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Bulletin Quotidien Europe N° 12481
RÉPONSE EUROPÉENNE AU COVID-19 / Économie

Entrant dans la pire récession de son histoire, l'UE espère un rebond post-Covid-19 aussi rapide que possible

La récession qui sévira en 2020 en raison de la pandémie de Covid-19 est la pire que l'Union européenne ait jamais connue, a estimé la Commission européenne en présentant, mercredi 6 mai, ses prévisions économiques de printemps qui prennent en compte la situation économique observée et les mesures d'urgence annoncées jusqu'au 23 avril.

« Il est désormais relativement clair que l'Union européenne est entrée dans la récession la plus profonde de son histoire. L'économie de l'UE à vingt-sept devrait se contracter de façon record à hauteur de 7,4% du PIB cette année et de 7,7% du PIB dans la zone euro », a déclaré le commissaire à l'Économie, Paolo Gentiloni, alors que la récession liée à la crise financière avait atteint « environ 4,5% ».

L'ampleur et la durée de cette récession dépendront du rythme de levée du confinement imposé presque partout en Europe. Toutefois, la Commission s'attend à une reprise progressive des activités économiques actuellement paralysées, surtout au deuxième semestre 2020. Cela se traduira par un rebond l'année prochaine.

« En 2021, nous nous attendons à un rebond de 6,1% du PIB dans l'UE et de 6,3% dans la zone euro », a confirmé M. Gentiloni. Mais il a prévenu que ce ne sera « pas suffisant pour compenser totalement la perte de cette année ».

Malgré le caractère symétrique du choc externe que représente la pandémie, ces données agrégées masquent des différences importantes selon les États membres. Ceux-ci n'entrent pas dans la récession dans les mêmes conditions macroéconomiques et n'en sortent pas non plus selon des modalités et un calendrier identiques.

Les États membres les plus touchés par la récession devraient être la Grèce (-9,7% du PIB), l'Italie (-9,5%), l'Espagne (-9,4%) et la Croatie (-9,1%), tandis que la Pologne (-4,3%), le Luxembourg (-5,4%), l'Autriche (-5,5%) et Malte (-5,8%) devraient moins souffrir de l'arrêt brutal de l'activité économique.

Le chômage devrait remonter cette année à hauteur de 19,9% de la population active en Grèce, de 18,9% en Espagne, de 10,2% en Croatie et de 10,1% en France, alors qu'il ne devrait pas dépasser 4% en Allemagne et 5% en République tchèque.

Mais, pour M. Gentiloni, les données du chômage ne reflètent pas toute la réalité sociale de la crise, dans la mesure où, dans les pays où des mécanismes de chômage partiel existent, il n'y aura pas de chômage, mais une réduction des heures travaillées et, donc, une forte baisse des revenus des travailleurs.

Dans un contexte où le Pacte de stabilité a été gelé en 2020, chaque pays est habilité à prendre les mesures budgétaires qu'il estime nécessaires pour soutenir les entreprises et les ménages. En conséquence, le déficit public et la dette publique vont inévitablement s'envoler pour atteindre respectivement 8,5% et 103% du PIB au niveau de la zone euro et 8,3% et 95,1% du PIB dans l'UE à vingt-sept.

En 2020, les déficits devraient être les plus élevés en Italie (-11,1% du PIB), en Espagne (-10,1%), en France (-9,9%), en Pologne (-9,5%), alors qu'ils n'atteindraient que -2,8% en Bulgarie et -4,8% au Luxembourg. La dette publique dépassera 100% du PIB dans sept États membres : la Grèce (196,4%), l'Italie (158,9%), le Portugal (131,6%), la France (116,5%), Chypre (115,7%), l'Espagne (115,6%) et la Belgique (113,8%). Par comparaison, la dette publique allemande devrait passer de 59,8% à 75,6% du PIB. 

Rebond attendu en 2021

Tous les pays de l'UE connaîtront un rebond économique, mais son ampleur différera. Ainsi, celui-ci devrait être le plus fort en Grèce (7,9%), en Croatie (7,5%), en France et en Lituanie (7,4% chacune) et le moins marqué en Finlande (+3,7%), en Pologne (+4,1%), en Roumanie (+4,2%), en Suède (+4,3%) ainsi qu'aux Pays-Bas (+5,0%).

Selon le commissaire, la façon dont les États membres émergeront de la crise dépendra de la sévérité de la pandémie, de l'exposition de leur économie aux secteurs les plus touchés - comme le tourisme - et, surtout, de l'ampleur des mesures budgétaires prises. L'Allemagne, première économie de l'UE, semble la mieux placée, dans la mesure où le déconfinement est en cours et où sa marge de manœuvre budgétaire lui confère de larges moyens pour soutenir son économie.

« D'ici à fin 2021, il est prévu que seules l'Allemagne, l'Autriche, la Croatie, la Slovaquie et la Pologne retrouvent leur niveau d'activité économique observé au dernier trimestre 2019. Par contre, le niveau de production en Italie, en Espagne et aux Pays-Bas devrait demeurer plus de 2% en dessous par rapport à fin 2019 », a fait observer M. Gentiloni.

D'où l'importance, selon le commissaire, de prévoir un large plan de relance au niveau européen qui favorise des conditions de concurrence équitables au sein du marché intérieur. Il a notamment évoqué des travaux sur un instrument paneuropéen permettant d'investir directement dans des entreprises ('paneuropean tool for equities') afin de permettre un rééquilibrage des mesures nationales prises.

Pour le vice-président de la Commission, Valdis Dombrovskis, il convient en effet d'« éviter un scénario faisant apparaître des disparités majeures au sein du marché unique qui s'enracineraient », en trouvant un accord rapide sur le plan de relance européen ambitieux.

L'impact économique positif du projet révisé de cadre financier pluriannuel (CFP) pour 2021-2027 couplé au plan de relance, que la Commission proposera dans la deuxième moitié de mai (EUROPE 12480/3), n'a pas été pris en compte dans les prévisions de l'institution européenne et doit donc être considéré comme « un risque haussier » qui stimulera la relance économique, a aussi indiqué un fonctionnaire européen.

La Commission présentera ses prévisions économiques de printemps aux ministres des Finances de la zone euro qui se réuniront vendredi 8 mai par visioconférence (EUROPE 12481/3). Elle devrait présenter, mercredi 20 mai ses recommandations de politique socioéconomique pays par pays.

Voir les prévisions économiques : https://bit.ly/35AHG84  (Mathieu Bion) 

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