L’entrée dans la Maison de l’histoire européenne est gratuite, mais attendez-vous à être contrôlé comme dans un aéroport. Vous montez ensuite vers le niveau 1, classiquement consacré à l’accueil, aux casiers, à une boutique et à une cafétaria, ainsi qu’aux expositions temporaires.
L’exposition permanente occupe les étages 2 à 6. La thématique de chacun d’entre eux révèle la méthode utilisée par les réalisateurs de ce musée original : il ne s’agit pas de raconter toute l’histoire de l’Europe depuis 2 000 ans dans toutes ses entités. ‘Dessiner le profil de l’Europe’ est le thème du deuxième étage : vous voilà au royaume des cartographies, du mythe d’Europe, du patrimoine, des traits distinctifs de l’Europe.
Le troisième étage est sans doute le plus riche ; il montre les grandes mutations de l’Europe à partir de la fin du dix-huitième siècle : les révolutions populaires, l’avènement de l’État-nation, la révolution industrielle, les progrès scientifiques, les conquêtes coloniales : l’Europe est une puissance planétaire, habitée par son optimisme et son sentiment de supériorité. Mais la première guerre mondiale inaugure un nouveau siècle, fait d’horreurs. L’on assiste alors à la révolution russe, à la guerre d’Espagne, à la montée des régimes autoritaires et aux reculs des démocraties parlementaires, puis à la deuxième guerre mondiale.
Au quatrième étage, vous trouverez un espace consacré à la mémoire de la Shoah, assisterez à la reconstruction d’un continent divisé, revivrez la guerre froide, la création de la sécurité sociale, la modernisation des équipements domestiques et les premiers jalons de l’intégration européenne.
Les thèmes du cinquième étage, intitulés ‘Des certitudes qui se brisent’ et ‘Redessiner l’Europe’, évoquent la fin des ‘golden sixties’, les chocs pétroliers, la contestation de la croissance, le néolibéralisme économique, le retour de la démocratie dans la péninsule ibérique, la chute du Mur de Berlin en 1989, la décomposition de l’URSS, la réunification allemande, la fin de la guerre froide, la création de l’Union européenne et de l’euro ainsi que le grand élargissement.
Enfin, le sixième étage, plus dépouillé, restitue une Europe vue du ciel et sert d’espace de réflexion, tout en offrant une perspective sur les cimes immobilières voisines, d’une beauté discutable.
Certains resteront sans doute sur leur faim, qu’il s’agisse de phénomènes mondiaux ayant frappé le conscience collective européenne (Hiroshima, ONU, OTAN, conquête de la lune, etc.), de la Résistance durant la dernière guerre, des combats pour la décolonisation (rien sur la guerre d’Algérie), des luttes ouvrières et paysannes des dernières décennies, de ce qui s’est passé dans tel ou tel pays moins important (comme la scission de la Tchécoslovaquie ou la partition de Chypre), de la crise financière de 2008 et de son impact social ou encore des attentats islamistes. Les scientifiques qui ont conçu l’exposition permanente, et qui provenaient bien sûr de différents pays de l’Union, ont sélectionné les événements ou les idées selon les critères suivants : ils devaient avoir leur origine sur le continent européen, avoir été diffusés sur l’ensemble de celui-ci et avoir conservé une actualité ou un impact jusqu’à nos jours.
L’on est en tout cas séduit par l’abondance d’objets d’époque représentatifs d’événements clés, par les musiques d’accompagnement, par la richesse et la mise en valeur de la filmographie et des archives sonores, par l’optimisation des techniques numériques, notamment pour rendre compte des réalités géographiques, et par le multilinguisme et la pertinence des guides audios.
La Maison de l’histoire européenne est gérée par une équipe d’une cinquantaine de personnes, placées sous la direction de Constance Itzel. Le conseil d’administration, composé de 16 membres, largement représentatifs du Parlement européen, mais comprenant le Ministre-Président de la Région bruxelloise, Rudi Vervoort, est présidé par Hans-Gert Pöttering. Enfin, le comité scientifique rassemble 21 personnalités académiques de haut niveau. Les équilibres géographiques ont été recherchés.
Des expositions temporaires se sont multipliées au cours de ces dernières années ; celle qui a lieu actuellement porte sur les déchets en Europe (jusqu’en janvier 2024). D’autres thèmes ont été traités, tels que les affiches, les trains, la Covid-19, la jeunesse, les interactions historiques entre les peuples d’Europe.
Des dispositions particulières ont été prises pour accueillir les familles et les groupes scolaires. Ceux-ci sont de plus en plus nombreux. La Maison organise aussi des événements spéciaux tels que des visites-déjeuners, nocturnes ou jeux de rôles pour enfants. Le nombre de visiteurs pour la période 2017 à 2021 a été estimé à un demi-million, mais il va croissant.
La Maison de l’histoire européenne n’est là ni pour remplacer les histoires nationales ni pour en présenter une juxtaposition. Elle est certes favorable à l’unification européenne, mais s’en tient aux faits et ne vise pas à produire des militants de la supranationalité. Son but est avant tout pédagogique : augmenter la connaissance panoramique de l’histoire européenne des derniers siècles.
Son défi futur sera de s’adapter, à l’intérieur d’un espace non extensible, à la nouvelle ère tragique inaugurée par les vagues migratoires, la pandémie et l’agression russe contre l’Ukraine.
Renaud Denuit