Répondant positivement à l’invitation de la commission spéciale 'Covid-19' du Parlement européen, Sandra Gallina, directrice générale de la Direction générale 'Santé et Sécurité sanitaire' de la Commission européenne s'est exprimée, mardi 30 août, avec un certain franc-parler sur la réponse de l'UE à la pandémie.
Mme Gallina a tout d'abord dressé un tableau de la situation au déclenchement de la pandémie de Covid-19 dans l’UE, au printemps 2020. La situation était marquée par un fonctionnement intergouvernemental, un manque de préparation et de solidarité des États membres qui aurait pu fragmenter l'Europe de la santé, chaque État s’engageant dans des décisions unilatérales.
« Nous n’avions pas de vaccins ! Encore aujourd’hui, j’ai du mal à vous faire comprendre l’ampleur de notre anxiété. Il y avait 165 chercheurs qui pouvaient potentiellement y travailler. Nous nous sommes entretenus avec tout le monde », a-t-elle déclaré.
Mme Gallina a souligné l’action de la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, ainsi que le travail de Stella Kyriakides, commissaire européenne à la Santé, et de ses équipes pour mettre en place des stratégies au niveau européen, incluant une stratégie vaccinale avec un portefeuille de vaccins varié pour minimiser les risques.
Les défis ont été les suivants: il fallait mettre au point un vaccin sûr, efficace, abordable, que les entreprises puissent produire à grande échelle dans des délais restreints.
En l’absence de fonds dédiés et de procédures existantes, il a fallu « inventer quelque chose ex nihilo », a noté Mme Gallina, pour qui beaucoup de choses étaient réalisables sans modification des traités européens à condition qu’il y ait une volonté politique. « Il y a un potentiel énorme et inexploité dans les Traités », a-t-elle souligné.
Le contexte de tension mondiale pour les achats anticipés de vaccins a aussi pesé sur les exigences de transparence. La Commission était en faveur d’une transparence pleine et entière, mais les firmes y ont fait obstacle, a affirmé Mme Gallina, pour qui le contexte est aujourd’hui différent et l’UE représente un marché de taille importante.
Au plan politique, la fonctionnaire européenne a appelé les eurodéputés à se concentrer sur le principe d’exclusivité qui a permis à la Commission d'acheter des vaccins au nom des États membres en minimisant la concurrence entre eux.
Sur ce point, Mme Gallina a remercié Sara Cerdas (S&D, portugaise), Dolors Montserrat (PPE, espagnole) et Véronique Trillet-Lenoir (Renew Europe, française) pour leur appui lors des négociations sur la création de l'Autorité européenne de préparation et de réaction en cas d’urgence sanitaire (HERA) (EUROPE 12888/20). Mais elle a regretté que la Commission ne dispose pas d’une marge de manœuvre plus grande au sein de l'autorité européenne.
Certains États membres souhaitent exploiter des achats conjoints, a-t-elle déclaré en réponse à Stelios Kympouropoulos (PPE, grec).
Mme Gallina a également exprimé des regrets portant sur l’aspect international de la stratégie vaccinale européenne.
Mme Trillet-Lenoir s'est inquiétée du budget amoindri du programme 'EU4Health' en raison de l’émergence de HERA (EUROPE 12822/2).
« Ce n’est pas avec plaisir que nous avons vu ce que ce bon budget, pour lequel le Parlement européen s’est battu dans les discussions sur le cadre financier pluriannuel, est devenu ce qu’il est devenu (…) Nous voulions qu'HERA soit sortie de ce budget », a indiqué Mme Gallina. Selon elle, la Commission fait le maximum, même si cette situation suscitera des interrogations sur la manière de dépenser les fonds alloués.
La directrice générale a reconnu l’absence d’avancées quant à un protocole d’accord pour coordonner l’action de HERA avec les services de la Commission et les agences compétentes européennes.
Répondant aux interrogations de Robert Roos (CRE, néerlandais) sur les contacts directs de Mme von der Leyen avec le dirigeant de Pfizer, Mme Gallina s'est contentée de relayer la réponse officielle de la Commission. Elle a assuré que les négociations sur l’ensemble des éléments du contrat avaient été réalisées par le comité exécutif et que la décision finale avait été celle des États membres.
L’audition s’est poursuivie avec l’intervention de ministres finlandais, Aki Lindén, roumain, Alexandru Rafila, et belge, Frank Vandenbroucke. (Emilie Vanderhulst)