Les dirigeants européens ont fait part, dans la nuit du 6 au 7 janvier, de leurs inquiétudes et de leur stupéfaction face à l’intrusion, dans le Capitole, de militants pro-Trump, alors que le Congrès était réuni pour certifier les résultats de l’élection présidentielle, actant la victoire de Joe Biden.
Quelques heures plus tôt, le président américain, Donald Trump, avait appelé ses partisans à marcher vers le Capitole.
Une fois le calme revenu, le Congrès a certifié les résultats du scrutin, mais quatre personnes sont décédées et plusieurs ont été blessées dans ou aux abords du bâtiment.
« Le Congrès américain est un temple de la démocratie. Être témoin de (ces) scènes est un choc », a souligné le président du Conseil européen, Charles Michel. Il a expliqué faire confiance aux États-Unis pour assurer un transfert pacifique du pouvoir à Joe Biden.
De son côté, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a qualifié la situation d’« aussi révoltante que tragique ». « Il incombe désormais à Joe Biden une immense tâche : il doit réunir le pays, y rétablir la paix, combler d'importants fossés », a-t-elle expliqué.
Selon elle, « ce qui s'est passé à Washington n'est pas sorti de nulle part. Nous avons été témoins, au fil des ans, de cette polarisation croissante, de ce flot de fausses informations et surtout, de ce traitement méprisant des institutions, des valeurs et des discours démocratiques ». « Tout président est, jusqu'au dernier jour de son mandat, responsable de ses mots. Nous avons pu voir hier comment l'on est passé des paroles aux actes », a-t-elle dénoncé.
Le Haut Représentant de l’UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Josep Borrell, a dénoncé une « démocratie américaine assiégée ». « Il s'agit d'une attaque inédite contre la démocratie américaine, ses institutions et l'État de droit. Ce n'est pas l'Amérique », a-t-il souligné. M. Borrell a appelé au plein respect du résultat de l’élection présidentielle du 3 novembre, ajoutant que « la force de la démocratie américaine l'emportera sur les individus extrémistes ».
« Les votes démocratiques doivent être respectés. Nous sommes certains que les États-Unis veilleront à ce que les règles de la démocratie soient protégées », a ajouté le président du Parlement européen, David Sassoli, alors que le président de la commission des Affaires étrangères, David McAllister (PPE, Allemagne), le président de la délégation du Parlement pour les relations avec les États-Unis, Radosław Sikorski (PPE, Pologne), et le rapporteur pour les États-Unis, Tonino Picula (S&D, Croatie), ont dénoncé « l'attaque contre l'une des plus anciennes démocraties du monde ». Ils ont qualifié les événements de « déplorables ».
L’ambassadeur américain auprès de l’UE, Ronald J. Gidwick, a également condamné les événements. « L'incitation à l'action et l'assaut de la foule ont constitué une attaque au cœur de la démocratie et un affront aux valeurs et idéaux démocratiques sur lesquels les États-Unis ont été construits », a-t-il estimé.
L’accord du Congrès était la dernière étape avant l’investiture du président Joe Biden. Les Européens ont de grands espoirs concernant un renforcement des relations avec les États-Unis, mises à mal par Donald Trump. « Ce que l’on a vu est totalement inacceptable. On espère que cette nouvelle présidence Biden sera une grande opportunité de créer un nouveau climat, notamment dans les relations transatlantiques », a souligné le Premier ministre portugais, António Costa, dont le pays assure la Présidence tournante du Conseil de l’UE.
« M. Trump, c’est déjà le passé ! Les Américains ont tourné la page et on attend que Biden prenne son poste au 20 janvier », a-t-il ajouté, espérant qu’un sommet UE-États-Unis se tiendra sous Présidence portugaise.
Pour Mme von der Leyen, « après les quatre années arides que nous venons de vivre, nous nous réjouissons des quatre fructueuses années de dialogue, de travail commun et de coopération qui s'annoncent ». (Camille-Cerise Gessant avec Agathe Cherki)