Le Haut Représentant de l’UE pour les Affaires étrangères de l’UE, Josep Borrell, a dénoncé, lundi 21 mars, les crimes de guerre commis en Ukraine par les forces armées russes.
« Tous les États membres sont unis pour dénoncer les crimes de guerre et la violation du droit international », a-t-il souligné à l’issue du Conseil 'Affaires étrangères'. « Ce qui se passe en Ukraine est un crime de guerre massif commis par les forces armées russes contre les Ukrainiens, cela ne peut pas rester impuni », a prévenu le Haut Représentant, saluant les initiatives internationales en ce sens. Il a également estimé que le président russe « méritait la plus forte condamnation du monde civilisé ».
Pour M. Borrell, la Russie ne mène pas « une guerre », mais « une destruction massive du pays, sans aucune considération pour les lois de la guerre ».
Il a donc insisté sur la « nécessité absolue » de mettre fin à la guerre, en commençant par un cessez-le-feu. « Les souffrances à Marioupol, les personnes bombardées, tuées, affamées, qui doivent fuir… cela doit cesser », a-t-il plaidé.
Soutien militaire supplémentaire
Promettant que l’UE et les États membres allaient continuer à soutenir l’Ukraine d’un point de vue humanitaire (voir autre nouvelle), politique, financier et militaire, M. Borrell a annoncé que les États membres avaient donné leur accord politique à l’octroi de 500 millions d’euros supplémentaires via la Facilité européenne pour la Paix. La décision pourrait être adoptée formellement après le vote du Bundestag allemand, mercredi 23 mars.
À son arrivée au Conseil, le ministre des Affaires étrangères lituanien, Gabrielius Landsbergis, a aussi appelé ses homologues à fournir les équipements promis pour ceux qui ne le font pas. « Si on est sérieux sur le fait de donner une chance à l’Ukraine pour défendre son pays, nous devons être sérieux concernant les armes que nous fournissons », a-t-il ajouté, précisant qu’il ne fallait pas des armes trop importantes et sophistiquées, mais de quoi arrêter les chars et abattre les avions.
Débat sur des sanctions supplémentaires
Les ministres se sont aussi penchés sur de nouvelles sanctions à l’égard de la Russie. Selon M. Borrell, si l’objectif n’était pas de prendre de décision, le sujet devrait revenir sur la table des chefs d’État ou de gouvernement lors de leur sommet de jeudi et ces derniers pourraient donner des indications supplémentaires. « Nous sommes prêts à prendre des mesures supplémentaires », en coordination avec les partenaires internationaux, pour faire pression sur la Russie, a prévenu le chef de la diplomatie européenne.
À leur arrivée au Conseil, plusieurs ministres avaient estimé qu’il fallait adopter des mesures supplémentaires. « Il est important de continuer dans cette voie », a estimé le ministre danois, citant l’accès aux ports maritimes aux transporteurs russes et biélorusses, tout comme son homologue slovène, Anže Logar, qui a aussi appelé à une interdiction de l’importation de produits énergétiques.
« Il est inévitable qu’il faille parler du secteur de l’énergie, du pétrole, qui est le plus grand revenu pour le budget russe et qui peut facilement être remplacé » pour les Européens, a expliqué M. Landsbergis. Le ministre irlandais Simon Coveney a précisé qu’il était ouvert aux sanctions énergétiques. Selon lui, « il est difficile de faire valoir que nous ne devrions pas avancer en particulier sur le pétrole et le charbon ».
À l'inverse, le ministre hongrois, Péter Szijjártó, a de nouveau précisé que son pays ne soutiendrait pas des sanctions à l’encontre des importations de gaz russe. Le Kremlin, de son côté, a prévenu qu’un embargo européen sur le pétrole russe frapperait « tout le monde ».
Le 19 mars, le Premier ministre polonais, Mateusz Morawiecki, avait proposé un arrêt total des échanges commerciaux entre la Russie et l'UE. « Fermer complètement le commerce avec la Russie l'obligerait à envisager de stopper cette guerre cruelle », a-t-il détaillé.
Cet appel a également été relayé par le président ukrainien, Volodymyr Zelensky. Dans une vidéo postée sur les réseaux sociaux, il a appelé l'UE à cesser « tout commerce » avec la Russie, y compris concernant la fourniture de gaz : « Sans commerce avec vous, sans vos entreprises et vos banques, la Russie n'aura plus d'argent pour cette guerre », a-t-il affirmé.
Plusieurs chefs de la diplomatie européens ont en outre estimé qu’il fallait mettre la pression sur les pays tiers pour isoler la Russie sur la scène internationale. Selon le Danois Jeppe Kofod, les Européens devaient discuter des moyens d’utiliser le poids économique de l’UE et son importance politique pour s’assurer que les pays tiers choisissent « le bon coté de l’histoire », rejoindre l’UE dans sa condamnation de la guerre, dans l’isolement de la Russie et pour arrêter la guerre. Pour M. Landsbergis, les États tiers qui aident la Russie devraient faire face aux mêmes sanctions que celles imposées à la Russie. (Camille-Cerise Gessant avec Léa Marchal)