La porte-parole du Service européen pour l’action extérieure (SEAE) a dénoncé, lundi 30 juillet, les circonstances dans lesquelles se sont tenues les élections générales de la veille, au Cambodge, estimant que les résultats du scrutin manquaient de crédibilité.
Le parti du Premier ministre, Hun Sen, au pouvoir depuis 33 ans, a annoncé, le 30 juillet, avoir « remporté l'ensemble des sièges » au Parlement, alors que la principale force d'opposition - le Parti du sauvetage national du Cambodge (CNRP) - a été dissoute l'an dernier.
« L'absence d'une véritable compétition électorale et d'un processus politique inclusif fait que les élections du 29 juillet ne sont pas représentatives de la volonté démocratique de l'électorat cambodgien et, par conséquent, leurs résultats manquent de crédibilité », a souligné la porte-parole du SEAE dans un communiqué. Selon elle, les élections se sont déroulées dans « un climat politique très restrictif ».
Depuis plusieurs mois, les autorités cambodgiennes utilisent le système judiciaire du pays et d'autres formes de pression pour restreindre l'espace réservé à l'opposition politique, à la critique et à la dissidence, y compris de la société civile, a rappelé la porte-parole. Elle a souligné que cela avait abouti à la dissolution forcée du Parti du sauvetage national du Cambodge, à l'arrestation et à la détention prolongée de son chef, Kem Sokha, et à l'interdiction d'activité politique pendant cinq ans de 118 membres du CNRP (EUROPE 11907). « La liberté et l'indépendance des médias ont été sévèrement restreintes », a condamné la porte-parole, alors qu’en février, le Conseil 'Affaires étrangères' avait prévenu : « nul processus électoral n'est légitime lorsque le principal parti d'opposition en a été arbitrairement exclu » (EUROPE 11969).
La porte-parole du SEAE a rappelé que, dans ce contexte, l'UE avait refusé d'observer ces élections et suspendu son aide financière à la Commission électorale nationale cambodgienne.
« L'UE attend des autorités cambodgiennes qu'elles rétablissent la démocratie, engagent un dialogue avec l'opposition et créent des conditions propices au libre débat politique et à la concurrence », a prévenu la porte-parole. Elle a précisé que les médias et la société civile, y compris les défenseurs des droits de l'homme et des droits des travailleurs, devaient pouvoir exercer librement leurs droits sans restrictions injustifiées. Selon la porte-parole, l’Union est prête à contribuer « activement » à cet effort.
Le 26 février, le Conseil avait menacé le Cambodge de sanctions si la situation ne s’améliorait pas et le 12 juillet, la Commission européenne avait averti que le retrait des préférences commerciales de l'UE à l'économie cambodgienne au titre du régime 'Tout sauf les armes' (TSA) n'était pas exclu (EUROPE 12061). (Camille-Cerise Gessant)