Les ministres des Finances des États membres de l'UE ont débattu, vendredi 7 septembre à Vienne, de l'avenir de la Banque européenne d'investissement (BEI) qui fête ses 60 ans cette année.
Consacré à la place de la Banque de l'UE dans le financement de l'économie européenne, ce débat a aussi permis de mettre en lumière le fait que les États membres sont peu enthousiastes à l'idée d'introduire une supervision spécifique des activités de la BEI. L'Allemagne, qui pousse en ce sens, apparaît isolée sur cette question qu'a posée la Présidence autrichienne du Conseil de l'UE aux autres ministres européens des Finances, lors de leur réunion informelle.
« Il n'y a aucune banque nationale de développement soumise à un tel système de supervision », a fait valoir un expert lundi 10 septembre. Selon lui, on ne peut pas comparer les banques de développement avec les banques commerciales, qui sont soumises à un contrôle prudentiel.
Impact du Brexit sur le capital de la BEI. L'évolution du capital de la BEI ne figurait pas officiellement à l'ordre du jour de la réunion ministérielle informelle de Vienne. Néanmoins, liée au retrait du Royaume-Uni de l'Union européenne, elle plane sur les discussions en cours liées à l'avenir de la Banque, une décision devant être prise avant que le Brexit soit effectif fin mars 2019.
Comme pour l'Allemagne, la France et l'Italie, la part du Royaume-Uni dans le capital souscrit de la BEI est de 39,2 milliards d'euros (dont 3,5 milliards de capital versé).
Pour pallier le retrait britannique, le scénario sur la table discuté au sein de la BEI avant l'été consiste à maintenir l'équilibre actuel en termes d'actionnariat en puisant dans les réserves de la Banque de l'UE plutôt qu'en faisant appel à de nouveaux fonds propres auprès des États membres.
Mais la Pologne a indiqué son souhait d'accroître sa part dans le capital souscrit de la BEI, afin notamment de refléter l'augmentation de son poids relatif dans l'économie depuis son adhésion à l'Union européenne. Varsovie figure actuellement en onzième position dans le classement des pays actionnaires de la Banque par ordre d'importance avec un capital souscrit un peu supérieur à 5 milliards d'euros.
InvestEU. Autre chantier d'importance pour la BEI : la création du fonds InvestEU après 2020 (EUROPE 12035). Sur ce point, la Banque de l'UE craint d'être moins impliquée dans la gestion au quotidien du futur fonds qui s'inspire du succès du Fonds européen pour les investissements stratégiques (FEIS), le bras financier du plan 'Juncker' d'investissement, dont la gestion a été confiée à la BEI.
La BEI est d'avis que les discussions de vendredi ont favorisé une prise de conscience des États membres du fait que la gouvernance d'InvestEU ne devrait pas être trop éloignée du modèle ayant fait ses preuves avec le plan 'Juncker'. Elle souligne sa capacité à garantir une couverture géographique étendue des interventions soutenues par le FEIS, contrairement à un modèle où les banques nationales de développement monteraient en puissance. (Mathieu Bion avec Lucas Tripoteau)