Les entreprises européennes ont amélioré leur reporting non financier sur la façon dont elles se préparent aux changements climatiques et sur l’impact que leurs propres activités ont sur le climat. Néanmoins, si les objectifs sont clairs, le chemin pour les réaliser est encore long.
Telle est la constatation du groupe de travail mis en place par l'European Lab du Groupe consultatif européen sur l’information financière (EFRAG), qui vient de présenter un rapport destiné à présenter les bonnes pratiques en matière de reporting sur les questions climatiques identifiées sur un échantillon de 150 entreprises.
Ce rapport vise à proposer des pratiques de reporting climat utiles aux émetteurs et aux utilisateurs, dans un contexte où les entreprises veulent mieux communiquer sur leur stratégie climatique et où les investisseurs veulent savoir quelles sont leurs expositions aux enjeux climatiques.
« Certes, des progrès ont été faits dans le reporting climat. Mais on est encore loin de la cible » identifiée dans les recommandations du groupe de travail du Conseil de stabilité financière et dans les obligations liées à la directive européenne (2014/95) sur le reporting non financier, a constaté Michèle Lacroix, qui a piloté la rédaction du rapport, vendredi 7 février, lors d'un entretien avec EUROPE.
Certaines entreprises considèrent le reporting climat comme un simple exercice de conformité et ratent l’occasion de donner du sens à cet exercice par l’analyse de leur résilience au changement climatique et de l’impact de leurs activités sur le climat, notent les auteurs du rapport.
Une autre lacune identifiée concerne l’articulation entre les différentes sections du reporting. La déconnexion entre l’horizon temporel que couvre la planification stratégique d’une entreprise (souvent moins de cinq ans) et l’horizon temporel nécessaire à la concrétisation des effets des dérèglements climatiques (plus de cinq ans) est un autre élément qui complexifie le reporting climat.
Mme Lacroix a aussi pointé « le dilemme » auquel les entreprises sont confrontées : dévoiler des informations ayant un caractère sensible peut mettre ces entreprises dans une situation délicate vis-à-vis de leurs concurrents. « Il peut y avoir un risque pervers au mieux-disant », a-t-elle ajouté.
Que faire au niveau européen ? Pour cette experte, l’Europe est déjà à la pointe en matière de reporting climat par rapport à d’autres juridictions et l'Union européenne ne va pas en rester là.
Fin janvier, lors d’une conférence sur le Pacte vert européen, le vice-président de la Commission européenne, Valdis Dombrovskis, a annoncé une révision pour 2020 de la directive sur le reporting non financier afin que les entreprises couvertes dévoilent des données fiables sur le caractère durable de leurs activités. En outre, en dehors du champ législatif, la Commission soutiendra le processus visant à mettre au point des normes européennes de reporting non financier. (Mathieu Bion)