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Bulletin Quotidien Europe N° 11889
Sommaire Publication complète Par article 29 / 29
SUPPLÉMENT HEBDOMADAIRE / Bibliothèque européenne

N° 1196

*** FLORENT GUENARD : La démocratie universelle. Philosophie d’un modèle politique. Editions du Seuil (25 bld. Romain-Rolland, F-75993 Paris Cedex 14. Internet : http://www.seuil.com ). Collection « La couleur des idées ». 2016, 362 p., 23 €. ISBN 978-2-02-124147-1.

Qui ne se souvient que l’administration de George W. Bush a décidé de déclencher la guerre en Irak en 2003 afin d’abattre le régime de Saddam Hussein et d’installer dans ce pays une démocratie durable qui serait ensuite propagée dans toute la région moyen-orientale ? Le monde ne cesse depuis d’en payer le prix. Là n’est pourtant pas le sujet de ce livre : philosophe enseignant à l’Université de Nantes, Florent Guénard y réfléchit à la manière d’éviter que l’universalisme démocratique né de la Révolution française et de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen ne suscite davantage de tentatives d’expansions anarchiques aux conséquences fâcheuses.

Le point de départ de la réflexion de l’auteur est l’étude des democratization studies qui, nées dans les années 1980, ont vu des intellectuels et chercheurs venus d’horizons disciplinaires différents accompagner le mouvement de démocratisation dont la révolution des Œillets au Portugal en 1974 peut être considérée comme le moment initial et donc l’effondrement du bloc soviétique peut être désigné comme le terme. Le paradigme auquel elles ont donné lieu a servi de fondement théorique à une promotion active de la démocratie dans le monde, mais il a aussi débouché sur des « impasses théoriques » qui continuent à peser sur la compréhension de l’expansion de la démocratie. D’où la nécessité que ressent l’auteur d’identifier le problème auquel se heurte toute théorisation de l’expansion de la démocratie, ce qui l’amène à remonter jusqu’aux conceptions restrictives qu’avait Platon de la démocratie, tant il est vrai qu’il paraissait difficile à ce dernier « de déterminer ce que pourrait être une cité démocratique paradigmatique » et d’imaginer comment ce faux modèle – lequel n’était rien d’autre, à ses yeux, qu’un « régime (...) sans forme déterminée » – pourrait s’appliquer et inspirer l’histoire des sociétés. Dans les deux chapitres suivants, Florent Guénard revisite les réponses apportées à ce problème. Les premières, prérévolutionnaires, explorent les différentes modalités du modèle démocratique : « singularité » d’une histoire donnée en exemple à une cité en quête de liberté pour Machiavel, « pluralité » des modèles possibles parce que le bien politique est multiple et qu’il importe de le décliner en fonction des circonstances pour Aristote et Montesquieu, « généralité » des principes permettant de définir ce qu’est une législation adaptée à la diversité des situations pour Rousseau...

Avec la Révolution française, les termes de la question changent puisque la Déclaration des droits de l’homme « donne corps à l’idée d’un universalisme démocratique assumé et alimente l’espoir d’une expansion sans limite de la liberté politique ». Toutefois, l’application de ce beau principe ne va pas de soi, l’auteur se chargeant de rappeler « la singularité des situations historiques, irréductibles aux lois de la volonté », tout en pointant « les dérives d’une volonté de refondation totale et violente de l’espace politique ». A partir d’un regard critique sur l’événement révolutionnaire, la question qui se pose alors porte dès lors moins sur la nature du modèle démocratique que sur son universalité. Deux voies s’ouvrent alors : celle de Tocqueville et de John Stuart Mill qui considèrent que « la démocratie est le destin de l’homme », ce qui les amènera à considérer que le colonialisme de la France et de l’Angleterre est pleinement justifié puisqu’il ne serait rien d’autre que « la conséquence de l’obligation des nations les plus avancées à l’égard des peuples considérés comme trop jeunes encore pour être autonomes » ; celle qui s’ouvre au constat des dérives démocratiques du siècle dernier et de l’émergence de régimes totalitaires, ce qui amène par exemple Schumpeter à considérer que, si la démocratie peut encore triompher, « c’est parce qu’elle est une procédure de désignation des gouvernants, non un régime porté par l’idée d’un bien commun ». L’universalisme démocratique doit-il, par conséquent, faire un pied-de-nez aux concepts de la philosophie politique au nom du réalisme ? C’est à le vérifier que l’auteur consacre son dernier chapitre. Il y observe notamment que dans le cadre de la mondialisation, l’idée de démocratie « a sans doute perdu en détermination, mais elle a gagné en puissance de mobilisation », l’exemple tunisien l’amenant à considérer qu’elle est aujourd’hui bien plus qu’un concept puisqu’elle est « pour les peuples en quête de liberté et d’égalité une icône qui permet l’action collective ». Michel Theys

 *** LEILA MOUHIB : L’Union européenne et la promotion de la démocratie. Les pratiques au Maroc et en Tunisie. Editions de l'Université de Bruxelles (26 av. Paul Héger, CP 163, B-1000 Bruxelles. Tél. : (32-2) 6503799 - fax : 6503794 – Courriel : editions@ulb.ac.be – Internet : http://www.editions-universite-bruxelles.be/ ). Collection « Etudes européenne ». 2017, 252 p., 26 €. ISBN 978-2-8004-1613-7.

