Devant la commission du développement du Parlement européen, la Commission européenne a fait le point, mardi 30 août, sur le risque de famine dans la Corne de l'Afrique et au Sahel et sur la réponse de l'UE pour « faire face aux problèmes immédiats, mais aussi structurels », dans le droit fil du rapport adopté en juin par le PE sur la sécurité alimentaire et la nutrition dans les pays en développement (EUROPE 12987/4), a précisé Tomas Tobé (PPE, suédois).
Le même jour, le Programme alimentaire mondial annonçait sur Twitter l'arrivée au port de Djibouti de la première cargaison de céréales ukrainiennes destinée à l'Éthiopie depuis l'accord conclu sous l'égide de l'ONU. L'Éthiopie, la Somalie, le Nigeria et le Soudan sont les pays les plus menacés de famine.
La directrice pour l'Afrique subsaharienne des services 'Aide humanitaire' de la Commission, Andrea Koulaimah, a dressé un sombre tableau : la Corne de l’Afrique a souffert de 4 saisons de pluies abondantes et une cinquième saison de pluies arrive, phénomène sans précédent. « La sécheresse affecte déjà 36,1 millions de personnes en Éthiopie, en Somalie et au Kenya. On assiste désormais à des conditions de sécheresse quasi permanentes, avec des conséquences humanitaires extrêmement graves année après année. L’invasion russe et ses effets sur l’approvisionnement mondial en grains et sur les prix de l’énergie a encore aggravé la crise d’insécurité alimentaire dans les deux régions », a-t-elle déclaré.
Au Sahel, 3 millions de personnes sont en condition de préfamine et l'on estime que la guerre en poussera 10 millions supplémentaires dans la crise alimentaire. En Afrique de l’Est, le prix du panier de la ménagère a augmenté de 53%. « Au total, environ 85 millions de personnes sont confrontées à la crise alimentaire dans les deux régions combinées, un chiffre qui devrait encore augmenter, selon les estimations. L’urgence va donc se poursuivre en 2023 ».
Selon elle, la stratégie de réaction à la faim dans les 2 régions repose sur trois éléments : 1) une réaction multisectorielle pour répondre aux besoins : nutrition, nourriture, moyens subsistance, eau, assainissement, accès à la santé, éducation et protection des personnes, fourniture d’argent liquide ; 2) « dans la mesure du possible », une action anticipative qui préserve les moyens de subsistance et empêche l’aggravation de l’impact de la crise sur les populations les plus vulnérables. « Mais, faute de financement suffisant, les partenaires humanitaires sont souvent confrontés à des choix difficiles pour donner la priorité aux populations mourant de faim au détriment de ceux qui ont faim » ; 3) cibler les bénéficiaires, où qu'ils se trouvent, même dans les zones de conflit.
Rappelant l'aide humanitaire déjà mobilisée par l'UE pour le Sahel et l'Afrique de l'Est en décembre 2021, elle a annoncé que le comité du Fonds européen de développement (FED) discutera la semaine prochaine des 150 millions d'euros d'aide humanitaire qui iront principalement à l'Afrique sur les 600 millions des réserves du FED à réaffecter en réponse à l'insécurité alimentaire (EUROPE 12976/15).
Et d'assurer que l'UE continuera d'intensifier son aide en combinant aide d'urgence et aide à plus long terme pour « s'attaquer aux racines du mal » et en sensibilisant la communauté internationale.
« 150 millions d'euros d'aide humanitaire donneront un signal clair pour augmenter la production locale. Si on veut réduire la vulnérabilité des marchés internationaux, il faut renforcer les marchés locaux, la résilience et réduire la dépendance aux combustibles fossiles, réduire le coût des engrais étroitement lié au coût du gaz et du pétrole », a précisé Leonardo Mizzi, chef d'unité du service 'Partenariats internationaux' de la Commission.
Des données mises à jour sur la situation au Sahel et dans la Corne de l'Afrique seront fournies au réseau mondial pour la sécurité alimentaire, en vue de l'Assemblée générale des Nations Unies (UNGA) dans 3 semaines.
Si l'UE a pu sortir d'Ukraine 9 millions de tonnes de céréales via les voies de solidarité et si l'initiative 'Mer Noire' a pu en acheminer environ 1 million de tonnes, il reste encore à faire de même pour 12 millions de tonnes, sans compter les récoltes 2022-2023, a-t-il fait observer.
Selon lui, l’UE et ses États membres doivent continuer à utiliser le dialogue politique dans les instances internationales (UNGA, Comité sur la sécurité alimentaire du Programme alimentaire mondial à Rome en octobre, le G20, le G7 et la COP27 sur le climat en novembre). (Aminata Niang)