Cette semaine a été marquée par le sujet de la pêche, les inquiétudes des Européens et des discours entendus, alors que le deuxième tour des négociations sur le Brexit peut débuter.
La pêche
Le week-end dernier, le Royaume-Uni a annoncé qu’il quittait la convention de Londres, un accord obscur sur la pêche conclu en 1964 entre 13 pays, dont la moitié n’étaient pas membres de la Communauté économique européenne de l’époque.
« Aucun changement », a twitté le négociateur en chef du Brexit pour l’UE, Michel Barnier, à cette annonce, insistant sur le fait que la politique commune de la pêche de l’UE, qui remonte aux années 1970 (tout comme l’adhésion du Royaume-Uni), l’avait remplacée.
Mais cette démarche initiée par le ministre britannique de l’Environnement, Michael Gove, fervent partisan du Brexit, avait atteint son objectif : montrer que le pays « reprenait le contrôle » par rapport à Bruxelles. Cette annonce a également eu lieu un an seulement après que l’ancien dirigeant du Parti pour l’indépendance du Royaume-Uni, Nigel Farage, avait mené une flottille de bateaux de pêche sur la Tamise en réclamant également ce retrait.
Cette décision n’aura aucun effet immédiat, étant donné que les États sortants sont tenus de fournir un préavis de deux ans (par écrit) avant de partir. En d’autres termes, ce retrait se déroulerait à l’été 2019, alors que le Royaume-Uni aura déjà quitté l’UE, et éventuellement la PCP. Toutefois, la Convention des Nations unies sur le droit de la mer, un accord international signé par près de 170 pays, continuera à s’appliquer, ce qui remet en question la politique de la pêche de l’UE et l’accès aux eaux britanniques. Cette situation est particulièrement complexe pour la France, les Pays-Bas, le Danemark, l’Irlande et la Belgique (et, dans une moindre mesure, l’Allemagne), qui dépendent le plus des eaux britanniques pour la pêche.
Inquiétudes en Europe
Plus tard cette semaine, M. Barnier a tenté de rassurer les Européens sur un autre sujet, lorsqu’il s’est rendu au port belge de Zeebrugge pour s’entretenir avec des représentants de l’industrie, des syndicats et du gouvernement local, qui redoutent les effets du Brexit.
Le Royaume-Uni est la quatrième destination des exportations belges, dont près d’un tiers sont des véhicules. Le port de Zeebrugge est la plus grande plaque tournante au monde des voitures neuves. Il a géré 2,7 millions de véhicules en 2016, dont près de la moitié à destination ou en provenance du Royaume-Uni. Et sur les 38 millions de tonnes de marchandises traitées en 2016, 45 pour cent ont transité par le Royaume-Uni.
Alors que les nuages s’amoncelaient, M. Barnier a déclaré aux journalistes qu’il souhaitait « écouter et comprendre la réalité » du Brexit pour les citoyens et qu’il espérait conclure un « accord commercial équilibré » avec les Britanniques après leur sortie de l’UE. Mais dans un discours au Comité économique et social européen quelques heures auparavant, il avait lancé un sérieux avertissement sur la possibilité de ne pas parvenir à un accord de sortie avec le Royaume-Uni.
« Nous voulons être prêts à faire face à toutes les situations, y compris celle d’un “no deal”, dont l’hypothèse a encore été évoquée récemment par plusieurs ministres britanniques », a déclaré M. Barnier dans son discours. Il prévoit ainsi des droits de douane de 10 à 20 pour cent sur les exportations britanniques de véhicules, de viande et d’alcool, si le Royaume-Uni sort de l’UE sans accord en 2019 et doit opérer sous le régime de l’Organisation mondiale du commerce.
Même si l’UE et le Royaume-Uni parviennent à conclure un accord de sortie, M. Barnier a ajouté qu’une sortie « dure » (si les Britanniques quittent le marché unique et l’union douanière) entraînerait des « frictions » dans les échanges et aurait des « conséquences importantes » pour les deux parties, en particulier pour le Royaume-Uni.
« Le Brexit aura bien évidemment des conséquences. J’espère qu’elles seront aussi limitées que possible », a déclaré M. Barnier aux journalistes présents à Zeebrugge, en précisant que l’UE « trouvera des solutions » pour régler la question de la frontière irlandaise, où les contrôles douaniers seraient les plus délicats à gérer sur les plans politique et économique.
L’Irlande propose des solutions
Cette semaine, le comité en charge du Brexit mis en place par le Sénat irlandais a publié un rapport suggérant d’instaurer une zone d’échanges commune sur l’île d’Irlande dans le cadre d’un futur accord commercial entre l’UE et le Royaume-Uni. Le rapport propose de prédédouaner les marchandises, ce qui permettrait aux camions de passer de la République d’Irlande vers l’Irlande du Nord sans être assujettis à des droits de douane ou à des contrôles. Il suggère également d’adopter un système en ligne de préenregistrement et de suivi des chargements grâce à un GPS ou à la reconnaissance des plaques d’immatriculation (comme à la frontière entre la Suède et la Norvège).
Les questions liées à l’Irlande bénéficient d’un traitement distinct dans les négociations sur le Brexit. Elles sont gérées par la négociatrice adjointe de M. Barnier, Sabine Weyand, qui est en contact direct avec son homologue britannique, Olly Robbins (au lieu de recourir à un groupe de travail comme ceux consacrés aux droits des citoyens, à l’arrangement financier et à d’autres « problèmes liés à la séparation » comme l’énergie nucléaire).
Mais M. Barnier se refuse à commenter davantage d’éventuelles actions de l’UE en ce qui concerne l’Irlande. « Ne me demandez pas de vous dire maintenant - alors que les négociations viennent seulement de commencer - les solutions que nous mettrons en œuvre. Nous trouverons des solutions », a conclu M. Barnier à Zeebrugge.
Les négociations sur le Brexit reprendront le 17 juillet. (Version originale anglaise par Sarah Collins)