Ce livre voit une jeune politologue décrypter méthodiquement les politiques européennes de promotion de la démocratie dans le monde arabe à la lumière des résultats engrangés au Maroc et en Tunisie. Elle y analyse tout particulièrement la mise en œuvre, entre 2006 et 2017, de l’Instrument européen pour la démocratie et les droits de l’homme, laquelle a été d’emblée conséquente dans le cas du Maroc alors qu’il a fallu le départ du président Ben Ali en janvier 2011 pour qu’elle devienne réalité en Tunisie. De la sorte, elle en vient aussi à s’intéresser à la pertinence des reproches qui ont été adressés à l’Union européenne à propos des rapports qu’elle avait noué avec des régimes autoritaires avant le lancement des printemps arabes. Leila Mouhib a tout particulièrement étudié les activités des directions générales DevCo et Relex de la Commission, ainsi que celles des délégations qui, depuis le traité de Lisbonne de 2009, représentent à la fois la Commission et le Service européen d’action extérieure. De la sorte, l’auteure montre, dans une démonstration méthodique et dépourvue de passion, combien les actions extérieures de l’Union sont fragmentées, étant menées de façon différente selon qu’elles soient le fait de la Commission, du Conseil ou du Parlement européen. Apparaît ainsi, observe le Pr. Mario Telò dans sa préface, « un manque de cohérence horizontale entre les institutions » et « une faible coordination verticale entre les Etats membres, surtout les grands Etats, et l’Union elle-même ». D’où la nécessité, ajoute-t-il, non point de rêver à une « unité au niveau de la politique étrangère », mais bien d’encadrer l’action de l’Union « pour la démocratie dans une vision à moyen et long terme plus cohérente et plus clairvoyante ». (MT)

*** PANOS KAZAKOS (sous la dir. de) : La Grèce dans son monde. Entre réalisme et irréalisme dans le système international. Editions Patakis (38 Panayi Tsaldari, GR-10437 Athènes. Tél. : (30-210) 3650000 – fax : 3811940 – Courriel : bookstore@patakis.gr – Internet : http://www.patakis.gr ). Collection « Sciences sociales et politiques ». 2016, 290 p., 17 €. ISBN 978-960-16-7142-0.

Ce livre est une tentative globale de lire et comprendre les données qui définissent la position internationale de la Grèce dans l'après-guerre froide, au début du 21ème siècle. Il vise à fournir une explication concise, complète et convaincante de la position du pays dans le monde moderne. Sous la houlette de Panos Kazakos, professeur émérite de l'Université d'Athènes et directeur de recherche au Centre grec d'études européennes, les cinq auteurs, tous actifs au sein de l’Université Panteion d’Athènes, s’emploient à mettre en évidence les tendances lourdes au sein du système international avant de braquer leurs questionnements sur la zone régionale entourant la Grèce et d’expliquer les options politiques qui s’offrent à celle-ci, avant d’évaluer celles qui sont retenues. De plus, ce livre ne se cantonne pas aux aspects « traditionnel » des relations internationales mais s’ouvre à l’évidence qu’il y a un continuum entre politiques « intérieure », « économique » et « étrangère ». (AKa)

*** NIKOS STELGIAS : La démocratie turque illibérale. L'hégémonie du néolibéralisme de la droite en Turquie et les coups d’Etat du 21ème siècle. Editions Papazisi (2 rue Nikitara, GR-10678 Athènes. Tél. : (30-210) 3822496 – fax : 3809020 – Courriel : papazisi@otenet.gr – Internet : http://www.papazisi.gr ). 2017, 212 p., 12,19 €. ISBN 978-960-02-3294-3.

