Le dîner des Vingt-sept consacré à la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne n'a pas permis d'enregistrer, mercredi 17 octobre, de percée significative, faute de progrès suffisants préalables dans les négociations, notamment sur la question du filet de sécurité ('backstop') destiné à éviter le retour d'une frontière physique entre l'Irlande et l'Irlande du Nord.
Invitée à présenter sa vision des pourparlers en cours, le Premier ministre britannique, Madame Theresa May, a dressé un tableau positif de l’avancement des négociations, a estimé le chancelier autrichien, Sebastian Kurz, qui s’est exprimé brièvement à l’issue du dîner.
« Je dois honnêtement reconnaître: beaucoup de ce qui nous a été dit nous était connu. C'est positif, naturellement, qu'elle ait encore une fois de plus affirmé qu’elle voulait trouver une solution », a-t-il estimé.
D'après le Premier ministre finlandais, Juha Sipilä, la soirée aurait même été presque inutile, si son homologue irlandais n'avait pas clarifié les enjeux liés à la frontière irlandaise.
Pas de sommet supplémentaire à ce stade
Les Vingt-sept ont admis qu'un délai supplémentaire était nécessaire pour parvenir à un accord permettant une sortie ordonnée du Royaume-Uni. Toutefois, ils ont choisi de ne pas convoquer un sommet européen extraordinaire en novembre, initialement envisagé le week-end des 17 et 18 novembre.
Ce sommet additionnel sera convoqué si le négociateur en chef de l'UE, Michel Barnier, estime que des progrès suffisants sont atteints, ont expliqué plusieurs sources diplomatiques, mercredi soir.
Le Premier ministre suédois, Stefan Löfven, a posé comme condition à la tenue d'un sommet extraordinaire la nécessité d'avoir au préalable « un accord de principe » avec Londres. « On ne veut pas s’asseoir et négocier toute la nuit », a-t-il prévenu.
En attendant, M. Barnier, à qui les Vingt-sept ont renouvelé leur pleine confiance pour faire aboutir les négociations malgré les délais très courts, a été invité à poursuivre les travaux. Son mandat n’a pas été changé d'un iota: l'intégrité du marché intérieur doit être préservée et le filet de sécurité doit pouvoir être mis en place à moins qu'une solution meilleure voie le jour lors des négociations sur les relations futures entre l'UE et le Royaume-Uni post-Brexit.
Dans sa déclaration, Mme May aurait exprimé une certaine ouverture quant à la proposition lancée la veille par le négociateur en chef de l’UE d’étendre d’une année la période de transition jusqu’à fin 2021 pour permettre à Londres et à l’UE de trouver une solution pour l’Irlande du Nord, à la fois dans le ‘filet de sécurité’ et dans la solution visant à maintenir tout le Royaume-Uni dans le système de l’Union douanière.
« Nous avons réglé la plupart des points de l’accord de retrait. Il y a toujours la question du filet de sécurité pour l’Irlande du Nord, mais je pense que tout le monde autour de la table veut un accord. En travaillant intensivement, on peut atteindre cet accord », avait dit la conservatrice britannique à son arrivée.
Si on a besoin de quelques mois de plus, il faut voir, mais l'extension de la période de transition n'est pas en soi une solution, avait dit plus tôt un diplomate d'un État membre. Et de prévenir: si on va au-delà de 2020, il faudra se poser la question de la contribution britannique au cadre financier pluriannuel 2021-2027.
Reste que le discours de Mme May n’a pas apporté de « nouveauté majeure », selon les termes du président du Parlement européen, Antonio Tajani, présent lors de cette discussion.
Se préparer à un Brexit sans accord
Les Vingt-sept ont souligné qu’il convenait de continuer à se préparer activement au scénario d’un retrait britannique sans accord et, selon le Premier ministre néerlandais, Mark Rutte, ils ont demandé à la Commission de travailler « plus vigoureusement » sur un tel scenario.
M. Rutte a dit qu’un Brexit sans accord n’était pas souhaité, mais qu'il fallait continuer de s'y préparer. « Nous embauchons actuellement beaucoup de douaniers », a-t-il ajouté. (Solenn Paulic avec la rédaction)