Le Parlement européen a débattu, lundi 2 mai, des modalités de pêche dans les zones marines protégées, avant un vote sur le sujet, le lendemain, dans le cadre du rapport d’Isabel Carvalhais (S&D, portugaise) sur une économie bleue durable.
Il s’agit d’un simple rapport d’initiative, mais la position du PE est très attendue sur la partie qui concerne les zones marines protégées (EUROPE 12939/5).
Le projet de rapport, qui a repris le paragraphe proposé par le groupe Verts/ALE, demande à l’Union « d’interdire le recours au chalutage de fond dans toutes les zones marines protégées ».
Le groupe PPE a demandé un vote séparé sur ce paragraphe en plénière : une majorité de membres peut donc rejeter ce paragraphe. Un amendement suggéré notamment par le groupe Renew Europe vise à trouver un compromis en demandant à l’Union « d’interdire le recours aux techniques néfastes dans ses zones marines strictement protégées, sur la base des meilleurs avis scientifiques disponibles ». La mention du chalutage de fond, une technique décriée du côté des ONG, serait ainsi évitée pour ne pas pointer du doigt une technique de pêche.
Un autre amendement de députés issus de plusieurs groupes (Verts/ALE, Renew Europe, La Gauche, S&D) demande à l’Union de s’attaquer d’urgence aux effets néfastes sur le climat, l’intégrité des fonds marins, les populations piscicoles et les espèces sensibles des moyens de pêche tels que les engins de fond, les filets dérivants, les sennes de fond ou les dispositifs de concentration de poissons, « en limitant leur utilisation ».
Le groupe Verts/ALE a déposé un amendement invitant l’Union à lancer et à financer des programmes de recherche scientifique afin de dresser la carte des habitats marins riches en carbone dans l’Union, qui servira de base à la définition de ces sites comme zones marines strictement protégées dans le but de préserver et de restaurer les puits de carbone marins ainsi que les écosystèmes (dont les fonds marins), ceci pour « les protéger des activités humaines susceptibles de les perturber et de provoquer une libération de carbone dans la colonne d’eau, telles que les activités de pêche aux engins de fond ».
Enfin, un autre amendement déposé par plusieurs groupes suggère de bannir les activités industrielles d’extraction néfastes pour l’environnement, telles que l’exploitation minière et l’extraction de combustibles fossiles dans les zones marines protégées.
Le vote du PE « sur un texte crucial pour le climat, la protection de la biodiversité et des habitats marins sera observé de près par les citoyens et les ONG », signale l’association Bloom, qui estime que le chalutage de fond « consomme de grandes quantités de carburant, détruit les écosystèmes marins, nivelle les habitats et capture toute la vie marine sans discernement ». L’ONG Oceana fait également pression auprès des eurodéputés pour qu'ils se prononcent en faveur de la fin du chalutage de fond dans les zones marines protégées.
La profession inquiète. L'European Bottom Fishing Alliance (EBFA), qui représente plus de 20 000 pêcheurs et 7 000 navires, condamne fermement les initiatives au PE visant à interdire le chalutage de fond dans toutes les zones maritimes protégées. Les conséquences de ce vote pourraient s'avérer « dévastatrices pour les citoyens européens ainsi que pour la sécurité et la souveraineté alimentaire du continent ». En effet, les chalutiers de fond ramènent à terre plus d'un million de tonnes de poissons sains et durables chaque année, ce qui représente environ 25% du total des débarquements de l'UE en poids et en valeur. « Interdire cette source d’approvisionnement durable n'aurait pour seul résultat que d'intensifier nos importations de poissons en provenance de pays étrangers, alors même que nous n'avons aucun contrôle sur leur durabilité et leurs conditions de pêche », martèle l’EBFA (EUROPE 12919/13). (Lionel Changeur)