Cette étude plonge au cœur de contexte politique, social et économique intolérant de la Turquie nationaliste et néolibérale du président Erdogan. Chercheur et journaliste, Nikos Stelgias se saisit de la Turquie comme d’un échantillon où le néolibéralisme interagit avec des phénomènes tels que l'autoritarisme électoral et le nationalisme. Par ce biais, il analyse les mécanismes idéologiques, politiques, économiques qui emploient le capitalisme moderne pour prendre le contrôle du champ politique et socio-économique dans les pays dits en développement. Même s’il ne prétend pas répondre à toutes les questions qui sont posées, l’auteur délivre quand même une étude méthodique et approfondie des principales caractéristiques du régime en place à Ankara qui ne manquera pas de conduire le lecteur à un certain nombre de considérations et conclusions arrêtées. Il fait notamment observer qu’un monopole ne se limite pas à la sphère politique, mais qu’il peut aussi se répandre dans les domaines de la vie sociale et économique du pays, ainsi que, bien sûr, dans celui de l'idéologie. Il aide aussi le lecteur à comprendre les raisons pour lesquelles Tagip Recep Erdogan, ses compagnons, mais aussi le Parti de la justice et du développement (AKP) ont pris les rênes de la droite. Troisièmement, il met en évidence le fait que dans la Turquie moderne, le mouvement séparatiste kurde est la seule institution effective de l'opposition qui soit en mesure de remettre en cause la plupart des options et des stratégies de la droite au pouvoir à Ankara. (AKa)

*** IOANNIS MAZIS (sous la dir. de) : La géopolitique et les données géostratégiques de la crise syrienne. Editions Limon (2-4 rue Nikitara, GR-10678 Athènes. Tél. : (30-210) 3227323 – Courriel : ekd.limon@gmail.com). 2016, 176 p., 26,50 €. ISBN 978-618-82668-4-1.

Le vide du pouvoir qui a été créé suite au début de la crise syrienne en mars 2011 a agi comme un aimant pour les aspirations régionales des uns et des autres, ce qui s’est révélé être une source majeure de risques et d'instabilité pour l'ensemble du système. C’est que depuis la fin 2012, la crise syrienne a débordé les limites de la Syrie et a été transformée en une guerre régionale comportant des implications internationales. Pour les chercheurs réunis dans ces pages par le Pr. Mazis (géographie économique et géopolitique à la Faculté d'études turques et d'études asiatiques modernes de l'Université nationale et kapodistrienne d'Athènes), la guerre syrienne a provoqué des tensions dans l’ensemble du Moyen-Orient du fait des doutes pesant sur l'intégrité territoriale de la Syrie et suite à l'émergence d'une nouvelle vague islamiste militariste avec, entre autres, Daech. Ce sont les différents aspects de cette guerre ayant commencé à affecter directementla répartition traditionnelle des pouvoirs dans la région qui sont étudiés dans ce livre, les questions énergétiques y trouvant toute leur place avec les plans concurrents de pipelines opposant, in fine, l'islam sunnite et l’islam chiite. (AKa)

*** ANDREAS ANDRIANOPOULOS : Azerbaïdjan, leader au carrefour de l'Eurasie. Editions Epikentro (9 rue Kamvounion, GR-54621 Thessalonique. Tél. : (30-231) 0256146 – fax : 0256148 – Courriel : http://www.epikentro.gr ). 2016, 156 p., 12 €. ISBN 978-960-458-663-9.

Dans l'histoire, peu de pays peuvent prétendre avoir été là depuis le début, avoir pu marquer les débuts de la civilisation humaine. L'un d'eux est bien sûr la Grèce. Un autre qui prétend à ce statut est l'Azerbaïdjan, niché dans les montagnes du Caucase du Sud et qui dévale jusqu’aux plages de la mer Caspienne. Pourquoi ce livre sur l'Azerbaïdjan ? Quel est le lien entre la Grèce et ce pays relativement lointain ? En réalité, beaucoup de questions géopolitiques, historiques, économiques et culturelles rapprochent les deux pays, ce qui a suscité l’intérêt d’Andreas Andrianopoulos. Six fois ministre au sein de gouvernements de la Nouvelle Démocratie, celui qui est aujourd’hui directeur de l'Institut de la diplomatie et des développements internationaux au Collège américain de Grèce (Deree College) et coordonnateur du programme d'études supérieures du Leadership College a décidé de jeter un œil attentif sur ce pays trop souvent assimilé à l’énergie. En mettant à jour des données inconnues pour beaucoup, l’auteur explique sa position géographique au carrefour entre l’Europe et l’Asie. Le potentiel illimité de réserves d'énergie dont son sous-sol regorge rend ce pays essentiel pour assurer la sécurité énergétique des pays de la mer Noire et les Etats de la Caspienne d'Asie centrale, sans parler même de l'ensemble de l'Europe. Il explique aussi combien les principaux acteurs internationaux se tournent désormais vers ce pays qui est appelé à devenir à long terme un pôle économique et politique majeur, même s’il est ancré dans une région du monde pleine de turbulences et d'incertitudes. (AKa)

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