Les chefs d'État et de gouvernement de l'UE devront montrer un front uni, lors de leur réunion en amont du sommet UE/Balkans, le 17 mai à Sofia, sur les questions du retrait des États-Unis de l'accord nucléaire iranien et de l'impact économique extraterritorial des sanctions américaines contre Téhéran, ainsi que sur le dossier brûlant des relations commerciales transatlantiques.
« Les politiques du président américain, Donal Trump, sur l'accord sur le nucléaire iranien et sur le commerce vont rencontrer une approche européenne unie », a assuré le président du Conseil européen, Donald Tusk, sur son compte Twitter, mardi 8 mai.
Les dirigeants européens aborderont ces questions lors d'un dîner informel, dans la soirée du mercredi 16 mai.
La décision de M. Trump du retrait de l'accord signé en 2015 entre l'Allemagne, la France, le Royaume-Uni, les États-Unis, la Chine, la Russie et l'Iran - le plan d'action global conjoint (JCPOA) pour mettre fin aux ambitions nucléaires de l'Iran en échange d'une levée progressive des sanctions touchant l'économie iranienne - aura un impact important sur les entreprises américaines et européennes qui ont repris le commerce avec l'Iran, en particulier les avionneurs américain Boeing et européen Airbus ainsi que des constructeurs automobiles comme l'allemand Volkswagen et le franco-japonais Renault-Nissan.
En effet, l'administration américaine attend que les entreprises européennes se conforment au rétablissement des sanctions. Le conseiller américain à la sécurité nationale, John Bolton, a fait savoir que le rétablissement des sanctions américaines avait un effet immédiat pour les nouveaux contrats et un délai de sortie de quelques mois pour les entreprises déjà engagées dans le pays.
L'ambassadeur des États-Unis en Allemagne a ainsi demandé mardi que les entreprises du pays cessent immédiatement leurs activités en Iran.
La France a prévenu, par la voix du service de presse son président, Emmanuel Macron, que les Européens allaient « tout faire pour protéger les intérêts » de leurs entreprises en Iran « en intervenant auprès de l’administration américaine » au niveau de l'UE.
Son ministre de l’Économie, Bruno Le Maire, a jugé « inacceptable » que les États-Unis se placent en « gendarme économique de la planète » et dénoncé une « erreur » sur le plan économique et celui de la sécurité internationale, soulignant que la France a multiplié par trois son excédent commercial avec l’Iran depuis 2015. Cette décision « va poser des difficultés à toutes les entreprises européennes qui ont des difficultés économiques considérables. Mais plus important encore que le problème économique, c’est le problème de principe, d’avoir des sanctions extraterritoriales », a-t-il insisté.
« La décision de M. Trump de ne pas renouveler les dérogations aux principales sanctions américaines à l'encontre de l'Iran risque de créer une instabilité politique et économique dans la région et au-delà », a déploré de son côté l'association des entreprises européennes, BusinessEurope, ajoutant qu'il n'était, à ce stade, pas facile de quantifier l'impact sur le secteur européen des entreprises, mais appelant l'UE et ses pays membres à aider les entreprises à faire face à l'incertitude actuelle.
Brouille commerciale. L'UE est déjà mise à l'épreuve au plan économique dans la brouille sur le commerce transatlantique qui l'oppose à M. Trump, alimentée par le relèvement unilatéral des droits de douane américains contre les importations d'acier et d'aluminium, dont l'UE exige d'être exemptée de manière permanente avant d'engager des discussions sur d'autres questions.
Les discussions se poursuivent entre la Commission européenne et l'administration américaine dans le cadre du processus de dialogue ouvert le 21 mars par la commissaire au Commerce, Cecilia Malmström, et le secrétaire américain au Commerce, Wilbur Ross, nous a confié une source proche du dossier, mercredi 9 mai. Un processus qui n'a cependant débouché sur rien de concret à ce stade.
Toutefois, de leur côté, les grands États membres peinent à accorder leurs violons sur le message à donner à Washington. Tandis que la France se fait clairement l'écho de la Commission, l'Allemagne et l'Italie ne cachent pas leur souhait d'un accord plus large incluant un abaissement tarifaire sur certains produits et mettant de côté les questions les plus épineuses des négociations TTIP, au point mort depuis le départ du prédécesseur de M. Trump à la Maison-Blanche, Barack Obama (EUROPE 12015).
Plusieurs dirigeants européens ont souligné, lors du Conseil européen du 23 mars, qu'ils ne souhaitaient pas de pourparlers avec les États-Unis en vue d'un accord commercial 'TTIP-light' qui inclurait le seul traitement des barrières tarifaires (EUROPE 11989).
Les Vingt-huit ont en revanche affiché jusqu'à présent une certaine unité concernant le paquet, préparé par la Commission, de contre-mesures à l'imposition éventuelle des taxes américaines, compatibles avec les règles de l'OMC, prévoyant notamment des droits de douane sur des exportations américaines à hauteur de 2,8 milliards d'euros (EUROPE 11983). (Emmanuel Hagry)