Au lendemain de la réunion extraordinaire du Conseil européen et des annonces de la Commission européenne (voir autre nouvelle), plusieurs gouvernements d'États membres de l'UE ont pris, mercredi 11 mars, des mesures supplémentaires pour soutenir leur économie et contrer l'impact de l'épidémie de coronavirus.
Le gouvernement italien, dont le pays est sévèrement frappé par l'épidémie et qui a mis en place des restrictions de circulation depuis le début de la semaine, a annoncé qu'il allait débloquer en urgence 25 milliards d'euros pour soutenir l'économie nationale face à la crise.
« Ce sont 25 milliards de disponibilités financières, pas à utiliser immédiatement, mais à utiliser pour faire face à toutes les difficultés que nous affrontons avec cette crise », a expliqué Giuseppe Conte, le président du Conseil italien en conférence de presse, cité par l'AFP.
M. Conte s'est entretenu mercredi après-midi par vidéoconférence avec la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, pour lui faire part des difficultés rencontrées par l'Italie. Dans un communiqué commun publié à l’issue de la réunion, ils soulignent la nécessité d’une « réponse européenne coordonnée » ainsi que d’une « solidarité forte » et précisent que « les mesures prises par chaque État membre ont un impact sur le reste de l'UE ».
La Commission a en outre confirmé au président du Conseil italien que la flexibilité inscrite dans le Pacte de stabilité et de croissance sera « pleinement utilisée » et que le régime des aides d'État pour les circonstances exceptionnelles sera également appliqué.
Le même jour, la chancelière allemande, Angela Merkel, a laissé entendre qu'elle était prête, pour répondre à cette situation extraordinaire, à abandonner la règle du zéro déficit budgétaire en Allemagne. Contenir la propagation de l'épidémie passe avant le respect des règles budgétaires, a-t-elle expliqué en conférence de presse, selon des propos rapportés par l'AFP.
Le gouvernement allemand, qui a déjà pris des mesures pour faciliter le chômage partiel et a bloqué une enveloppe de 12,8 milliards d'euros pour des investissements d'infrastructure, devrait ainsi présenter vendredi des mesures supplémentaires pour soutenir son économie, notamment des prêts publics aux entreprises confrontées à des difficultés de trésorerie.
Le président français, Emmanuel Macron, quant à lui, fera une déclaration télévisée jeudi soir. Lundi 9 mars, le ministre français des Finances, Bruno Le Maire, qui prévoit un « impact sévère pour l’économie française », a notamment annoncé que des dégrèvements fiscaux seraient accordés aux entreprises qui seraient menacées de disparition en raison de l’impact économique du coronavirus.
Le sujet sera de nouveau à l’ordre du jour de l’Eurogroupe, lundi 16 mars (EUROPE 12441/17). La Commission européenne doit venir avec un menu d’options qui sera discuté par les ministres européens de l'Économie et des Finances, selon nos informations. En ferait notamment partie, selon Reuters, un programme de prêts à taux faibles pour les entreprises européennes dont l'activité est affectée par l'impact de l'épidémie de coronavirus, programme qui pourrait être coordonné par la Banque européenne d’investissement (BEI). Une source européenne a confirmé à EUROPE qu’une solution de ce type avait bien été évoquée il y a une semaine, mais n’avait à l’époque pas encore été discutée avec la BEI.
Assouplissement de la réglementation bancaire
L’épidémie du coronavirus a aussi fait souffler un vent de panique du côté des banques européennes, qui anticipent une hausse des prêts non performants (NPL) face à l’incapacité des entreprises à rembourser leurs prêts.
Pour rassurer les marchés, plusieurs banques centrales ont récemment pris des mesures. Après la décision, la semaine dernière, de la Banque centrale américaine, la FED, d'abaisser son taux directeur principal de 0,5 %, c'était au tour de la Banque d'Angleterre (BoE), mercredi 11 mars, d'annoncer qu'elle allait ramener son taux directeur de 0,75% à 0,25%.
En France et en Italie, l'idée d'un allongement des délais avant que les prêts non remboursés ne soient considérés comme « non performants », ou encore celle d'un abandon du coussin contra-cyclique demandé par les banques, fait son chemin.
Dans un communiqué publié mercredi 11 mars, l’organisation Finance Watch a mis en garde contre ces tentations d’assouplir la réglementation bancaire en réaction à l’épidémie de coronavirus. Selon elle, cela ne ferait qu’accroître le risque d’une crise financière en plus d’une crise sanitaire.
« Des règles prudentielles existent pour s'assurer que les banques restent résistantes en temps de crise économique et puissent continuer à prêter pour soutenir l'économie. Il serait contradictoire de les assouplir au moment où elles sont le plus nécessaires », explique Thierry Philipponnat, responsable de la Recherche à Finance Watch.
Des mesures de la BCE attendues
Tous les regards se tournent maintenant vers la Banque centrale européenne (BCE), qui devrait détailler jeudi 12 mars son plan d’action face à l'épidémie.
Lors de la vidéoconférence entre les chefs d'État européens, mardi soir (EUROPE 12443/1), la présidente de l'institut monétaire, Christine Lagarde, aurait mis en garde sur le risque, en l'absence d'une réaction européenne coordonnée, d'être confronté à un scénario similaire à celui de la crise financière de 2008, rapporte Bloomberg.
Les marchés financiers s'attendent en effet à ce que la BCE propose des mesures fortes de soutien, notamment une baisse des taux d'intérêt ou éventuellement un élargissement de son programme de rachat d'obligations. (Marion Fontana)