Le vice-président de la Commission européenne et Haut Représentant de l'UE, Josep Borrell, a suscité la polémique, vendredi 7 février, par des propos censés piquer au vif les jeunes qui manifestent dans la rue pour le climat et les inciter ainsi à agir.
En les accusant d'avoir le 'syndrome Greta' et en mettant en doute leur capacité à agir concrètement pour le climat, il a déroulé en quelques phrases le changement de paradigme qui sous-tend le Pacte vert pour l'Europe (Green Deal) et le projet de la Commission de faire participer toute la société à la lutte contre le changement climatique, quitte à ce que chacun mette la main à la poche.
« L'idée que les jeunes sont sérieusement engagés dans la lutte contre le changement climatique - on pourrait l'appeler le 'syndrome Greta'.... Permettez-moi d'en douter. C'est bien de manifester contre le changement climatique tant que personne ne vous demande de payer pour cela. Je me demande si les jeunes qui manifestent dans les rues de Berlin pour réclamer des mesures contre le changement climatique sont conscients du coût de ces mesures et s'ils sont prêts à réduire leur niveau de vie pour compenser les mineurs polonais, car, si nous luttons sérieusement contre le changement climatique, ils perdront leur emploi et devront être subventionnés », avait déclaré Josep Borrell dans une vidéo postée sur Twitter.
Ces propos ont scandalisé les Verts/ALE au Parlement européen. « Ces commentaires sont indignes d'un représentant de l'Union. D'abord parce qu'ils constituent un exemple flagrant de paternalisme, ensuite parce qu'ils opposent les européen(ne)s entre eux. L'UE doit être solidaire face à l'urgence climatique ! », a rétorqué le coprésident du groupe, Philippe Lamberts. Et d'annoncer qu'il comptait demander à M. Borrell de s'expliquer dès la semaine prochaine.
M. Borrell s'est empressé de préciser sur Twitter que « les mouvements de jeunes qui luttent contre le changement climatique ont [son] soutien total et inspirent les politiciens et les sociétés ». Une manière d'enfoncer le clou en opposant les manifestations aux actions. Et d'ajouter : « nous ne pouvons pas nous permettre le coût de l'inaction ».
Plus tôt, le porte-parole de la Commission, Éric Mamer, avait assuré à la presse que manifester pour le climat n'avait « jamais été reconnu comme une affection médicale » et que « le Collège des commissaires dans son ensemble est derrière le Pacte vert et soutient les aspirations des jeunes ».
Il avait cité plusieurs « mesures concrètes » du Pacte vert comme le Plan d'investissement pour une Europe durable, le Fonds pour la transition juste et la Loi climat (qui devrait être présentée le 4 mars), passant sous silence le Pacte pour le climat, alors que cette future proposition visera précisément à mobiliser toute la société européenne désireuse de prendre des initiatives pour le climat.
Pour mémoire, les jeunes qui manifestent pour le climat le font pour demander aux décideurs politiques d'écouter les scientifiques du GIEC. (Aminata Niang)