*** PAUL J. J. WELFENS : An Accidental Brexit. New EU and Transatlantic Economic Perspectives. Palgrave Macmillan (Springer Nature, 17 Tiergartenstrasse, D-69121 Heidelberg, P. O. Box 105280, RFA. Tél. : (49-6221) 345-0 – fax : 345-4229 – Courriel : customerservice@springer.com – Internet : http://www.springer.com ). 2017, 447 p., 35,69 €. ISBN 978-3-319-58270-2.
Sur le plan économique, que signifiera et qu’impliquera le Brexit pour le Royaume-Uni, pour l’Allemagne et la France, pour tous les pays de l’Union européenne et, de manière beaucoup plus large, pour le monde entier ? Dans quelle mesure les retombées de cette ‘désertion’ britannique pourraient-elles s’avérer fâcheuses, voire potentiellement mortelles pour la zone euro ? Quelles sont les réformes qui sont urgemment requises au plan européen – ainsi que dans les Etats membres de l’Union – pour faire face tant que faire se peut au séisme que provoquera assurément le Brexit, mais aussi au tremblement de terre inouï et planétaire qu’a entraîné l’arrivée de Donald Trump à la Maison blanche ? Telles sont quelques-unes des questions auxquelles, dans ce livre à la fois flamboyant et rigoureux, le président de l’Institut européen des Relations internationales de l’Université de Wuppertal apporte des réponses qui, additionnées, composent un acte d’accusation tout à fait implacable pour les irresponsables politiques responsables de ce que l’un de ses collègues, Harold James (Université Princeton), n’hésite pas à qualifier de « pire erreur délibérée de politique économique depuis la Grande Dépression ».
Paul Welfens n’a pas de mots assez durs pour stigmatiser le gouvernement Cameron. Il cite à la barre Sir Francis Bacon qui, au 16ème siècle déjà, invitait ses contemporains à n’agir qu’après avoir « attentivement observé les faits et la réalité », soit tout l’inverse de l’attitude adoptée par l’équipe ministérielle dirigée par David Cameron qui, elle, a préféré cacher les éléments essentiels d’une étude du Trésor britannique relative aux bénéfices à long terme de la présence du Royaume-Uni au sein de l’Union européenne et aux coûts d’un Brexit potentiel. Dans la brochure qui a été adressée à tous les citoyens britanniques avant le référendum du 23 juin 2016, les conservateurs au pouvoir n’ont-ils pas caché l’information cruciale qu’opter pour le Brexit leur vaudrait « une perte de revenus de 10% », accuse l’auteur ? Or, le savoir aurait à l’évidence conduit 52% d’entre-eux à se prononcer pour un maintien du pays dans l’Union, ce qui, aux yeux de Paul Welfens, réduit à néant la légitimité du vote majoritairement exprimé : « Il peut être argué qu’un référendum désordonné ne devrait pas être la base d’un changement politique historique », assène-t-il avec raison en considérant que Westminster aurait dès lors les meilleures raisons de revenir in fine sur le « résultat fallacieux » incarné par une « majorité artificielle ».
L’acte d’accusation établi par l’économiste allemand a toutefois une portée beaucoup plus large. Ainsi, celui-ci s’emploie à cerner de manière précises quelles seront les conséquences macroéconomiques du choix opéré par les Britanniques à moyen terme pour leur pays (sans surprise, elles seront négatives), mais aussi les impacts qui en découleront pour les Etats-Unis et pour l’Europe. Concernant les premiers, l’auteur constate qu’ils ne seront pas seulement problématiques en raison du Brexit en soi, mais bien des politiques privilégiées par l’administration Trump qui contredisent 70 ans d’histoire américaine, ramenant quasiment ce pays – et, partant, le monde – au temps du « Mercantilisme », à savoir cette « idéologie politico-économique du début du XVIIIe siècle qui a conduit à des conflits internationaux à travers l’obsession de nombreux pays à réaliser un excédent courant qui, bien sûr, est logiquement impossible » – ce qui témoigne également du fait que la liberté de penser de cette personnalité académique allemande n’épargne pas même… l’Allemagne de Merkel. L’ouvrage comporte aussi de nombreuses suggestions quant aux réformes auxquelles l’Union européenne doit impérativement se résigner si elle refuse de sombrer, l’auteur plaidant notamment de manière vibrante pour un aménagement profond de la zone euro afin que celle-ci, entre autres, devienne également une zone monétaire optimale. Le Brexit, la présidence de Donald Trump et la montée en puissance de la Chine lui interdisent, ajoute-t-il, tout attentisme en matière de réformes.
