Le Premier ministre bulgare, Boïko Borissov, et la ministre bulgare des Affaires étrangères, Ekaterina Zakharieva, ont estimé que l’Union européenne devait s’investir dans les Balkans occidentaux, au risque de voir d’autres pays y prendre leur place, jeudi 11 et vendredi 12 janvier à Sofia devant des médias européens dont EUROPE.
« Si nous ne sommes pas présents dans les Balkans, d’autres viendront. Il n’y aura pas de vide » (vaccum), a prévenu Mme Zakharieva. Selon elle, l’UE devrait montrer son soutien politique et affirmer que la porte de l'Union sera ouverte pour l'adhésion des pays des Balkans occidentaux (Albanie, Ancienne République yougoslave de Macédoine, Bosnie-Herzégovine, Kosovo, Monténégro et Serbie) lorsqu'ils seront prêts. La ministre, rappelant que l’UE aidait ces pays notamment via les fonds européens de pré-adhésion, a estimé qu’il était « important d’être impliqué politiquement et pas seulement de payer la facture ».
M. Borissov a, quant à lui, constaté que l'intérêt de la Chine pour la région grandissait. La Turquie est aussi intéressée et la Russie utilise l’orthodoxie pour jouer un rôle dans les Balkans occidentaux, a-t-il insisté. C'est pourquoi, nous devons offrir aux Balkans « une perspective, faute de quoi le fruit sera vraiment amer pour nous », a-t-il prévenu.
Vendredi devant la presse, le leader bulgare a estimé que la perspective européenne des pays des Balkans occidentaux passait aussi par une meilleure connexion avec l'UE. « Si nous leur donnons une perspective, cela doit passer par la construction d’infrastructures, des autoroutes, des ports, des usines de traitement des déchets, l’interconnexion des réseaux… », a-t-il indiqué. La Présidence bulgare du Conseil de l’UE souhaite que des projets puissent être co-financés par l’UE (EUROPE 11937).
M. Juncker a d’ailleurs admis que « l’amélioration de la connectivité des Balkans occidentaux et de la Turquie » était de la première importance. Et, alors que les discussions sur le cadre financier pluriannuel post-2020 s'annoncent âpres (EUROPE 11936), il a prôné un maintien des aides européennes pour concrétiser cette priorité.
Même si M. Juncker a rappelé qu'il n'y aurait pas d'élargissement d'ici à la fin de son mandat, fin 2019, la perspective européenne des Balkans occidentaux est une des priorités de la Présidence bulgare du Conseil de l'UE au premier semestre 2018. Sans vouloir donner de faux espoirs aux six pays concernés, la Bulgarie compte rappeler leur avenir européen.
« Nous ne promettons pas de date (pour l’adhésion à l'UE), mais nous voulons soutenir leur perspective européenne », a confirmé prudemment la ministre chargée de la présidence bulgare, Lilyana Pavlova. Elle a rappelé que le sommet organisé le 17 mai à Sofia entre les dirigeants des Vingt-huit et des Six n’était pas « un sommet sur l'élargissement » de l'UE.
Horizon 2025 pour l'adhésion à l'UE du Monténégro et de la Serbie
Cependant, interrogée sur une adhésion à l’horizon 2025 des pays - le Monténégro et la Serbie - les plus avancés dans le processus d’adhésion tel que sous-entendu par M. Juncker dans sa lettre d’intention de septembre dernier, Mme Zakharieva s’est montrée confiante. « Je pense que 2025 est une date réaliste », a-t-elle expliqué. Questionnée sur le fait de donner une date concrète pour l’adhésion de ces deux pays durant la présidence bulgare, la chef de la diplomatie a expliqué que « ce n’était pas la chose la plus importante à atteindre ». Mais, s’il est possible de convaincre tous les États membres sur une date, « ce ne serait pas mal », a-t-elle ajouté, tout en rappelant que l’adhésion dépendait des progrès sur le terrain.
La ministre des Affaires étrangères a aussi espéré qu’il soit possible, pour l’Ancienne République yougoslave de Macédoine et l’Albanie, d’ouvrir leurs négociations d’adhésion d’ici la fin de la présidence bulgare, soit fin juin. La Commission présentera ses rapports de progrès sur les pays candidats et candidats potentiels de l’UE en avril prochain, pour la première fois depuis 18 mois.
Les relations entre la Bulgarie et l’ARYM n’ont pas toujours été simples. Mais la ministre a expliqué que ces relations s’étaient améliorées depuis l’arrivée au pouvoir du gouvernement de Zoran Zaev, qui a permis d'insuffler « une nouvelle tendance ».
Preuve d’une amélioration de leurs relations bilatérales, Sofia et Skopje ont signé un accord de bonnes relations de voisinage en août dernier. Et, selon la ministre, le signe le plus important est que cet accord a commencé à être mis en œuvre avant même d’être signé (EUROPE 11841). Mme Zakharieva a aussi noté des signes positifs concernant le différend avec la Grèce sur le nom définitif de l'ARYM.
En conséquence, le chef de la diplomatie bulgare a qualifié de « très réaliste » que le Conseil européen fixe en juin une date pour commencer les négociations d’adhésion de l'ARYM à l'UE, à condition que Skopje poursuive les réformes.
L’Autriche et la Roumanie, qui succéderont à la Bulgarie à la tête du Conseil de l'UE, se sont aussi engagées à faire des Balkans occidentaux une priorité. (Camille-Cerise Gessant)