L’ancien président séparatiste de la Generalitat de Catalogne, Carles Puigdemont, n’a pas mâché ses mots face au silence de l’Union sur la crise catalane, lors d’une conférence de presse à la Délégation de la Catalogne auprès de l’UE, samedi 28 juillet, à l’occasion de son retour d’Allemagne, où il a été détenu pendant quatre mois (EUROPE 12070).
Interrogé par la presse sur l’attitude des institutions européennes à l’égard de l’indépendance catalane, l’ancien leader n’a en effet pas caché son amertume : « je suis très déçu par la réaction des leaders de l’Union européenne, non pas tant à cause de leur opinion quant à l’indépendance catalane que par leur silence face à la violation des droits fondamentaux ». Et de rappeler que la demande des indépendantistes est avant tout une demande « en faveur de la démocratie ». « L’Europe n’est pas seulement une construction faite par des États, les politiques, les hommes politiques... elle est également construite par les citoyens », a insisté l’homme politique de centre droit.
Même lorsque la crise était au plus fort (EUROPE 11880), la Commission européenne s’est toujours gardée de faire des déclarations – à l’exception de propos controversés de son président, Jean-Claude Juncker, lors d’une interview sur Euronews (EUROPE 11863) -, se bornant à la doctrine dite « Prodi », selon laquelle toute déclaration d’indépendance doit se faire conformément au cadre constitutionnel de l’État membre concerné.
Pour rappel, la déclaration unilatérale d’indépendance « différée » d’octobre 2017 a été rejetée par la Cour constitutionnelle espagnole (EUROPE 11900) et invalidée par la Commission de Venise (EUROPE 11870).
Internationalisation de la lutte
Qu’à cela ne tienne, durant son intervention, M. Puigdemont a expliqué que ce retour constituait, non pas la fin, mais le début de son combat pour l’indépendance catalane. « Je vais continuer mon voyage en Europe. Je vais voyager pour défendre la cause juste des Catalans, la démocratie, les libertés, l’autodétermination », a martelé le séparatiste, pour qui la libération des femmes et hommes politiques pro-indépendance incarcérés en Espagne est également une priorité. « Moi, je suis un Européen libre, pas seulement dans l’UE, dans le monde… sauf en Espagne (…). Et donc, je vais agir dans le cadre de cette liberté que me donne l’UE de parler, me déplacer, et je vais agir comme un homme libre, avec mes idées politiques, mes devoirs, sans avoir besoin de demander l’asile ».
Un premier calendrier a été dessiné par l’homme politique : le 11 septembre, date de la fête de la Catalogne, et le 1er octobre, à l’occasion du premier anniversaire du vote référendaire catalan. Le 4 septembre sera aussi une date attendue de pied ferme par M. Puigdemont : le juge du Tribunal suprême, Pablo Llarena, qui instruit le dossier des indépendantistes catalans et contre qui M. Puigdemont a déposé une plainte pour partialité et obstination, est convoqué par un tribunal belge, bien que la convocation ne soit pas contraignante. (Pascal Hansen et Sophie Petitjean)