Comment renforcer les liens avec les pays de la région indopacifique en surmontant la grande disparité parmi les types de partenaires ? Les députés de la commission du commerce international (INTA) du Parlement européen ont débattu et auditionné des experts sur cette question jeudi 1er septembre.
Le Parlement européen, la Commission et les États membres s'accordent sur le besoin de renforcer la présence européenne dans cette région et de diversifier les partenaires commerciaux. Deux pistes sont toutefois en débat concernant la manière de faire : la conclusion d'accords régionaux ou bilatéraux avec le maximum de pays dans la région.
La première approche a été recommandée par Alicia Garcia Herrero, consultante au centre de réflexion Bruegel. Selon elle, mais aussi selon Peter Draper, professeur à l'université d'Adelaïde, en Australie, l'Accord de partenariat transpacifique global et progressiste (CCTPP en anglais) pourrait être une option pour l'UE.
Cet accord regroupe onze pays, dont l'Australie, le Japon, le Canada, ou encore le Vietnam. « Depuis que les États-Unis ont quitté le projet, le CCTPP est en quête d'un ancrage externe et je pense que l'UE offre ce potentiel », a souligné M. Draper.
Une difficulté apparaît toutefois, estime Luisa Santos, directrice adjointe de l'organisation patronale BusinessEurope : le CCTPP n'a pas le même niveau d'ambition que les accords commerciaux que l'UE souhaite conclure. Il serait difficile, voire impossible, d'imposer de nouveaux termes. Par ailleurs, les accords bilatéraux ont l'avantage de pouvoir faire du 'sur mesure' face aux grandes différences entre les partenaires dans la région, d'après elle.
De plus, l'UE a déjà conclu des accords, ou prévoit d'en conclure, avec dix des onze pays qui composent le CCTPP, a rappelé la directrice adjointe de la DG Commerce à la Commission européenne, Maria Martin Prat.
Ceci dit, elle n'exclut pas un accord UE-ANASE, déjà en discussion entre les deux parties, lesquelles tiendront un sommet conjoint le 14 décembre (EUROPE 13004/9).
Maria Martin Prat a également indiqué que la Commission prévoyait de conclure les négociations sur l'accord de libre-échange avec l'Australie l'année prochaine, et non plus cette année, comme certains l'espéraient.
La question de Taïwan
Les membres de la commission INTA ont appelé à resserrer les liens avec Taïwan, tout comme leurs collègues de la commission des affaires étrangères quelques instants plus tôt (EUROPE 13012/17). Ils ont interrogé les experts présents, ainsi que la Commission européenne, sur les perspectives d'un accord bilatéral d'investissement entre l'UE et Taïwan.
Pour les trois experts, l'augmentation des investissements européens à Taïwan et vice-versa, est souhaitable. « La résilience ne peut pas être envisagée sans prendre en compte les chaînes de valeur des semi-conducteurs et on sait que 85% des semi-conducteurs avancés sont produits par une seule entreprise taïwanaise », a martelé Alicia Garcia Herrero.
Un tel accord n'est toutefois pas à l'agenda de la Commission européenne (EUROPE 12964/18). (Léa Marchal)