien à la proposition du Haut Représentant en arrivant à Tolède, d’autres ont rappelé qu’il fallait encore se mettre d’accord sur les détails.
« Il est fondamental que nous continuions à avoir la capacité de soutenir, de pérenniser cet effort collectif. Mais il reste encore du chemin à parcourir du point de vue de l'opérationnalisation et de la définition concrète », a souligné la ministre portugaise, Helena Carreiras. Pour son homologue suédois, Pål Jonson, il faut discuter de l’ampleur et du contenu de ce soutien à long terme. Il a précisé que la proposition de Josep Borrell était « intéressante » et qu’il fallait continuer à travailler dessus. « Le point essentiel est également le message selon lequel nous sommes tous déterminés à soutenir l'Ukraine sur le long terme et aussi longtemps qu'il le faudra », a-t-il ajouté.
Les ministres des Affaires étrangères européens, qui se réunissent ce jeudi à Tolède, continueront la discussion à ce sujet.
Au-delà de la 'Facilité européenne pour la Paix', le Haut Représentant est revenu sur la livraison de munitions à l’Ukraine. À l’issue du volet 1 de la proposition de livrer 1 million de munitions à l’Ukraine, 224 000 cartouches et 2 300 missiles ont été promis, pour un montant de 1,1 milliard d’euros de remboursement, selon M. Borrell. Il a ajouté que tout était en place pour que les États membres puissent passer des marchés communs à l’industrie pour des munitions à destination de l’Ukraine (volet 2).
« Il faut faire plus et plus vite, mais il ne faut pas sous-évaluer ce qui a déjà été fait », a précisé M. Borrell, rejoint par le ministre estonien, Hanno Pevkur.
« Même si nous avons des engagements pour un quart des munitions (sur le million, NDLR), il reste encore beaucoup à faire », a souligné ce dernier en arrivant à la réunion. Le ministre a expliqué que les États membres devaient puiser dans leur stock, étudier comment remettre à neuf les vieilles munitions - proposition de la Slovaquie qui va être étudiée, selon M. Borrell - et si cela ne suffisait pas, envisager la possibilité d'acheter auprès de pays tiers.
Selon M. Pevkur, l’Ukraine utilise 6 000 munitions par jour quand la Russie peut en utiliser 10 fois plus. Il a cependant précisé que les obus envoyés à l’Ukraine étaient plus précis que ceux de la Russie.
De son côté, rappelant que le soutien militaire de son pays à l’Ukraine avait dépassé 1% de son PIB, la ministre lettone, Ināra Mūrniece, a précisé qu’elle serait « heureuse que d'autres pays de l'UE (le) rejoignent dans une telle démarche ». « Nous pouvons tous faire plus, nous pouvons tous faire mieux », a-t-elle reconnu.
Former 40 000 soldats ukrainiens d'ici la fin de l'année
Le Haut Représentant est également revenu sur la formation des militaires ukrainiens via la mission EUMAM Ukraine, qui remplit ces objectifs. Selon M. Borrell, 25 000 soldats ont déjà été formés et l’objectif initial des 30 000 devrait être atteint en octobre. Il a ainsi proposé l’objectif de former non plus 30 000, mais 40 000 soldats d’ici la fin de l’année.
« Nous ne travaillons pas seulement sur la quantité, mais aussi sur la qualité », a ajouté le Haut Représentant, annonçant que l’Ukraine avait besoin de formation plus spécialisée pour des groupes plus petits et sur les capacités de commandement. Il a ajouté que l’UE allait explorer les possibilités d’inclure un module de formation sur les F-16 dans la mission, saluant la décision des Pays-Bas et du Danemark de fournir ces avions à l’Ukraine.
À son arrivée, la ministre néerlandaise, Kajsa Ollongren, s’est d’ailleurs félicitée de la lettre d’intention signée la veille entre son pays et la Roumanie sur l’entraînement et la maintenance des F-16 en Roumanie, estimant qu’il s’agissait d”un « pas concret vers le renforcement de la défense aérienne de l'Ukraine ».
Mme Mūrniece, pour sa part, a rappelé que la Lettonie s’était engagée à entraîner 3 000 soldats ukrainiens cette année, « un nombre très important, étant donné la taille du pays et de l’armée », soit autant que l'Espagne. La secrétaire d’État allemande à la Defense, Siemtje Möller, a précisé que, d’ici la fin de l’année, Berlin voulait avoir formé 10 000 soldats. (Camille-Cerise Gessant avec Aminata Niang)