Les ministres de l’Intérieur de l’UE et des pays associés à Schengen ont adopté, mardi 31 août à Bruxelles, une déclaration commune dans laquelle ils se sont engagés à renforcer leur aide, notamment financière, aux pays voisins de l’Afghanistan et aux agences internationales œuvrant entre autres à la prise en charge de déplacés.
Mais ils ont refusé de s’engager, à ce stade, sur des offres chiffrées d’accueil de réfugiés dans l’UE, arguant du fait qu’aucun grand flux de départ n’est encore constaté à ce jour et souhaitant avant tout se prémunir de tout appel d’air pour une immigration irrégulière, comme Berlin et Copenhague l’ont explicitement mentionné.
Dans cette déclaration commune, un temps menacée de rejet par le Luxembourg, les ministres de l’Intérieur ont ainsi surtout accordé une grande place au volet sécuritaire, les ministres ne voulant pas revivre l’épisode de 2015 et une « immigration incontrôlée » aux frontières communes, a expliqué le ministre français Gérald Darmanin en arrivant à Bruxelles.
La sécurité et la prévention des menaces terroristes a en effet dominé une partie de la réunion, a indiqué à l’issue de la journée le ministre slovène de l’Intérieur, Alès Hojs, pour qui la « principale responsabilité est de protéger les citoyens de l'UE d'attaques terroristes ».
La déclaration commune stipule ainsi, conformément à d’anciens projets de déclaration, que « l'UE et ses États membres sont déterminés à agir conjointement pour empêcher que ne se reproduisent les mouvements incontrôlés d'immigration clandestine à grande échelle auxquels ils ont été confrontés dans le passé ». Les personnes potentiellement réfugiées devront par ailleurs principalement recevoir une protection dans la région.
« L'UE et ses États membres mettront tout en œuvre pour que la situation en Afghanistan n'entraîne pas de nouvelles menaces pour la sécurité des citoyens de l'UE », ajoute encore le texte. Et « tous les efforts doivent être poursuivis pour que le régime des talibans cesse tout lien et toute pratique avec le terrorisme international et que l'Afghanistan ne redevienne pas un sanctuaire pour les terroristes et les groupes de criminalité organisée. L'UE utilisera tous les outils dont elle dispose pour suivre de près et réagir aux évolutions sur le terrain qui pourraient avoir une incidence sur sa sécurité ».
Anticiper une crise
C’est ce langage, jugé trop sécuritaire, qu’avait rejeté, lundi 30 août au soir, le ministre luxembourgeois des Affaires étrangères, Jean Asselborn, qui menaçait encore mardi matin de bloquer le texte.
Le ministre des Affaires étrangères a jugé anormal que l’UE ne suive pas l’exemple du Royaume-Uni, qui a annoncé 20 000 places de réinstallation pour des Afghans. « Il faut que l’UE envoie un signal » et « donne de l’espoir ». « Il ne faut pas que les Afghans ne voient que le Royaume-Uni », a-t-il dit en arrivant à Bruxelles.
Le Luxembourg voulait notamment des engagements concrets et rapides et militait pour l’inscription dans la déclaration d’une conférence de haut niveau sur la réinstallation de réfugiés afghans. Une référence à cet évènement a un temps été introduite dans le texte, avant d’être à nouveau effacée.
Mais la commissaire européenne aux Affaires intérieures, Ylva Johansson, avait déjà devancé le Luxembourgeois. Elle a en effet annoncé dans la même journée une conférence de haut niveau dès septembre pour évoquer avec les partenaires internationaux des engagements de réinstallation exclusivement pour des réfugiés afghans, en particulier « les femmes et les enfants », mais aussi d’autres personnes menacées, comme des avocats, des juges ou des journalistes, a-t-elle expliqué à la fin de la réunion.
Ces engagements s’ajouteront aux 30 000 places de réinstallation déjà prévues sur 2021 et 2022 pour les réfugiés de toutes les régions du monde, mais « il n’est pas encore possible d’avancer des chiffres », a aussi précisé la commissaire.
Pour Mme Johansson, cette réunion permettra justement de mieux anticiper une possible crise migratoire, « même si l’UE est mieux préparée qu’en 2015 », et aura pour vocation d’« empêcher les gens d’aller sur une route dangereuse ».
Un certain nombre d’États membres ne l’ont toutefois pas entendu ainsi, jugeant risqué de parler de chiffres précis qui pourraient envoyer « de faux signaux », selon Copenhague, et ouvrir la porte à l’immigration illégale.
Le ministre allemand de l’Intérieur, Horst Seehofer, a aussi soulevé ce risque. « Les personnes particulièrement dignes d’être protégées bénéficient du droit à la réinstallation » en Allemagne, mais il ne serait pas sage de « parler de chiffres maintenant, parce que les chiffres déclenchent un effet d'attraction », a-t-il indiqué. Un risque que Berlin veut d’autant plus écarter que le pays connaîtra dans quelques semaines une importante échéance électorale.
Lien vers la déclaration finale : https://bit.ly/3Drftky (Solenn Paulic)