login
login
Image header Agence Europe
Bulletin Quotidien Europe N° 12875
ACTION EXTÉRIEURE / Russie

Les ministres européens des Affaires étrangères prônent le dialogue, tout en menaçant de sanctions en cas d’agression

Les ministres européens des Affaires étrangères ont prôné un dialogue avec la Russie, lundi 24 janvier, tout en prévenant Moscou qu’en cas d’attaque contre l’Ukraine, le prix qu’elle aurait à payer serait considérable.

À l’issue du Conseil, le Haut Représentant de l’UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Josep Borrell, a plaidé pour le dialogue. « La diplomatie pour convaincre la Russie de dialoguer va continuer, même si la rhétorique dure du côté russe ne donne pas beaucoup d’espoir », a-t-il souligné devant les médias.

« Nous sommes prêts à discuter avec la Russie, qui devrait apaiser les tensions et retirer ses propositions inacceptables sur le réaménagement de tout l’ordre sécuritaire en Europe », avait expliqué le ministre danois, Jeppe Kofod, à son arrivée.

Ces propos font écho aux conclusions adoptées par les ministres, qui reprennent les 10 principes adoptés à Brest. Celles-ci condamnent la poursuite des actions agressives et des menaces de la Russie à l'encontre de l'Ukraine et appellent Moscou à la désescalade, au respect du droit international et à un dialogue constructif dans le cadre des mécanismes internationaux établis. « Les notions de 'sphères d'influence' n'ont pas leur place au XXIe siècle », estime le Conseil. 

Il dresse aussi ses lignes rouges : les principes fondamentaux sur lesquels repose la sécurité européenne, consacrés par la Charte des Nations Unies et les documents fondateurs de l'OSCE, y compris l'Acte final d'Helsinki et la Charte de Paris, « ne sont ni négociables ni susceptibles d'être révisés ou réinterprétés ». 

Selon le Conseil, les États membres sont en outre prêts à s'engager dans le renforcement des mécanismes existants pour assurer la transparence et la prévisibilité militaires et à soutenir les efforts en matière de maîtrise des armements, notamment dans le cadre de l'OSCE, invitant la Russie à s'engager de manière constructive.

 Coordination internationale

Après s'être entretenu avec les ministres, lors du Conseil, par visioconférence avec le secrétaire d’État américain, Antony Blinken, le Haut Représentant a rappelé que l’UE continuerait à se coordonner avec ses partenaires. Les conclusions adoptées réaffirment donc « la coopération et la coordination solides et constantes de l'UE et de ses États membres avec les États-Unis, l'OTAN, l'Ukraine et nos autres pays partenaires ».

Les Européens ne suivent cependant pas les Américains concernant le départ des familles des diplomates en poste en Ukraine. Le Haut Représentant a estimé qu'il ne fallait pas « dramatiser » la situation. « Tant que les négociations se poursuivent, je ne pense pas que nous devons quitter l'Ukraine », a-t-il expliqué, ajoutant qu’aucune décision n’avait été prise pour demander le départ des familles.

La France et la Lettonie ont cependant appelé leurs citoyens à éviter tout voyage non essentiel en Ukraine.

Menace de sanctions sans précédent

Si l’accent est mis sur le dialogue, le Haut Représentant a prévenu que, si la diplomatie devait échouer, « nous sommes bien avancés dans notre réponse à une agression russe ».

« Toute nouvelle agression militaire de la Russie contre l'Ukraine aura des conséquences massives et des coûts élevés. Cela inclut un large éventail de mesures restrictives sectorielles et individuelles qui seraient adoptées en coordination avec les partenaires », prévient le Conseil dans ses conclusions.

Si le texte parle d’agression militaire, la ministre suédoise, Ann Linde, a estimé que tout type d’intrusion, y compris provenant du cyberespace, pourrait faire l’objet d’une réaction européenne.

« Il n’y a pas de doute que nous sommes prêts à réagir avec des sanctions économiques et politiques complètes jamais vues auparavant », a prévenu le ministre danois, ajoutant que la Russie se retrouverait isolée. Selon son homologue autrichien, Alexander Schallenberg, « en termes de sanctions financières et d'échanges de marchandises, tout est sur la table ». 

Pour le ministre lituanien, Gabrielius Landsbergis, les sanctions devront être « insupportables » pour la Russie, sinon elles ne seront pas dissuasives.

Soutien indéfectible à l’Ukraine

Les ministres ont aussi souligné leur soutien à l'Ukraine et l'importance de la mise en œuvre intégrale des accords de Minsk. Les conclusions du Conseil réaffirment son plein soutien aux efforts déployés par la France et l'Allemagne dans le cadre du format Normandie. Selon une source russe citée par Reuters, des discussions en format Normandie entre conseillers politiques auront lieu mercredi.

M. Borrell a aussi souligné l’annonce, quelques heures plus tôt, de la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, concernant une nouvelle aide financière à Kiev. Celle-ci a annoncé que l'institution de l'UE proposait l'octroi d'une nouvelle assistance macrofinancière de 1,2 milliard d'euros afin de permettre à l'Ukraine de faire face à ses « besoins financiers liés au conflit ». Fin octobre 2021, la Commission avait versé la deuxième tranche d'une assistance macrofinancière en cours (EUROPE 12819/13).

Mme von der Leyen a ajouté que la Commission allait « bientôt » élaborer une assistance macrofinancière supplémentaire à plus long terme afin d'aider le pays dans ses « efforts de modernisation ». En outre, l'aide bilatérale sous forme de subventions sera doublée cette année, a-t-elle précisé. Et de rappeler que, depuis 2014, l'UE a octroyé plus de 17 milliards d'euros de subventions et de prêts à l'Ukraine, « pays libre et souverain ».

Le Conseil rappelle aussi, dans ses conclusions, la volonté de l’UE de soutenir la résilience de l'Ukraine, notamment en luttant contre les menaces cybernétiques et hybrides et en s'attaquant à la désinformation. La possibilité d’une mission de formation est aussi évoquée, l'UE définissant « actuellement les modalités du soutien à l'Ukraine, y compris dans le domaine de la formation militaire professionnelle ». 

Si les conclusions réaffirment l’unité des Vingt-sept, la question de la livraison d’armes – qui n’est pas une compétence de l’UE – divise. Les pays baltes ont annoncé qu'ils allaient envoyer des missiles antichars et antiaériens en Ukraine pour lui permettre de se défendre « en cas d'agression russe ». L’Allemagne, pour sa part, a refusé de livrer des armes à Kiev, tout en précisant qu’elle allait livrer un hôpital de campagne.

Voir les conclusions : https://bit.ly/357lJBh (Camille-Cerise Gessant avec Mathieu Bion)

Sommaire

ACTION EXTÉRIEURE
POLITIQUES SECTORIELLES
ÉCONOMIE - FINANCES - ENTREPRISES
INSTITUTIONNEL
CONSEIL DE L'EUROPE
BRÈVES
Kiosque