« L’accord conclu cette nuit constitue un nouveau départ pour l’Europe », a assuré, vendredi 12 janvier, le président du parti social-démocrate (SPD), Martin Schulz, à l’issue des négociations avec le parti chrétien-démocrate (CDU) d’Angela Merkel et son parti frère de Bavière (CSU) de Horst Seehofer pour préparer un gouvernement allemand de coalition.
Ce compromis doit encore être validé par le congrès du SPD le 21 janvier, avant le début des négociations à proprement parler. Le contrat de gouvernement devra ensuite être à son tour validé par les militants SPD. L’objectif est d’avoir un gouvernement à Pâques.
L’Europe occupe tout le premier chapitre du compromis présenté vendredi matin, à l’issue d’un dernier marathon de négociations. « Nous voulons renforcer l’Union européenne financièrement » lors de la préparation du cadre financier post-2020, annonce ce document (EUROPE 11936). Avec notamment une augmentation de la contribution allemande au budget de l'UE à la clef.
« Nous soutenons la mise en place de ressources budgétaires spécifiques pour la stabilisation économique et la convergence sociale ainsi que pour soutenir les réformes structurelles dans la zone euro, qui pourraient constituer le point de départ d'un futur budget d'investissement », poursuit-il.
Les futurs partenaires souhaitent « développer davantage le Mécanisme européen de stabilité pour en faire un Fonds monétaire européen contrôlé par le Parlement ». En revanche, le compromis ne dit rien à propos de la création d'un éventuel poste de ministre européen des Finances, qui résulterait de la fusion des fonctions de commissaire européen aux Affaires économiques et financières et de président de l'Eurogroupe (EUROPE 11920).
Les futurs partenaires mettent en outre l’accent sur la coordination économique, la justice sociale et la lutte contre la fraude fiscale. Le compromis soutient notamment la mise en place rapide d’une assiette commune pour l'imposition des sociétés et d’une « imposition équitable des grandes entreprises, en particulier les sociétés Internet Google, Apple, Facebook et Amazon ».
Insistant ensuite sur la lutte contre le dumping social, les futurs partenaires souhaitent renforcer « le principe de l'égalité de rémunération pour un travail égal en un même lieu, dans le cadre d'un pacte social ». Et ils plaident pour « une meilleure coordination de la politique du marché du travail ».
Frein à l'accueil des réfugiés
Au centre de la campagne électorale de septembre dernier, la question de l’immigration a, cette fois, été mise en sourdine lors de la conférence de presse des trois négociateurs.
En revanche, le compromis confirme bien le frein mis à l’accueil des réfugiés, en réponse à l'entrée du parti d'extrême droite AfD au Bundestag. Il fixe un solde de 180 000 à 220 000 réfugiés par an en Allemagne. Seuls 1000 réfugiés avec une protection subsidiaire pourront exercer leur droit au regroupement familial chaque année. À l’inverse, l’accord prévoit un moratoire sur la prise en charge annuelle par l’Allemagne de 1000 réfugiés actuellement en Grèce et Italie.
« Nous sommes déterminés à ce que l’Allemagne pèse de tout son poids économique et politique en faveur du grand projet européen », a commenté Martin Schulz devant la presse. « Une Europe forte est dans l’intérêt d’une Allemagne forte », a-t-il ajouté, alors qu'il aura fort à faire pour convaincre la base du parti social-démocrate de participer à une nouvelle coalition gouvernementale. La chancelière, Angela Merkel, et Horst Seehofer sont, en revanche, restés silencieux devant la presse sur la question européenne.
Satisfecit au niveau européen
Depuis Sofia, où la Commission européenne a rencontré vendredi la Présidence bulgare du Conseil de l'UE (voir autres nouvelles), le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, s'est dit « complètement satisfait » de l'accord trouvé entre les conservateurs et les sociaux-démocrates allemands. « C'est une contribution positive, constructive, orientée vers le futur », a-t-il considéré. Pour le Premier ministre bulgare, Boïko Borissov, « l'Allemagne est l'un des moteurs de l'UE et la stabilité allemande a un impact sur l'ensemble de l'UE ».
Depuis Paris, le président français, Emmanuel Macron, a considéré que les termes de l'accord provisoire étaient « plus favorables au projet européen » que les précédents projets d'accord. « J'y vois la marque d'une plus grande avancée sur les sujets européens que je porte et que j'ai défendus », a-t-il ajouté.
Les propositions du président français sur l'avenir de l'UE, notamment sur la réforme de la zone euro, exposées fin septembre lors de son discours de la Sorbonne (EUROPE 11870), sont plus susceptibles de rencontrer un écho positif au sein d'un gouvernement allemand auquel participent les sociaux-démocrates. Un temps pressentis pour gouverner avec la CDU, les libéraux allemands du parti FDP sont en effet plus frileux sur la relance économique par l'investissement ou la création d'une capacité budgétaire propre à la zone euro. (Nathalie Steiwer avec Mathieu Bion)