Dans ses conclusions, Paul Welfens revient encore sur la question des référendums nationaux de nature européenne, préconisant que la Commission formule des propositions afin qu’ils puissent à l’avenir garantir des exigences minimales de qualité des informations transmises alors aux citoyens. Il n’a pas tort, mais là n’est pas l’essentiel : c’est l’actuel droit de veto référendaire national qui est à proscrire à l’avenir puisque celui-ci fait que le citoyen européen d’un Etat membre n’est pas égal aux citoyens européens des autres Etats membres. Il faudrait plutôt ouvrir la voie à de véritables référendums ‘européens’ ayant cours dans tous les pays membres de l’Union ou de la zone euro. La seule possibilité de tenir un référendum national ‘européen’ ne pourrait alors plus porter que sur l’éventuelle sortie du pays. Sur ce plan et sous cet angle, le Royaume-Uni est irréprochable.
Michel Theys
*** SEAN VAN RAEPENBUSCH : Le contrôle juridictionnel dans l’Union européenne. Editions de l’Université de Bruxelles (26 av. Paul Héger, B-1000 Bruxelles. Tél. : (32-2) 6503799 – fax : 6503794 – Courriel : editions@ulb.ac.be – Internet : http://www.editions-universit é-bruxelles.be). Collection J. Mégret. 2018, 176 p., 70 €. ISBN 978-2-8004-1634-2.
Piétiné au cœur même de l’Union, l’état de droit, valeur européenne qu’on pensait jadis acquise aux Vingt-huit, n’a sans doute jamais fait couler autant d’encre. Derrière un bras de fer devenu politique, opposant la Commission européenne aux gouvernements polonais, hongrois, roumain – et, en filigranes, l’Europe des libertés à la tentation illibérale –, reste, comme le rappelle Sean Van Raepenbusch, la réalité juridique : « L’Union est fondée sur l’Etat de droit ». L’ancien président du Tribunal de la fonction publique de l’Union européenne décortique, sur 400 pages, le système « très complet » dont s’est dotée notre Union pour s’assurer que « ni ses Etats membres ni ses institutions n’échappent au contrôle de la conformité de leurs actes à la charte constitutionnelle de base que constituent les traités ». Plus qu’une valeur, l’état de droit apparaît alors comme une condition sine qua none de l’existence même de l’Union, au sens d’Etats unis dans le respect des mêmes règles. L’auteur de cet ouvrage présente le rôle de la Cour de justice de l’Union européenne (partie I), les principes qui régissent sa composition, son fonctionnement et ses compétences (partie II et III), ainsi que la procédure (partie IV) et les voies de recours (partie V) devant le juge de l’Union.
Ce deuxième volume de la grande matière « ordre juridique de l'Union et contentieux européen » aurait été, à une autre époque, relégué dans les coins obscurs des bibliothèques des seuls praticiens du droit. La justice européenne en est toutefois arrivée à pallier la frilosité des Etats membres et les échecs des tentatives de la Commission pour empêcher Varsovie de bafouer l’état de droit et la séparation des pouvoirs. Interrogée par la Haute Cour irlandaise dans le cadre d’un renvoi préjudiciel – concept longuement développé dans ce livre –, la Cour de justice de l’Union a porté un coup majeur aux réformes judiciaires controversées des conservateurs polonais du PiS, en reconnaissant le droit des autres Etats membres de refuser l’exécution d’un mandat d’arrêt européen émis par un système judiciaire qu’ils estiment dépouillé de son indépendance. Ce sera aux tribunaux nationaux d’évaluer la justice polonaise et de trancher cette question délicate. Le livre de Sean Van Raepenbusch explique qu’il s’agit d’une « caractéristique majeure du système juridictionnel de l’Union », à savoir que « les juridictions nationales détiennent la compétence de droit commun pour faire respecter le droit » européen. Et c’est bien là que le bât blesse car, comme la Commission, gardienne des traités, n’a cessé de le répéter à qui veut bien l’entendre, une justice polonaise politisée ouvre une brèche dans la toile de systèmes européens tissée pour préserver l’Union, ses valeurs fondamentales et sa législation. (MU)
*** SUSANNA VERNI, ANTONIS KONTIS (sous la dir. de) : L’intégration européenne. Les crises multiples et les défis du futur : volume honorifique pour Panagiotis Ioakimidis. Editions Papazisi (2 rue Nikitara, GR-10678 Athènes. Tél. : (30-210) 3822496 – fax : 3809020 – Courriel : papazisi@otenet.gr – Internet : http://www.papazisi.gr ). 2018, 872 p., 53 €. ISBN 978-960-02-3355-1 .
