Répondant aux menaces de représailles de la Malaise qui redoute une future interdiction de l'huile de palme dans l'UE, la Commission européenne a assuré, vendredi 12 janvier, que sa proposition de nouveau régime communautaire pour les biocarburants, actuellement examinée au Conseil de l'UE et au Parlement européen, est conforme aux engagements de l'UE à l'égard des règles de l'OMC.
« Dans le cadre de la refonte de la directive sur les énergies renouvelables, la Commission propose de réduire de près de 50 % la part du biodiesel issu de denrées alimentaires dans l'objectif de l'UE en matière de renouvelables à l'horizon 2030 et que les États membres puissent réduire l'utilisation du biodiesel issu des cultures oléagineuses en raison du changement indirect d'affectation des sols », explique une source proche à la Commission.
« L'UE vise à réduire l'empreinte carbone du secteur des transports. Le changement indirect d'affectation des terres est une préoccupation majeure de la Commission et nécessite que l'UE modifie sa politique en matière de biocarburants en limitant la contribution des biocarburants conventionnels. La proposition de la Commission pour la refonte de la directive 'énergies renouvelables' est conforme aux engagements de l'UE dans les règles de l'OMC », assure-t-elle.
L'UE est « consciente de l'importance cruciale » de l'huile de palme pour la Malaisie et ce produit ne fera pas partie de leurs négociations pour un accord de libre-échange, suspendues depuis 2012, si elles reprennent, ajoute cette source, précisant que les deux parties « continuent d'échanger leurs points de vue afin de mieux comprendre leurs intérêts et préoccupations » sur ce dossier.
Cette semaine, le ministre malaisien des Industries de plantation et des produits de base, Mah Siew Keong, a averti que la Malaisie, l'Indonésie (qui représentent à elles deux 85 % de la production mondiale d'huile de palme) et la Thaïlande étaient prêtes à riposter contre une future interdiction de l'huile de palme dans l'UE, largement défendue au Parlement européen.
Dénonçant un 'apartheid' des cultures agricoles dans la politique commerciale mondiale, selon le média malaisien New Straits Times, M. Mah a averti qu'une interdiction européenne de l'huile de palme porterait atteinte aux règles de l'OMC et compromettrait les pourparlers de libre-échange UE/Malaisie.
« Si ces campagnes de haine et cette politique discriminatoire contre l'huile de palme devaient se poursuivre, nous pourrions aussi riposter. La Malaisie, l'Indonésie et la Thaïlande sont collectivement de gros acheteurs de produits de l'UE », a prévenu M. Mah, appelant l'Europe à cesser de discriminer l'huile de palme en faveur de son propre secteur du colza et du tournesol.
« Le revenu quotidien des 650 000 petits agriculteurs malaisiens et leurs moyens d'existence sont entravés par les barrières commerciales mises en place par les pays développés sous prétexte de protéger l'environnement », a ajouté le ministre malaisien.
La proposition initiale de la Commission de refonte de la directive 'renouvelables' propose de réduire de 7 % à 3,8 % la part des biocarburants de première génération dans les transports, d'ici 2030.
Le Parlement européen doit se prononcer en plénière sur ce texte le 17 janvier. Lors du vote conjoint de ses commissions de l'énergie et de l'environnement, les eurodéputés se sont prononcés pour l'élimination complète des biocarburants de première génération à l'horizon 2030 (EUROPE 11914).
Dans un compromis en vue du vote, les grands groupes politiques - PPE, S&D et ADLE - sont prêts à soutenir une interdiction de l'huile de palme dans les transports à partir de 2021.
Au Conseil de l'UE, qui a arrêté le 18 décembre 2017 sa position sur la refonte de la directive 'renouvelables' (EUROPE 11929), certains États membres, dont la France, sont pour une interdiction de l'huile de palme et ont déjà pris des mesures pour limiter sa part dans la production de biocarburants.
Dans une tribune publiée vendredi par le média français Mediapart, M. Mah a appelé la France à changer d'approche sur l'huile de palme.
« Le ministre français de l'Environnement, Nicolas Hulot, affirme vouloir bannir l’huile de palme, en particulier dans les biocarburants. Si une mesure en ce sens devait être soutenue par le ministre dans le cadre du débat sur la directive 'renouvelables', il pourrait s’agir d’une erreur stratégique de la France pouvant nuire à ses intérêts économiques de long terme », a prévenu M. Mah.
« Les enjeux environnementaux doivent être pris en compte et ils le sont. Mais au lieu de susciter de nouvelles taxes préjudiciables à tous, ces préoccupations devraient être abordées dans un esprit de coopération », a ajouté M. Mah, précisant que son ministère préparait une norme nationale pour l’huile de palme durable s'inspirant des meilleures pratiques internationales. (Emmanuel Hagry)