« L’appel de la forêt qui brûle » mentionné par le président français, Emmanuel Macron, en amont du Sommet du G7, samedi 24 août, aurait été entendu par les chefs d'État ou de gouvernement présents à Biarritz.
Les sept grandes démocraties libérales (Allemagne, Canada, États-Unis, France, Italie, Japon, Royaume-Uni) se sont accordées, lors du Sommet de Biarritz qui s'est achevé lundi 26 août, sur l'octroi d'une première aide « d'au moins 20 millions de dollars » pour répondre à l'urgence des incendies qui ravagent l'Amazonie. En outre, le G7 est tombé d'accord sur « une initiative » destinée à la reforestation de la forêt vierge, qui sera finalisée au cours de l'Assemblée générale de l'Organisation des Nations unies, fin septembre.
Au lendemain du dîner des leaders du samedi 24 août, le président français a semblé optimiste. « Il y a une vraie convergence pour dire: 'On se met tous d’accord pour aider le plus vite possible les pays qui sont frappés par ces feux' », a-t-il déclaré. Il a fait état de contacts « avec tous les pays de l’Amazonie (…) pour que l’on puisse finaliser des engagements très concrets de moyens techniques et financiers ».
Le président français a insisté sur la nécessité d'accélérer la reforestation de l’Amazonie en respectant la souveraineté nationale. « Nous sommes là, en train de travailler à un mécanisme de mobilisation internationale pour pouvoir aider de manière plus efficace ces pays, mais avec eux », a-t-il souligné.
Selon une source, une longue discussion s’est tenue durant le dîner au phare de Biarritz. Il y a eu un accord pour « entrer en contact » avec le Président Jair Bolsonaro, ce que devrait faire le président français, nous a-t-on dit, pour déterminer le type d’aide dont le Brésil a besoin.
Constatant le désastre environnemental et climatique en cours des incendies en Amazonie (EUROPE 12312/2), la présidence française a ajouté ce sujet à l’ordre du jour du G7. En amont, vendredi 23 août, le président français avait soumis trois propositions : - mobiliser les membres du G7 et au-delà pour lever des financements en vue de reboiser l’Amazonie ; - développer des mécanismes de prévention « beaucoup plus puissants » pour éviter ces incendies ; - trouver une « forme de bonne gouvernance » en associant davantage les ONG et les peuples autochtones pour « stopper le processus de déforestation industrialisée ».
Dimanche 25 août, dans une tribune publiée par l’hebdomadaire français le Journal du dimanche (JDD), la ministre de l'outre-mer, Annick Girardin, et des élus de Guyane, ont appelé à la création d’un fonds international contre les feux de forêt et pour le reboisement en Amazonie. Ce fonds international ne serait pas directement dépendant des États et ciblerait en premier lieu les acteurs locaux.
Les signataires exhortent également l’Union européenne à « doubler son fonds de développement interrégional dédié à la biodiversité et au développement de l’Amazonie ».
La ratification de l’accord UE/Mercosur dans la balance
Dans ce contexte, l’accord de libre-échange entre l’Union européenne et les pays du Mercosur a été remis en question par certains chefs d’État et de gouvernement.
Vendredi 23 août, le Premier ministre irlandais, Leo Varadkar, suivi du président français, Emmanuel Macron, ont menacé de s’opposer à l’accord de libre-échange entre l’UE et le Mercosur, conclu fin juin (EUROPE 12286/3), jugeant que le président brésilien, Jair Bolsonaro, a menti sur ses engagements climatiques pris au sommet du G20 à Osaka (EUROPE 12286/6).
Samedi 24 août, les deux pays ont été rejoints par le Luxembourg.
Une position que ne partagent toutefois pas l’Espagne, le Royaume-Uni ou encore l’Allemagne, Berlin jugeant que la « réponse (française et irlandaise) n’est pas appropriée à ce qui se passe actuellement au Brésil ». Pour sa part, le Premier ministre italien, Giuseppe Conte, est resté muet sur le sujet, tout entier centré sur la crise gouvernementale que connait son pays (EUROPE 12310/2).
Le président du Conseil européen, Donald Tusk, qui représentait également la Commission européenne en raison de l’absence de son président, Jean-Claude Juncker (EUROPE 12310/26), a également semblé menacer l’accord conclu.
« L'UE s'en tient à l'accord UE/Mercosur, mais une ratification harmonieuse est difficile à imaginer tant que le gouvernement brésilien autorise la destruction des poumons verts de la planète Terre ».
Lundi 26 août, la porte-parole de la Commission européenne, Mina Andreeva, a rappelé que l’accord de libre-échange ancre le Brésil à l'Accord de Paris sur le climat et prévoit, « pour la première fois », des engagements contraignants en matière de lutte contre le changement climatique (réduction de 37% des émissions nettes de gaz à effet de serre) et contre la déforestation illégale dans la partie brésilienne de l'Amazone.
« Ce ne sont pas juste des mots, mais ils existent en tant qu’obligation légale sur le papier, une fois l’accord entré en vigueur », a-t-elle insisté.
La situation en Amazonie inquiète la communauté internationale. Les feux de forêt, majoritairement provoqués par le défrichement par brûlis, ont augmenté de 83% depuis le début de l’année, par rapport à 2018 sur la même période. Entre janvier et août, 72 843 départs de feu ont été enregistrés dans le pays, contre 39 759 en 2018, selon des chiffres de l'Institut national de recherche spatiale du Brésil (INPE).
Afrique. Lundi 26 août, lors d'une conférence de presse aux côtés du président chilien Sebastián Piñera, dont le pays organisera la prochaine conférence onusienne sur le climat, M. Macron a indiqué qu'« une initiative similaire » était envisagée pour « l'Afrique, où la forêt brûle aussi », notamment « au Congo ». (Pascal Hansens)