Dans ce volume, quarante-et-un membres éminents de la communauté scientifique grecque d'études européennes rendent hommage à Panagiotis Ioakimidis, visionnaire lucide et militant infatigable au service d'une Europe unie. Quatre décennies durant, en sa qualité de professeur à la Faculté de science politique et d’administration publique à l’Université d’Athènes mais aussi comme ambassadeur, cet intellectuel a très activement contribué à la formulation d'une stratégie nationale et à la formation éclairée de citoyens européens en Grèce. Placées sous la direction de Susana Verni et Antonis Kontis, qui enseignent eux aussi à l’Université d’Athènes, les personnalités qui lui rendent hommage au fil de ces pages se concentrent sur la phase particulièrement critique que l'intégration européenne a traversée ces dernières années. La première partie du livre en voit analyser des multiples crises qui affectent l'Union européenne aujourd'hui, comme le Brexit, l'immigration, le terrorisme ou l'euroscepticisme… Les trois sections suivantes portent sur différents défis spécifiques de l'intégration européenne au cours de la période actuelle, qu’ils soient institutionnels (par exemple, la souveraineté et la gestion des crises, les nouvelles formes de gouvernance), économiques (par exemple, le modèle social européen menacé, l'aggravation des disparités régionales…) et externes (par exemple, l’action de l'Union sur la scène internationale, les relations bilatérales, l’élargissement et voisinage). Enfin, e dernière section du livre voit des experts examiner la question de l'européanisation de la Grèce et de l'évolution de ce processus pendant la crise. Le tout compose, au-delà de l’hommage ainsi rendu, un guide essentiel pour comprendre les multiples dilemmes auxquels l'Union européenne se trouve confrontée aujourd'hui, ainsi que les perspectives d'avenir du processus d'intégration qui se dessinent. (AKa)
*** Futuribles. L’anticipation au service de l’action. Futuribles Sarl (47 rue de Babylone, F-75007 Paris. Tél. : (33-1) 53633770 – fax : 42226554 – Courriel : revue@futuribles.com – Internet : http://www.futuribles.com ). Septembre-octobre 2018, n° 426, 128 p., 22 €. Abonnement annuel : 115 €. ISBN 978-2-84387-439-0.
Ce numéro de la revue française de prospective que dirige Hugues de Jouvenel attire l’attention sur trois sujets appelés à s’avérer déterminants pour l’avenir, à savoir : i) l’intelligence artificielle, manifestement « porteuse d’opportunités et de risques sans précédents » ; ii) l’implication des entreprises dans la fabrique du bien commun ; iii) la montée des populismes partout dans le monde, l’Union européenne n’échappant pas à ce phénomène. Sur ce dernier thème, Henri Wallard, directeur général d’Ipsos, inaugure une coopération entre Futuribles et cette entreprise de sondages en s’employant à préciser les profils différents que recouvre ce qui est devenu un « mot-valise recouvrant des contenus très divers ». Après avoir discerné des « traits communs » des populismes (qui mobilisent en particulier « les électorats les plus pessimistes pour leur avenir et inquiets du déclassement », mais pas seulement, la dimension identitaire exerçant aussi une influence déterminante), cet expert montre qu’il n’y a pas de « populisme homogène en Europe » (et, précise-t-il aussitôt, encore moins au plan mondial) à la lumière des thèmes de prédilection des populistes d’Italie (« la rhétorique antimigrants »), des Etats-Unis (où Donald Trump aurait surtout profité de réflexes identitaires et nativistes ayant émané des « électeurs les plus hostiles aux migrants et les plus enclins à se sentir dépossédés de leur identité ») et du Royaume-Uni où se sont manifesté des réflexes identiques mais où le ‘populisme’ ne peut expliquer à lui seul le Brexit. Par-delà leur diversité, les populismes n’en sont pas moins, selon Henri Wallard, une menace dont on peut espérer la disparition du simple fait d’une embellie économique. D’autre part, dans sa traditionnelle « Tribune européenne », Jean-François Drevet laisse entendre que les gouvernements nationaux contribuent à l’essor des populismes au sein de l’Union en ce que l’Europe est « malade de ses Etats membres ». Lutter contre le dumping fiscal et gérer l’immigration illégale et le protectionnisme au niveau européen serait, fait valoir cet ancien fonctionnaire de la Commission, plus efficace qu’au plan national, ce qui ne manquerait pas de couper l’herbe sous les pieds des populistes et autres extrémistes. (MT)
*** The Federalist Debate. Papers on Federalism in Europe and the World. The Einstein Center for International Studies (26 via Schina, I-10144 Torino. Tél./fax : (+39-011) 4732843 – Courriel : info@federalist-debate.org – Internet : http://www.federalist-debate.org ). 2018, n° 1, 64 p.. Abonnement annuel : 15 € / Internet : 8 €.
Ce numéro d’une revue fédéraliste bien connue s’intéresse à diverses questions, de la taxe carbone (dans leur éditorial, Alberto Majocchi et Antonio Padoa-Schioppa la jugent indispensable pour assurer « un avenir plus brillant » à l’Union et au monde) à l’Europe de la défense (on y trouve le texte d’un discours prononcé par la Haute-Représentante Federica Mogherini devant l’Agence européenne de défense) en passant entre autres par le budget européen, la crise de la social-démocratie européenne, la mondialisation et le rôle stabilisateur que pourrait y jouer l’Union, le fédéralisme européen confronté au mouvement d’indépendance en Catalogne et les legs d’Altiero Spinelli, Albert Camus et Peter Sutherland. A noter aussi l’opinion argumentée de Bruno Boissière selon laquelle Jean-Claude Juncker a eu raison de juger le Parlement européen « ridicule » pour avoir boudé l’hémicycle lors de la présentation des résultats de la présidence maltaise du Conseil. (PBo)